Il faut faire repartir les migrants illégaux, pas les répartir
LE FIGARO. Après le vote final du règlement retour mercredi, quels dispositifs peut utiliser la France pour lutter contre l’immigration illégale ?
FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY. Le règlement retour va s’appliquer immédiatement, comme nous l’avons obtenu après une dernière négociation. Il remplace le cadre légal dysfonctionnel qui prévalait en la matière. Après des décennies d’échec, et huit ans de blocage dans la révision de la directive précédente, nous mettons fin à l’impuissance de l’Europe face à l’immigration illégale.
Dès son adoption, nos États pourront par exemple créer des centres de retour hors d’Europe : c’est la fin du chantage exercé par les pays qui refusent de reprendre leurs propres ressortissants, l’un des obstacles majeurs pour les retours.
Quel sera l’impact de ces centres envisagés avec des pays tiers sur la base de coopérations ?
Aujourd’hui, des étrangers issus de ces pays savent qu’ils ne seront jamais expulsés : s’ils reçoivent une obligation de quitter le territoire, ils n’ont donc aucune raison de s’y plier. Demain, ils pourraient être conduits vers un centre de retour. Cela incitera beaucoup de personnes concernées à repartir sans délai vers leur pays d’origine.
Est-il possible d’évaluer le nombre de centres ouvrables à court terme ?
Une dizaine d’États européens préparent déjà l’ouverture de centres de retour. Ce texte a été soutenu par 26 pays européens sur 27 : la plupart vont donc se saisir de cette possibilité.
Nous avons veillé également à ce que l’Europe puisse obtenir elle-même des centres de retour quand elle négocie des accords avec des pays tiers. L’idée est d’avoir rapidement plusieurs centres par continent. Quand Bruno Retailleau était ministre de l’Intérieur, il avait commencé à chercher un partenaire en Afrique pour expulser les immigrés illégaux arrivés à Mayotte depuis la région des Grands Lacs.
Nous pouvons compter sur beaucoup de pays prêts à coopérer en retour de facilités commerciales ou de l’aide au développement que l’Europe peut accorder. À l’inverse, nous avons obtenu que le règlement retour sanctionne la non-coopération : un pays qui refuse de reprendre ses ressortissants ne devrait plus recevoir un seul visa européen.
Je me suis battu jusqu’à la fin de la négociation pour imposer ce principe ; il est sidérant que cette évidence ait été si longtemps refusée.
Quelles autres dispositions du texte vous semblent efficaces ?
Nous avons traité une par une toutes les causes de l’inefficacité du système actuel.
Le délai de départ volontaire, jusque-là obligatoirement accordé à un étranger en situation irrégulière, est supprimé. La durée maximale de rétention passe de 70 jours en France aujourd’hui à deux ans, et devient illimitée pour les personnes qui présentent un risque pour la sécurité.
Les recours ne seront plus suspensifs, ce qui désengorgera nos tribunaux d’une masse de procédures purement dilatoires. Le délit de séjour irrégulier est rétabli, pour rendre aux forces de l’ordre des moyens d’enquête, notamment pour remonter les filières de passeurs.
Des étrangers qui ont commis un crime ou un délit se verront interdire d’entrer même légalement en Europe.
L’exécutif français peut-il choisir les mesures du texte dont il souhaite s’emparer pour organiser sa politique migratoire ?
La totalité du texte s’appliquera dans toute l’Union européenne. Mais le droit ne suffit pas, si la volonté politique manque. Ce n’est pas parce que les règles changent que l’action se fait toute seule.
Nous arrivons à un moment de vérité pour le gouvernement français. Veut-il vraiment lutter contre l’immigration illégale ? Le ministre de l’Intérieur, qui a applaudi l’adoption de ce texte, a simultanément expliqué qu’il ne créerait pas de centres de retour. C’est pourtant le seul levier pour sortir du blocage des pays non coopératifs.
Pourquoi ce refus ?
On nous explique que ces centres nous rendraient dépendants de pays tiers ; mais c’est ce qui se passe aujourd’hui.
Le régime algérien, par exemple, décide à notre place qui reste sur notre sol. L’an dernier, 51 000 Algériens en situation irrégulière ont été interpellés en France : il est quasi impossible de les expulser.
Ne pas ouvrir de centres de retour, c’est se condamner à l’impuissance face à un gouvernement hostile.
C’est en réalité la position du président de la République : le projet qu’il a toujours défendu, c’est de répartir les migrants illégaux entre les pays européens ; moi, je crois qu’il faut les faire repartir.
J’ai toujours été absolument opposé à la vision défaitiste et inefficace qui consiste à affirmer que nos États ne peuvent que se résigner à l’immigration illégale. Nous refusons d’organiser notre impuissance, et nous allons y mettre fin.
Si l’Europe n’a pas les moyens d’imposer à ses membres certains dispositifs comme ces centres de retour, n’est-ce pas un aveu d’impuissance ?
Non. Les États membres doivent retrouver la maîtrise de leur politique migratoire, et je ne pense pas que l’Europe doive se substituer à eux.
Nous leur rendons la capacité d’agir, et leur responsabilité politique. À nos gouvernants désormais de se saisir de ces moyens.
Plus personne ne pourra dire que c’est à cause de l’Europe qu’il est impossible de lutter contre l’immigration illégale.
Que répondez-vous à ceux qui doutent de l’efficacité des centres, tout en jugeant la méthode coûteuse ?
Rien ne peut être moins efficace que la situation actuelle : aujourd’hui, moins d’une OQTF sur dix est exécutée.
Dans un tel contexte, toute l’Europe a raison d’attendre de ce nouveau règlement une amélioration opérationnelle immédiate.
Sur le coût, les centres de retour n’impliqueront pas nécessairement de contreparties budgétaires. Ceux qui se préoccupent de leur financement, curieusement, ne se sont jamais inquiétés du coût que représente aujourd’hui l’immigration illégale.
Un seul exemple parmi d’autres : chaque nuit, la France paie 67 000 nuits d’hôtel pour l’hébergement d’urgence, en écrasante majorité pour des étrangers en situation irrégulière.
Ce n’est viable ni pour nos finances, ni pour ces personnes d’ailleurs. Refuser de les reconduire parce que cela coûterait de l’argent, c’est alimenter des dépenses bien plus lourdes, qui financent l’illégalité avec les impôts des Français.
Comment réagissent les pays de départ ?
En restant trop longtemps passive face à l’immigration irrégulière, l’Europe s’est rendue complice des réseaux de passeurs, qui comptent parmi les mafias les plus criminelles de la planète.
Mais elle a aussi aidé bien des régimes corrompus, inefficaces, autoritaires, qui ont gagé leur stabilité sur un modèle extrêmement simple : exporter du désespoir et importer des devises.
Des jeunes privés d’avenir dans leurs pays ont été jetés sur les routes de l’exil, avec pour mission, une fois en Europe, de faire vivre leurs communautés par des transferts d’argent, dont les montants sont parfois devenus une partie décisive du PIB de leurs États.
Nous ne devons plus servir de soupape de secours qui évite à ces régimes d’affronter les réformes indispensables pour offrir un avenir meilleur à leurs populations.
Que diriez-vous à Emmanuel Macron aujourd’hui ?
Je lui demanderais simplement pourquoi ses députés ont voté contre ce texte, quand une grande partie de leur groupe à Strasbourg le soutenait.
Le « en même temps » a échoué, sur ce sujet comme sur le reste.
Nous faisons la preuve que l’Europe peut changer, malgré l’opposition des macronistes, comme quand nous avons supprimé plusieurs réglementations parmi les plus nocives pour notre économie, rétabli un traitement équitable pour notre filière nucléaire, ou supprimé l’agenda du tout électrique qui détruisait notre industrie.
Ce changement concret, réel et sérieux, qui ne se contente pas de mots et de communication mais qui passe par un travail patient et déterminé, est possible aussi en France.
Pour que la France puisse retrouver son élan, il faudra une alternance, comme celle que nous sommes en train de réussir à l’échelle européenne.
Retrouvez l’entretien de François-Xavier Bellamy dans Le Figaro.