Education et rechercheValérie Pécresse : « Je veux un sursaut national pour l’école »

10 mars 2022
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Si elle est élue, Valérie Pécresse promet de faire du français et des maths les deux grandes causes de son quinquennat et propose un examen d’entrée en sixième. Elle entend également refaire aimer la France à l’école.

Quelle serait votre toute première mesure pour l’éducation ?

Je veux un sursaut national pour l’école et ferai du français et des maths les deux grandes causes éducatives du quinquennat. Nous devons donner à tous les enfants les fondamentaux qui leur permettront de réussir. La France voit son rang baisser dans les classements internationaux. J’ajouterai deux heures hebdomadaires de français et une heure de maths en primaire. En sortant les maths du tronc commun après la seconde, la réforme du lycée a entraîné une déperdition de vocations scientifiques, notamment chez les filles. Aussi, je veux réintroduire les maths en tant que discipline à part entière dans le tronc commun, en première et terminale.

Vous proposez un examen avant l’entrée en sixième : est-ce la fin du collège unique ?

Non, c’est la fin du collège uniforme ! Cet examen permettra de s’assurer que les fondamentaux sont acquis. Il n’est pas question de faire de l’anglais ni de la physique, si on ne maîtrise pas le français ni les maths. Les élèves qui ne réussiront pas cet examen entreront au collège dans des classes de sixième de consolidation, le temps de rattraper leur retard.

Vous prévoyez de créer 10 000 postes, enseignants et non-enseignants, dans l’éducation nationale… Comment les rendre attractifs ?

Il y aura des efforts salariaux, notamment en début de carrière, et au mérite, pour les enseignants qui s’investissent aussi dans des projets en dehors de leurs heures de cours. Je veux également encourager les secondes carrières, après reconversion, en créant des contrats de mission éducative de cinq ans, avec un salaire qui tienne compte du parcours professionnel antérieur.

Vous entendez donner aux établissements davantage d’autonomie. Au risque de creuser les inégalités ?

On observe déjà des inégalités extrêmement fortes, avec des stratégies d’évitement du secteur public. Je veux redonner à ce dernier sa force, en encourageant l’innovation pédagogique pour s’adapter aux besoins des territoires.

Là où se concentrent les difficultés, j’expérimenterai, hors carte scolaire, des écoles publiques, gratuites, 100 % innovantes, avec un projet pédagogique spécifique. Les élèves signeront une charte d’engagement. Les professeurs seront recrutés sur la base du volontariat, en marge du système de mutation ordinaire basé essentiellement sur l’ancienneté. Si ce dispositif fonctionne, nous l’étendrons.

Nicolas Sarkozy avait créé les internats d’excellence. Vous souhaitez lancer des externats d’excellence. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de proposer à des collégiens et des lycéens qui ont des difficultés pour travailler chez eux de rester jusqu’au dîner dans leur établissement. Ils y bénéficieront d’une étude encadrée et d’activités culturelles ou sportives. C’est une adaptation du principe des internats d’excellence en tenant compte de la demande des jeunes et de leurs familles, qui souhaitent se retrouver chaque soir.

Faut-il rapprocher l’école du monde professionnel ?

Oui, c’est pourquoi je confierai l’orientation aux régions, qui missionneront des intervenants spécialisés. Cela conduira à orienter davantage de jeunes vers des filières professionnelles, mieux valorisées. Je permettrai aussi aux jeunes de faire de l’apprentissage sous statut scolaire dès l’âge de 14 ans, sans attendre la fin du collège.

Qu’attendez-vous de l’enseignement privé ?

Les établissements privés jouent déjà un rôle important dans l’accueil des élèves boursiers et je les accompagnerai pour aller encore plus loin. Par ailleurs, aujourd’hui, devoir attendre cinq ans avant de pouvoir solliciter un contrat d’association avec l’État (et voir le salaire de ses enseignants pris en charge par des fonds publics), c’est trop long. Mieux vaudrait voir, dès le départ, si le projet répond à une vraie vocation pédagogique et, si tel est le cas, engager plus rapidement une contractualisation.

En quoi consiste votre « journée nationale des héros français » ?

Je propose symboliquement la date du 10 novembre. Entre le 9 novembre, anniversaire de la mort du général de Gaulle, et le 11 novembre, commémoration de l’armistice de 1918. Je souhaite que dans chaque matière, on puisse parler de nos grands héros et héroïnes d’hier et d’aujourd’hui. Et, au-delà, des bénévoles, pompiers volontaires, soignants. Notre jeunesse a besoin de figures d’exemplarité et de retrouver la fierté de la France et de son histoire. Refaire aimer la France est un sujet majeur pour l’école.

Plusieurs candidats de gauche souhaitent supprimer Parcoursup. Que proposez-vous ?

Ce qui doit décider de l’orientation des jeunes, ce n’est pas un algorithme opaque mais le mérite républicain et les prérequis fixés par les universités. Dans les formations qui comptent plus de candidats que de places, celles-ci doivent expliciter les critères qui guident leur choix. Les universités doivent assumer une orientation sélective.

J’entends par ailleurs renforcer l’autonomie des universités pour le recrutement des enseignants notamment, dans la continuité de la loi que j’avais portée en 2007. Enfin, je propose que des jeunes des territoires ruraux puissent suivre dans les locaux de leur lycée, à distance, une première année universitaire.

Sur la laïcité, vous voulez encore encadrer le port du voile musulman. Pourquoi ?

Un adulte est libre de s’habiller comme il le souhaite. Mais le voile est un signe de soumission de la femme. Concernant les sorties scolaires, je considère que les accompagnateurs sont des auxiliaires du service public. Ils doivent donc être également soumis à la règle de neutralité et ne porter aucun signe religieux ostensible, quel qu’il soit. Je ne veux toutefois pas priver les enfants de sorties scolaires, c’est pourquoi je souhaite augmenter de 50 % le nombre de jeunes en service civique afin de compenser un éventuel manque de parents.

>> lire l’interview sur La-Croix.com

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