L’espace Schengen doit être réservé aux Européens !

Le JDD. Pedro Sanchez porte-t-il seul la responsabilité des événements de Ceuta ?

Bruno Retailleau. Il a une responsabilité majeure. J’avais indiqué il y a quelques mois que la régularisation massive de près d’un million de personnes en Espagne était totalement irresponsable. Un pays ne peut pas faire subir ses choix laxistes à tous les autres. Les flux migratoires à Ceuta n’ont rien à voir avec le hasard : ils sont orientés par les trafiquants d’êtres humains. Ces mafias observent les signaux qu’envoient les pays.

Dès qu’un État montre un signe de faiblesse, elles s’engouffrent dans la brèche. Les régularisations massives sont une fausse générosité et un vrai appel d’air. Il faut un Conseil européen extraordinaire pour mettre l’Espagne face à ses responsabilités.

Vous dénoncez également la position d’Emmanuel Macron sur ce dossier…

On est toujours dans le « en même temps ». D’un côté, il affiche sa solidarité avec M. Sanchez, de l’autre, il demande à renforcer les contrôles. Cette contradiction nous amène à l’impuissance. Les progressistes ont une incapacité à penser l’immigration comme un enjeu de civilisation ! Les migrants n’arrivent pas sans rien : ils viennent chargés d’une histoire et d’une mémoire qui ne sont pas toujours compatibles avec les nôtres. Je ne veux pas du choc des civilisations en France, je veux l’unité de la nation. Et cela passe par une reprise du contrôle absolu de nos frontières ainsi que de celles de l’Europe.

L’Europe n’est pas une fédération… Faut-il songer à un tel projet politique pour que tous les États membres appliquent la même politique migratoire ?

Je ne suis pas du tout fédéraliste. Je prône une « double membrane » : il faut que l’Europe protège fermement ses frontières extérieures, mais nous avons aussi besoin d’une politique migratoire nationale. L’Europe a été agile pour effacer les frontières, mais beaucoup moins pour les protéger, car elle a douté de sa propre identité, et donc de son droit à la défendre ! Je propose de revenir à l’inspiration première du système Schengen, avec une libre circulation pour les Européens, mais pas pour les extra-Européens. Je demande l’instauration de visas territorialisés comme règle de droit commun. Cela signifie que le visa serait strictement limité au pays qui l’a délivré.

Il est difficile de ne pas voir la dépendance qu’ont certains pays européens à des pays du Maghreb sur les questions migratoires. Vous-même l’avez expérimenté avec l’Algérie…

Nous devons engager une véritable révolution diplomatique. L’avenir de l’Afrique n’est pas en Europe, mais en Afrique. Face à la pression démographique, nous devons utiliser tous nos leviers de fermeté, ne plus distribuer de visas à tour de bras aux pays non coopératifs, supprimer les tarifs commerciaux préférentiels et conditionner l’aide au développement à la reprise des ressortissants lorsqu’ils sont expulsés.

Le macronisme s’en est montré incapable… Il se pince le nez devant le règlement retour qui prévoit des centres de retour dans des pays tiers pour les clandestins, ce que veulent pourtant les Français, qui exigent la fermeté.

Au-delà des traités, que proposez-vous concrètement pour sécuriser les points de rupture comme Ceuta ?

Je suis favorable à ce que Frontex puisse se déployer à Ceuta. C’est un signal essentiel : l’Europe veut défendre ses frontières. Il n’y a pas de corps politique qui tienne sans frontière ; comme l’a écrit Régis Debray, elle définit un « dedans » et un « dehors ». C’est la condition pour qu’un peuple reste maître de son destin et puisse transmettre sa culture.

Vous évoquez la pression migratoire comme une véritable arme de guerre hybride utilisée par certains États. Comment l’Europe peut-elle riposter ?

Une frontière de l’Union européenne a cédé en quelques heures à Ceuta et tous ceux qui font de la migration une arme dans la guerre hybride l’ont vu. Ils ont constaté la fragilité et la faiblesse de l’Europe. Dans ce monde de plus en plus menaçant, il nous faut un changement de culture profond. L’Europe doit cesser d’avoir honte d’elle-même : le contrôle des frontières est l’affirmation de notre identité, mais aussi de notre puissance.

Retrouvez l’entretien dans le JDD

Président

Bruno Retailleau

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

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