Ma candidature ira jusqu’au bout

Le JDD. Dans les colonnes du JDD, la semaine dernière, Gérald Darmanin a appelé à un moratoire de trois ans sur l’immigration légale après la présidentielle. Y êtes-vous favorable ?

Bruno Retailleau. Je me réjouis que les uns et les autres se saisissent enfin de l’immigration qui, je le redis, n’est pas une chance pour la France, mais une charge pour les Français. Pour eux, c’est un enjeu vital. Il faut le traiter sérieusement. En l’occurrence, c’est d’un moratoire sur les slogans dont nous avons besoin. Car si l’on ne change pas le droit, tout moratoire sera une passoire. Aujourd’hui, ce ne sont plus les représentants du peuple français qui décident, mais bien souvent les juges, les jurisprudences, les contraintes européennes. Changer le droit suppose deux choses : réviser notre Constitution et modifier les règles européennes.

Sans cela, rien ne sera possible. Si nous voulons stopper l’immigration illégale et réduire l’immigration légale, il faudra le faire avec fermeté et méthode. J’assume un principe simple mais essentiel : c’est aux Français de décider qui peut entrer ou non chez eux, pas aux ONG ni aux juges. Je ferai donc réviser la Constitution pour élargir le référendum et soumettre aux Français, dans les premiers mois de mon mandat, un projet de loi complet sur l’immigration.

Vous proposez de réduire l’immigration légale. Concrètement, par où commencer ?

Il y a plusieurs motifs d’entrée sur le territoire, par ordre d’importance numérique : l’asile, les étudiants étrangers, le regroupement familial et le travail. Je veux agir sur chaque levier.

Le droit d’asile a été dévoyé. Alors qu’en France, en dix ans, le nombre d’étrangers qui bénéficient de ce statut a triplé, il a baissé au Danemark ou en Allemagne. Car nous sommes les mieux-disants : le montant de l’allocation pour les demandeurs d’asile est le plus élevé d’Europe.

Concernant les étudiants étrangers, deux tiers d’entre eux ne valident pas leur licence en trois ans, et ils occupent 35 % des logements du Crous. Si je suis élu président de la République, il n’y aura plus de passe-droit : plus d’exonération automatique des frais d’inscription pour les étudiants extra-européens. Ils devront justifier de ressources suffisantes : aujourd’hui, on exige 615 euros par mois. C’est trop peu pour vivre, et c’est pourquoi ces étudiants étrangers monopolisent une bonne partie des aides d’urgence du Crous.

Quand je vois la paupérisation des familles françaises, je ne trouve pas ça juste. Je veux aussi en finir avec les faux étudiants : ceux qui n’étudient pas, sèchent les cours, ne passent pas les examens ou redoublent indéfiniment. Il faudra des quotas par filière : la France n’a rien à gagner à faire venir des étudiants étrangers dans des filières bouchées.

Sur le regroupement familial, il faudra changer le droit européen, et donc revoir la directive européenne. C’est possible : l’adoption du nouveau règlement retour, dont j’ai été à l’initiative, montre qu’on peut changer la donne en Europe. J’observe que les députés européens macronistes étaient contre cette réforme. C’est pourquoi il est important que le prochain président de la République soit de droite. Dans une Europe qui se droitise, ce sera la condition de notre influence.

Jusqu’où faut-il durcir les règles en matière d’immigration ?

Je veux conditionner l’accès aux aides sociales, pour les étrangers, à cinq ans de résidence légale et de travail. Une aide n’est pas un dû, surtout lorsque l’on n’a pas cotisé.

Aujourd’hui, le gouvernement veut détricoter ma circulaire sur les régularisations. Ce sera un nouvel appel d’air : lorsqu’on régularise, on ouvre la porte au regroupement familial. Surtout, au moment où le chômage repart, où des millions de Français cherchent un emploi, où des centaines de milliers d’étrangers en situation régulière sont eux-mêmes inactifs, l’idée de régulariser des clandestins qui ont fraudé nos lois est une capitulation.

« Quand on est de droite, on tient par-dessus tout à la liberté »

On nous explique qu’il faudrait régulariser parce que certains secteurs manquent de main-d’œuvre. Mais on peut former des Français, comme on peut former des étrangers déjà présents légalement sur notre territoire. Le combat que j’avais mené au ministère de l’Intérieur est aujourd’hui fragilisé.

Un mot sur le périscolaire. Près d’une centaine de cas de violences, d’agressions sexuelles et de viols sont recensés à Paris. Comment expliquer l’ampleur de ce scandale ?

Abuser d’un enfant, c’est le summum de la barbarie. Une enfance blessée, c’est une vie volée. Je suis scandalisé par l’omerta qui a entouré cette affaire pendant des mois, y compris pendant la campagne municipale. Comment une horreur pareille, d’une telle ampleur, n’a-t-elle pas été révélée au grand jour plus tôt ?

Bien sûr, il faut punir les auteurs des faits. Mais il faut aussi rechercher les responsabilités politiques, en l’occurrence à la mairie de Paris. Quand un système laisse passer de tels faits, quand des alertes ne remontent pas ou ne sont pas traitées, il faut demander des comptes à tous les niveaux.

Cette affaire doit-elle faire l’objet d’une commission d’enquête au Sénat, comme le souhaite Agnès Evren ?

J’y suis favorable. Cette commission d’enquête devra sans doute être élargie, car les règles constitutionnelles ne permettent pas au Parlement d’enquêter directement sur des faits déjà couverts par des procédures judiciaires. Mais le Parlement doit, lui, identifier les failles du système et proposer des réponses.

J’en vois au moins trois. D’abord, préventivement, le fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes doit pouvoir être consulté par tous les employeurs concernés. Ensuite, il faut des peines planchers beaucoup plus sévères. J’ai été profondément choqué par les réquisitions dans le procès de l’école du 11e arrondissement : un homme était jugé pour des violences sexuelles sur une dizaine d’enfants, dont le plus jeune avait 5 ans, et le ministère public n’a pas demandé un seul jour de prison ferme.

Enfin, pour ces individus, je suis favorable à la castration chimique sans consentement, prononcée par un juge. Il faut être implacable.

La précampagne s’ouvre dans un climat de crispation autour de la liberté d’expression, des ingérences étrangères et des grands conflits internationaux. Cela vous inquiète-t-il ?

Bien sûr. Mais cela n’est pas nouveau. Depuis des décennies, lorsqu’on est de droite, il faudrait presque s’excuser. Dans le champ médiatique et politique, une forme d’hégémonie culturelle de la gauche définissait les critères de respectabilité.

Or, quand on est de droite, on tient par-dessus tout à la liberté. Et la liberté d’expression, pour moi, n’est pas négociable. On peut avoir des désaccords dans l’espace public ; c’est le propre de la démocratie que d’en débattre.

Je n’ai jamais caché mes convictions. Ce n’est donc pas pour demander aux autres de dissimuler les leurs. Sur l’Ukraine, je sais qu’il existe un débat. Il est légitime. Mais j’ai été ministre de l’Intérieur, et j’ai eu régulièrement entre les mains des preuves graves, précises, factuelles, d’ingérences russes. Je suis patriote et je ne suis pas naïf. Le rôle du gouvernement est de protéger la France contre toutes les tentatives de déstabilisation dont la France fait l’objet.

Vous avez lancé cette semaine aux parlementaires LR : « On n’a pas le droit de se planquer. » Est-ce à dire que votre campagne suscite trop peu d’enthousiasme dans vos rangs ?

Non, je voulais simplement dire qu’on doit tout donner pour la France. 2027 est l’élection de la dernière chance. La France est au bord du gouffre : des Français qui s’appauvrissent, un pays surendetté, une violence quotidienne, y compris chez les plus jeunes.

Je ne crois pas qu’il y ait eu, depuis un demi-siècle, une présidentielle aussi décisive. C’est pourquoi j’ai dit à mes amis, et je le dis plus largement : quand on aime la France et qu’on mesure la gravité de la situation, on n’a pas le droit de se planquer.

Les parlementaires, les élus, nous avons d’abord une responsabilité vis-à-vis de ceux qui nous ont mandatés. Historiquement, chaque génération a une mission : transmettre à la suivante une France meilleure. Si nous voulons regarder nos enfants et nos petits-enfants dans les yeux, être dignes de ceux qui ont bâti la France à la sueur de leur front, parfois au prix de leur sang, chacun doit apporter sa pierre au redressement de notre pays. Cela commence par faire campagne !

Vous auriez dit en privé envisager de retirer votre candidature en cas de risque d’un second tour RN-Mélenchon. Vous confirmez ?

C’est archi-faux. Je ne suis pas dupe : ceux qui font courir ce bruit voudraient m’effacer de la campagne présidentielle. Mais personne ne me fera reculer, parce que je suis convaincu que le projet que je porte correspond aux aspirations des Français et aux solutions dont la France a besoin.

Je porterai un projet qu’aucun autre candidat ne défendra dans sa totalité. D’abord, la prospérité : bâtir une société du travail gagnant, non de l’assistanat. Ensuite, l’autorité : rétablir l’ordre, le respect, maîtriser l’immigration, ce qui suppose de dire la vérité et de changer la Constitution. Enfin, je veux rétablir la fierté française, en finir avec la repentance et l’autodénigrement.

Un peuple ne vit pas seulement de considérations matérielles. La classe politique occidentale est devenue trop matérialiste. La politique, c’est d’abord remuer l’âme d’un peuple, pour le mobiliser face à l’adversité et aux défis à relever. Voilà pourquoi ma candidature ira jusqu’au bout.

Si vous êtes élu, vous ne pourrez pas gouverner avec les seuls LR. Faudra-t-il nouer des alliances ou des accords ?

Je veux d’abord être élu en m’adressant aux Français, pas aux appareils politiques, qui ont de moins en moins de pouvoir de prescription. Je m’adresse à tous les honnêtes gens qui aiment la France : aux électeurs du Rassemblement national comme aux déçus du macronisme.

Quant à la majorité parlementaire, je l’aurai, parce que je ne commettrai pas les erreurs d’Emmanuel Macron en 2022. En refusant de faire campagne, il a privé les électeurs d’un projet mobilisateur, mais il s’est aussi privé d’un contrat clair entre lui et le peuple français. Résultat, le petit élan de sa victoire présidentielle a été brisé net aux élections législatives.

Je dirai aux Français : donnez-moi une majorité pour que je puisse rétablir le pouvoir du peuple, en vous rendant la parole par le référendum, notamment sur l’immigration et la justice. Et je suis convaincu qu’ils me la donneront.

Qu’est-ce qui vous distingue d’Édouard Philippe ?

Ma différence fondamentale, c’est que je n’ai jamais été macroniste parce que je n’ai jamais cru au « en même temps ». Lorsque je suis entré au gouvernement, c’était pour éviter que la gauche mélenchonisée ne prenne le pouvoir. J’en suis sorti lorsque j’ai vu le Premier ministre, Sébastien Lecornu, marchander les intérêts supérieurs de la France avec le premier secrétaire du Parti socialiste.

Édouard Philippe et Gabriel Attal ont été Premiers ministres d’Emmanuel Macron. Je n’imagine pas un instant que les Français veuillent une saison 3 du macronisme. Après deux mandats présidentiels, il y a toujours une demande de rupture profonde.

Et vis-à-vis de Jordan Bardella, qu’est-ce qui vous différencie ?

La cohérence et la constance. À l’automne, le RN a voté 34 milliards d’euros d’impôts supplémentaires lors du budget. Et au printemps, Jordan Bardella tente de faire oublier son programme socialiste en déjeunant avec le Medef. C’est un peu gros.

Mais ce n’est pas surprenant. Le RN change tout le temps sur tout : l’immigration zéro, la sortie de l’euro et de l’Europe, le nucléaire, les retraites, Trump, la Russie…

Moi, je n’ai pas ces contorsions idéologiques et ces postures tactiques : je parle clair et je marche droit.

Président

Bruno Retailleau

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

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