DéfenseValérie Pécresse : « Je donnerai à notre effort de défense une nouvelle dimension »

3 mars 2022

Seul le prononcé fait foi

« L’épée est l’axe du monde », disait le Général de Gaulle. Nous en faisons à nouveau la tragique expérience sur notre continent. Le temps des « dividendes de la paix » durant lequel trop de pays occidentaux ont baissé la garde, est révolu. La paix aujourd’hui ne se gagne qu’en faisant nôtre l’adage, « si vis pacem, para bellum ».

Lorsque j’ai pris la décision d’être candidate à la Présidence de la République, j’avais en tête ses mots si justes : « la Défense c’est la première raison d’être de l’État. Il n’y peut manquer sans se détruire lui-même ». Les fonctions de chef des armées sont celles auxquelles je me prépare avec une particulière gravité, parce qu’il s’agit de la défense de la Nation, de la sécurité que nous devons à notre peuple, de la solidarité que nous devons à nos alliés. Cette défense de la Nation qui, lorsque les circonstances l’exigent, donne au chef de l’Etat la responsabilité d’envoyer au feu les femmes et les hommes de nos armées, au péril de leur vie. Cette défense de la Nation qui peut conduire en ultime recours à la mise en œuvre de notre dissuasion. Je mesure pleinement ces responsabilités.

La guerre en Ukraine vient nous rappeler que la paix ne doit jamais être considérée comme acquise, même en Europe. Nous avions déjà connu la guerre dans les Balkans ou sur les pourtours de notre environnement stratégique, au Moyen Orient ou en Afrique. Mais cette fois-ci, il s’agit de deux grands pays, membres de la famille européenne, dont l’un est une puissance nucléaire.

J’ai déjà eu l’occasion de condamner solennellement l’invasion militaire décidée par Vladimir Poutine. Tous ceux qui ont défendu depuis des années sa politique sont irresponsables et ont porté préjudice à nos intérêts nationaux.

Je salue la réactivité de l’Europe et la mise au point immédiate de sanctions économiques massives et, espérons-le, efficaces dans la durée car nous devons tout faire pour obtenir un cessez le feu.

Nous sommes solidaires du peuple ukrainien qui se défend de manière admirable et courageuse et je souhaite rendre hommage au mouvement de solidarité qui parcourt notre pays. Une France généreuse et solidaire, qui est au rendez-vous des démocraties, voilà la France que nous aimons.

Mais ne nous y trompons pas : il n’y aura de solution à cette guerre que politique. C’est pourquoi j’en appelle au sens de la responsabilité de tous, à commencer par nos gouvernants. Quand l’on parle d’arme atomique en évoquant l’exclusion de la Russie du système Swift, ou de guerre économique qui vise à détruire l’économie russe, je dis, attention ! Evitons les postures qui conduisent à l’escalade. Lorsque l’on proclame que l’OTAN est aussi une « alliance nucléaire », en réponse à la décision préoccupante de Vladimir Poutine de mettre ses forces stratégiques en alerte, je dis : attention, ne traitons pas la dissuasion avec une telle légèreté. La situation est trop grave, nous ne devons pas nous livrer à une politique de coups de menton !

Notre doctrine de dissuasion doit rester strictement nationale et l’appréciation de nos intérêts vitaux relève de la responsabilité exclusive du chef de l’Etat.

C’est pourquoi, en complément de la condamnation de l’agression, des sanctions économiques drastiques et de la solidarité sans faille que l’on doit porter au peuple ukrainien, il faut absolument rappeler que l’issue de la guerre ne peut être que politique. Les peuples ukrainiens et russes sont frères, l’Ukraine et la Russie sont deux grands pays européens. Nous devons mobiliser tous nos efforts pour promouvoir une voie diplomatique. Ne nous détachons pas de cet objectif et donnons-nous les moyens d’y parvenir.

Le préalable à toute discussion, c’est un cessez le feu. C’est pourquoi j’ai proposé l’idée d’une médiation politique. Certes le Président de la République a multiplié les appels, mais, malheureusement, sans suite et sans effet. Comme toujours, la médiation doit venir d’un intervenant tiers et disposant de la crédibilité nécessaire.

La France sera dans son rôle en appuyant ces efforts de médiation, comme membre permanent du Conseil de Sécurité, comme pays fondateur de l’Union européenne et comme nation qui a éprouvé dans sa chair les ravages de deux guerres mondiales. Au sein de l’Union européenne, l’histoire et notre statut nous mettent dans la meilleure position pour promouvoir une solution de paix, grâce à l’amitié traditionnelle qui nous lie au peuple russe, actuellement égaré par un pouvoir dictatorial qui se joue de toutes les règles. Grâce aussi à notre intransigeance démocratique qui nous porte au côté du peuple ukrainien. Être en initiative ne signifie pas être seul. Je crois nécessaire sur un tel sujet de se concerter avec tous nos partenaires européens, notamment le Royaume Uni et l’Allemagne. La réaction du chancelier nous montre d’ailleurs que l’Allemagne est prête à un engagement inédit en matière de défense.

Dès avant le conflit, j’avais proposé la tenue d’une grande conférence sur la sécurité en Europe réunissant l’Union européenne, la Russie et les pays concernés de l’Atlantique à l’Oural, en vue de fixer de nouvelles garanties de sécurité et de mettre en place une organisation paneuropéenne dotée d’un Conseil de Sécurité européen. A l’heure où le feu fait rage dans les villes ukrainiennes et où des milliers de civils sont victimes des atrocités de la guerre, cette proposition n’est évidemment pas à l’ordre du jour, mais c’est au cœur du tunnel le plus sombre qu’il faut dessiner la lueur de l’espoir. Pas uniquement pour l’Ukraine, pas uniquement pour le peuple russe, mais pour toute l’Europe et pour notre modèle de société de liberté, de démocratie et de paix que nos ainés nous ont légué au prix du sacrifice de leur vie.

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Mais il n’était pas besoin de l’Ukraine pour constater que les temps deviennent de plus en plus dangereux. La crise du multilatéralisme, le recours désinhibé à la force par des acteurs étatiques ou non étatiques, l’ombre glaçante du terrorisme islamiste, le réarmement général, la prolifération des armes nucléaires, l’apparition de nouvelles armes de ruptures comme les armes à énergie dirigée, les missiles hypersoniques ou l’usage massif des essaims de drones, l’élargissement de la conflictualité qui devient multi-champs et multi-milieux, du spatial au cyber en passant par la lutte informationnelle, l’émergence des conflits de haute intensité, auraient dû déjà nous interdire de baisser la garde.

Les conflits ont changé de nature avec la perte par les puissances militaires de la supériorité aérienne qui conduit à des combats beaucoup plus incertains dans tous les milieux, des conflits qui peuvent s’éterniser et des populations civiles à la fois victimes et instruments de la guerre.

Je vous le dis, dans ce contexte instable et menaçant, la vocation de la France est d’être une puissance stratégique :

Stratégique parce que nous sommes une puissance nucléaire ;

Stratégique parce que nous sommes l’une des rares armées d’emploi, et que nous sommes prêts à payer le prix du sang pour défendre nos compatriotes, nos intérêts et nos valeurs ;

Stratégique parce que notre histoire millénaire nous hisse au premier rang des puissances mondiales et que c’est vers la France que se tournent de nombreux peuples en quête de liberté, de démocratie et d’indépendance ;

Stratégique parce que nous sommes présents via nos outre-mer sur les trois océans ;

Stratégique parce que nous siégeons au conseil de sécurité de l’ONU ;

Stratégique enfin parce que l’esprit de défense doit être au cœur de notre nation. De la transmission de l’histoire de la patrie à nos enfants, de la fierté d’avoir construit nos Rafale ou le porte-avions Charles de Gaulle, jusqu’au défilé militaire du 14 juillet, l’idée de défense de la Nation en France est une idée globale, qui dépasse de loin le strict cadre militaire.

Chef de l’Etat, je donnerai à notre effort de défense une nouvelle dimension pour conserver à la France son rang de puissance stratégique.

La dissuasion nucléaire en demeurera évidemment la clef de voûte. Permanente, crédible, elle est notre assurance-vie, garantie inaliénable de la liberté et de la sécurité des Français. Elle est un attribut fondamental de notre souveraineté. Aussi, je ne la partagerai pas, je ne la diviserai pas. Je la préserverai précieusement. Toujours, je donnerai à ses composantes sous-marines et aériennes les moyens dont elles ont besoin.

Dans le domaine conventionnel, nos armées sont notre fierté. Le monde nous les envie. Armées d’emploi, ayant fait leur preuve au combat sur tous les théâtres d’Opérations Extérieures, elles donnent au pays, en complément de notre dissuasion, un atout décisif. Ce trésor doit être protégé et renforcé. Je fais évidemment mienne notre ambition affichée de disposer d’un modèle d’armée complet et cohérent à l’horizon 2030, apte à « gagner la guerre avant la guerre », capable d’être la nation cadre d’une opération majeure.

Enfin la défense du territoire national, susceptible d’être frappé par des menaces hybrides, notamment terroristes contre nos populations et nos infrastructures, supposera la réactivation du concept de Défense Opérationnelle du Territoire (DOT) dans lequel les réserves auront une grande place à jouer. Je maintiendrai les missions Sentinelles, car la menace terroriste islamiste est toujours là. Je les adapterai au niveau de la menace. La protection de nos Outre-Mer et de leurs Zones économiques exclusives doit également redevenir une priorité. Je n’accepterai ni que notre souveraineté soit contestée, ni que nos ressources maritimes soient pillées. J’en ferai des multiplicateurs de puissance en renouvelant nos moyens de surveillance maritime, en augmentant le nombre et l’armement de nos patrouilleurs, en renforçant nos bases et en y prépositionnant davantage de forces.

Pour disposer d’un outil d’analyse et de décision adapté au nouvel état du monde qui définisse les menaces, nos intérêts stratégiques et les moyens nécessaires, je lancerai la rédaction d’un nouveau livre blanc, le dernier datant en effet de 2013, avec pour objectif de doter la France d’une stratégie intégrée. Je lui fixerai un double horizon : 2030 et 2050. 2030 pour l’horizon opérationnel ; 2050 pour l’horizon stratégique car c’est l’échéance que s’est fixée la Chine pour dépasser les Etats Unis. Ce sera un document politique ayant vocation à être adapté par des revues stratégiques régulières.

Mais pour être immédiatement efficace, dès mon élection, je ferai réaliser une revue flash de la Loi de Programmation Militaire car je veux garantir son exécution pleine et entière qui est menacée par l’ampleur actuelle des déficits creusés par le Gouvernement.

D’autant que l’essentiel de l’effort financier a été reporté au lendemain de l’échéance présidentielle. Nos armées savent que cette LPM ne répondra à leurs besoins que si les moyens nécessaires au cours des trois prochaines années sont réellement engagés.

Notre modèle d’armée doit être cohérent, crédible et complet. Mais il demeure, à ce stade, échantillonaire. Nous sommes à la hauteur qualitativement mais pas quantitativement. Les efforts, relatifs, de ces dernières années, n’ont été que de réparation. Nous subissons encore trop de réductions temporaires de capacité. La guerre en Ukraine révèle par exemple crûment nos insuffisances en matière de transport stratégique dont nous avons besoin pour rapatrier nos forces du Mali. Nous louions des Antonov à l’Ukraine pour transporter troupes et matériels. Dès les résultats de la Revue flash et sans attendre le Livre Blanc, il faudra consentir un effort financier immédiat pour reconstituer les stocks de munitions, les stocks initiaux de projection et les capacités d’entraînement. Il faudra aussi remédier rapidement au manque de petits équipements, ces petits plus qui sont pourtant vitaux pour la sécurité, l’efficacité, le confort et le moral du combattant dans son quotidien.

A plus long terme, nos trous capacitaires devront être comblés. J’ai d’ores et déjà quelques certitudes, nourries de mes échanges avec nos chefs militaires ou des travaux de la commission de la défense nationale de l’Assemblée qui vient de rendre un rapport sur les enjeux du combat de haute intensité dont je partage largement les constats et les propositions. Je prendrai les décisions qui s’imposent concrètement pour faire face à la menace et au risque d’attrition, c’est-à-dire de pertes en hommes et en matériels. Concrètement, cela signifie, en plus du renouvellement des deux composantes de la dissuasion aérienne et sous-marine que :

– Nous augmenterons le format de l’aviation de chasse;
– Nous confirmerons la construction du Porte-Avions Nouvelle Génération, successeur du Charles de Gaulle ;
– Nous augmenterons le nombre de navires de premier rang afin d’être à la hauteur de notre statut de grande puissance maritime tout en rénovant régulièrement l’armement de notre flotte,
– Nous utiliserons tout le potentiel de la robotisation en déployant des drones terrestres, sous-marins et de surface ;
– Nous développerons une large gamme de systèmes de lutte anti-drones pour les forces terrestres et les forces aériennes, permettant un équilibre entre rusticité et haute technologie ;
– Nous renforcerons les capacités nécessaires à la défense sol-air basse altitude (radars, systèmes d’armes sol-air) ;
– Nous préparerons le renouvellement de notre parc de chars de combat et la robotisation des forces terrestres,
– Nous renforcerons les capacités de frappe dans la profondeur et les capacités du génie ;
– S’agissant de notre puissance militaire spatiale nous poursuivrons la recherche de redondance avec le secteur civil et le développement de patrouilleurs spatiaux,
– Nous renforcerons enfin les moyens défensifs et offensifs cyber, ainsi que les moyens humains et techniques de nos services de renseignement.

Ce sera bien évidemment l’affaire de deux Lois de Programmation Militaire (LPM). Le respect de la LPM actuelle permet d’atteindre 50 milliards d’euros de budget en 2025. Je souhaite porter ce budget à 65 milliards en 2030, bien au-delà des 2 % du PIB, ce qui signifie au total un effort supplémentaire de 108 milliards.

Les moyens devront être trouvés. En d’autres temps, ils l’ont été. Tout au long des années 60 et 70, la part du budget de la défense dépassait 3% du PIB, et jamais cela n’a entravé la croissance, bien au contraire, car les dépenses de défense contribuent à la richesse nationale de manière plus forte que d’autres secteurs économiques avec une faculté d’entrainement sur l’emploi, l’innovation et la recherche civile. En projetant notre effort de défense à l’horizon de la décennie, je prends l’engagement de mettre un terme aux à-coups qui ont fait tant de mal à notre outil de défense.

Nous le devons à la sécurité de la France, nous le devons surtout aux femmes et aux hommes qui y consacrent leur vie. Officiers, sous-officiers, militaires du rang, sur terre, sur mer et dans les airs, vous êtes le bouclier et l’épée de la France, en métropole et dans nos outre-mer. Votre engagement et votre sens du service sont un modèle, Vous servez avec abnégation, dans une institution, la seule sans doute, où l’on peut commencer comme engagé volontaire, entrer à l’Ecole de guerre et finir étoilé. Cela vaut aussi pour les femmes et les hommes de nos réserves qui sont un inestimable outil de résilience et de mobilisation de l’esprit de défense. Nous musclerons puissamment ces réserves en augmentant le volume des contrats opérationnels et en adaptant notre législation du travail en conséquence. Et je le dis, car c’est du bon sens, la directive européenne sur le temps de travail (DETT) ne s’appliquera pas à nos armées. Je ne transigerai jamais sur notre identité constitutionnelle.

Votre quotidien à tous sera un de mes soucis permanents. La singularité militaire fera l’objet de toutes mes attentions. C’est la raison pour laquelle je maintiendrai intact le régime de la retraite à jouissance immédiate, qui permet notamment de garantir une seconde carrière aux militaires. Je sais les contraintes que la mobilité géographique et opérationnelle vous impose ainsi qu’à vos familles. Je favoriserai la mobilité des conjoints, je donnerai aux militaires une priorité pour l’accès au logement social ou aux crèches, je mettrai en place des outils d’accompagnement des familles dont les deux parents servent sous les drapeaux. Enfin, je veux évoquer les familles endeuillées, les blessés qui souffrent dans leur âme et dans leur chair et qui se reconstruisent courageusement. Ils bénéficieront d’un accompagnement renforcé. Je développerai les maisons ATHOS sur tout le territoire national pour que les militaires traumatisés psychologiquement puissent être pris en charge au plus près de leurs familles. C’est cela la singularité militaire, une grande famille, où s’applique à merveille la devise « Un pour tous et tous pour un ».

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Des menaces parfaitement identifiées, la capacité de procéder à une analyse indépendante, une doctrine clairement formulée, une industrie de pointe pour concevoir des équipements à la hauteur de nos ambitions, des hommes et des femmes portant les valeurs de la France, c’est cela une défense souveraine.

Mais quelle illusion de croire que la France peut tout faire seule ! Je serai la présidente d’une défense de l’Europe solidement appuyée sur ses deux piliers, l’OTAN et la défense européenne.

C’est ne pas comprendre nos partenaires européens que croire que « l’autonomie stratégique européenne » pourrait se bâtir contre l’OTAN. De la Baltique à la mer Noire, en passant par le cœur de l’Europe centrale, nos partenaires européens se fient d’abord à l’OTAN. Refuser cette donnée, c’est refuser de voir la réalité en face, c’est s’enfermer dans une orgueilleuse solitude, ce sont les dégâts que le président Macron a causés en parlant de l’OTAN en « mort cérébrale ». Alors oui, avec moi, la France restera dans le commandement intégré de l’OTAN que Nicolas Sarkozy avait eu la sagesse de rejoindre. C’est un outil d’influence, un outil d’interopérabilité et pour tout dire d’efficacité. Mais alliance ne signifie pas allégeance. L’alliance ne peut se réaliser que dans le respect de la souveraineté des Etats. Je préserverai jalousement les prérogatives d’appréciation autonome de notre engagement que garantit l’article 5 du traité, je ne laisserai évidemment pas la France être engagée dans un conflit qui ne correspondrait pas à ses intérêts propres.

Je souhaite un pilier européen fort. Cependant, au-delà des grands discours, peu de progrès ont été enregistrés. J’en souhaite donc l’approfondissement et le renforcement. Nous devons trouver des boucles de décision courtes et rapides. Le sursaut européen face à la situation ukrainienne ouvre une voie.

Je serai la présidente qui, là encore, tiendra compte des réalités. Je bâtirai autant que possible cette architecture européenne et cette autonomie stratégique, mais en privilégiant ce qui marche, c’est-à-dire les coalitions ad-hoc. Je veux que la tragédie ukrainienne soit l’occasion pour l’ensemble des européens d’un sursaut salutaire en matière de défense. La rapidité des décisions prises par l’Union ou par l’Allemagne tranche avec les lenteurs habituelles. Il faut en tirer les leçons pour renforcer le pilier européen. Le fonds européen de défense devra être étoffé. Sous ma présidence la « défense européenne » sera d’abord une défense des intérêts de l’Europe.

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Consacré à la défense plus qu’à l’action extérieure de la France, mon propos aujourd’hui n’est pas de faire le point sur toutes les crises majeures que nous traversons. Mais il m’est impossible de ne pas mentionner notre présence au Sahel. Je pense aux 58 militaires que nous y avons perdus. Je pense à leurs familles, à leurs frères d’armes, aux blessés qui se reconstruisent courageusement. Je veux leur dire que leur sacrifice n’a pas été vain. Ils ont remporté de vrais succès militaires.

Empêcher le développement des groupes armés terroristes, éviter la déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest, rendre impossible la constitution d’un califat africain sont au cœur des intérêts français. Si le comportement du pouvoir de la junte malienne nous impose de redéployer notre dispositif, la mission de lutte contre l’islamisme au Sahel continue.

Présidente de la République, je tirerai les leçons des erreurs politiques qui ont été commises, je me fixerai comme objectif de restaurer l’image et la place de la France sur le continent africain.

Le rôle militaire de la France en Afrique sera de venir en soutien de nos partenaires africains pour des opérations ponctuelles, avec des objectifs limités, clairement définis. Nous devrons être capables de refaire, si nécessaire, des missions Serval, des missions caractérisées par la fulgurance de l’arme aérienne ou des forces spéciales, avec une empreinte limitée dans son ampleur et sa durée. Pour y parvenir, dans le cadre des accords de défense, de la Côte-d’Ivoire au Niger, de Djibouti au Sénégal, il nous faudra renforcer nos bases et augmenter le volume de nos forces pré-positionnées. Ainsi, aux côtés de nos partenaires africains, nous jouerons notre rôle en évitant les risques d’enlisement.

La même règle prévaudra sur les autres théâtres. Nous devrons renforcer notre ancrage dans l’Océan Indien et dans l’ensemble de la France ultra-marine pour garantir que notre souveraineté ne soit pas contestée.

Enfin, la défense ne se conçoit pas sans une puissante industrie de défense. C’est à la fois un enjeu de souveraineté et un enjeu pour l’emploi. Enjeu de souveraineté car notre industrie de défense, fondée sur le grand export, est seule à même de nous permettre d’acquérir à des coûts acceptables et en conservant la maîtrise des technologies, les équipements dont nous avons besoin. Enjeu pour l’emploi aussi, car forte de 4000 entreprises dont de nombreuses PME, de 200 000 salariés, ouvriers, techniciens, ingénieurs répartis sur tout le territoire national, notre industrie de défense contribue fortement à la prospérité du pays.

Pour cela la coopération européenne est nécessaire. Rien n’est pire que de devoir acheter sur étagère des capacités que nous avons perdues faute de solutions européennes. Nous sommes encore et pour longtemps dépendant des AWACS et des Hawkeye américains. Mais la coopération doit respecter quatre conditions : offrir des outils militaires répondant à nos besoins opérationnels, ne pas entraîner in fine une explosion des coûts, ne pas conduire à la perte d’actifs stratégiques, préserver notre liberté de manœuvre à l’export.

Par ailleurs, au-delà de notre partenariat avec l’Allemagne, nous devons dialoguer avec les autres pays européens et notamment la Grande Bretagne avec laquelle nous sommes durablement liés par les accords de Lancaster House. Je défendrai à Bruxelles le buy european act qui est indispensable au renforcement de notre industrie d’armement européen.

Il faut en finir avec une forme de naïveté européenne qui consiste à handicaper en permanence notre industrie de défense et nos exportations. C’est pour cela que je ferai du suivi des processus d’élaboration des normes internationales susceptibles d’affecter la défense une priorité de ma diplomatie. Je ferai du soutien à l’exportation une des missions clefs de notre réseau diplomatique.

J’encouragerai l’innovation par le développement des activités duales et la facilitation des liens entre le monde des start-up, des grands groupes et des acteurs étatiques. Je renforcerai les moyens de l’Agence de l’Innovation de Défense (AID) et assouplirai les procédures d’achat public, en simplifiant le recours aux appels à projet pour davantage d’agilité technologique et industrielle.

Enfin, tirant les leçons de la crise ukrainienne, et face au risque d’un conflit de haute intensité, dont nul ne peut prévoir la durée, je créerai une cellule à vocation interministérielle. Elle sera chargée de planifier une remontée en puissance de l’industrie de défense et un passage en économie de guerre, avec la direction générale de l’armement et je lancerai un appel d’offres pour la constitution d’opérateurs privés de stockage stratégiques mutualisés.

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Forte de ces réflexions, cheffe des armées, j’aurai au cœur que la première mission des armées est de protéger les français et que leur premier devoir est de cultiver l’esprit de combat, à l’entraînement ou sur le terrain.

Cheffe des armées, je ferai de l’efficacité opérationnelle le fondement de mes décisions. Lorsque c’est possible, je remplacerai la logique de flux par une logique de stock. Je ré-internaliserai ce qui doit l’être, je rendrai aux régiments la maîtrise d’une partie de leur parc car on sert mieux un matériel que l’on peut dire sien.

Cheffe des armées, je donnerai des ordres clairs, avec des objectifs politiquement définis ayant pour maxime d’action : un chef, une mission, des moyens.

Cheffe des armées, ma main ne tremblera pas, ne faiblira pas si la France et les français sont menacés.

Enfin cheffe des armées, je les commanderai en ayant au cœur ces mots de Péguy : « Les régimes de lâcheté sont ceux qui coutent le plus au monde (…) Rien n’est meurtrier comme la faiblesse et la lâcheté. Et rien n’est humain comme la fermeté ».

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