Les pressions ne marchent pas avec moi, rien ne m’arrêtera

Le JDD. Vous dites vouloir aller jusqu’au bout de cette campagne présidentielle. Même si un autre candidat du socle commun apparaît mieux placé que vous en début d’année ?

Bruno Retailleau. Ça ne sera pas le cas. Le bilan d’Emmanuel Macron est si désastreux que ses anciens Premiers ministres seront durablement contaminés. Je me bats pour gagner, et je gagnerai.

Le fait qu’on vous demande constamment de vous rallier à Édouard Philippe n’est-il pas la preuve que votre candidature ne prend pas ?

C’est surtout la preuve que celle d’Édouard Philippe n’enthousiasme pas. Faute de pouvoir plier le match, il veut tuer le match. Les pressions ne marchent pas avec moi. Rien ne m’impressionnera. Rien ne m’arrêtera. Que les candidats du bloc central s’arrangent entre eux, mais moi je ne suis pas centriste. Je suis le candidat de la droite et les électeurs de droite n’attendent pas plus d’immigration de travail ni plus de visas pour les étudiants étrangers comme le propose Édouard Philippe.

Lui ne veut pas donner la parole au peuple. Il s’oppose à un référendum sur l’immigration. Qu’est-ce qu’il propose face aux censures abusives du Conseil constitutionnel ? De réunir un comité. C’est typique de la haute administration. À un problème démocratique, on répond par une solution technocratique.

Si vous êtes élu président de la République, pensez-vous déjà à une future majorité ?

Bien sûr. Car sans majorité au Parlement, ce sera l’échec. Mais ce ne sont pas les chapeaux à plumes, avec leurs petits arrangements de couloirs, qui donneront une majorité à la France : ce sont les Français. Si je suis élu président, ils me donneront cette majorité car je veux leur redonner la parole, par des référendums. C’est le cœur de mon projet et c’est ce que veut aussi la majorité nationale, dont les choix sont toujours méprisés. Sur l’immigration et la sécurité, ce n’est pas aux juges de décider mais aux gens. Avec moi, le peuple décidera.

Vous dites tendre la main à ceux qui partagent l’essentiel avec vous. Comptez-vous travailler avec d’autres personnalités de la droite libérale, comme David Lisnard ou Sarah Knafo ?

David Lisnard est un ami, nous nous parlons et nos projets servent les mêmes convictions. Quant aux autres, c’est à chacun de dire qui sera vraiment candidat. Je trace ma route pour porter un projet de rupture dans lequel tous les électeurs de droite peuvent se reconnaître.

Vous fermez la porte au bloc central à Paris, mais vous avez une liste d’union en Vendée aux sénatoriales ?

Oui, et je l’assume parfaitement, parce que ce n’est ni la même élection, ni le même objet. Le Sénat est la chambre des collectivités. On y est élu par des maires et des conseillers municipaux, qui vous jugent sur ce que vous avez fait pour leur territoire.

En Vendée, on ne s’associe pas autour d’un accord de gouvernement : on s’associe autour de la défense de nos communes, de nos services de proximité, avec des gens qu’on connaît depuis plus de vingt ans. Ne confondons pas tout. Par ailleurs, cette élection est le prolongement des municipales où nous avons fait des listes d’union pour battre la gauche.

L’Insee prévoit une nouvelle baisse du pouvoir d’achat des Français sur fond d’inflation. Que proposez-vous en la matière ?

De rendre leur argent aux gens. Je veux baisser massivement les cotisations qui pèsent sur les salaires. Avec trente minutes de travail de plus par jour, un salarié pourra gagner l’équivalent de près de deux mois supplémentaires. Pour un salaire médian, cela représente 3 500 euros net par an. Cette baisse de cotisations, je la financerai sans un euro d’argent public, juste en mettant fin aux abus, notamment par le plafonnement des aides sociales à 70 % du Smic.

Sur l’énergie, je demande dès maintenant une mesure de justice pour ceux qui ont absolument besoin de leur voiture pour travailler : il faut réévaluer le barème kilométrique car il est gelé depuis trois ans.

Concernant l’électricité, je m’engage à restituer aux Français l’équivalent de deux mois de facture. Comment ? En arrêtant de subventionner les énergies renouvelables. Je supprimerai aussi les certificats d’économie d’énergie sur l’électricité, car ils pèsent sur son prix.

Enfin, sur le logement, je ferai une déréglementation au bulldozer. Le DPE restera un indicateur, mais ne sera plus un outil d’exclusion. Je transformerai la loi SRU et je donnerai la priorité à ceux qui travaillent dans le logement social. Mon objectif est de mettre sur le quinquennat un million de logements sur le marché.

L’examen du budget approche. À quelques mois de la présidentielle, pourriez-vous appeler à sa censure, comme l’an dernier ?

Ce gouvernement ne sera plus là dans huit mois : le vrai sujet, ce n’est pas la censure mais la crise financière. Le scénario à la grecque n’est plus de la politique-fiction : les taux flambent et la bombe à retardement de la dette risque d’exploser.

Le véritable rendez-vous, c’est l’élection présidentielle. Seul un mandat du peuple permettra de réaliser les 150 milliards d’euros d’économies que je propose.

Sébastien Lecornu a demandé aux sénateurs de lui présenter leurs propositions. Allez-vous soumettre un contre-budget ?

Le Sénat fera ses propositions d’économies, comme il l’a déjà fait par le passé. Mais sous la Ve République, il n’y a pas de contre-budget au Parlement : l’article 40 de la Constitution nous impose un cadre extrêmement contraint. Ce qui est sûr, c’est que nous ne céderons pas à l’obsession fiscale. Taxer davantage l’épargne salariale, comme l’envisage Bercy, c’est de la folie. L’impôt n’est pas la solution, il est le problème.

« À bas le voile », déclariez-vous en 2025 lors d’un meeting. Partagez-vous la volonté du RN d’interdire son port dans l’espace public ?

Je pense que le RN ne croit pas lui-même à cette proposition, à commencer par M. Bardella qui a pris mille précautions. Je suis contre le voile, qui est un marqueur utilisé par les islamistes, mais je propose de l’interdire là où nous pouvons réellement le faire : dans les compétitions sportives, lors des sorties scolaires, à l’université publique.

Et puis, il faut surtout s’attaquer à ceux qui veulent voiler les femmes, comme les Frères musulmans : j’ai fait voter au Sénat une proposition de loi pour doter l’État de nouvelles armes contre l’entrisme islamiste. Enfin, il faut réduire drastiquement les flux migratoires, car disons enfin les choses : plus d’immigration, c’est aussi plus d’islamisme.

Président

Bruno Retailleau

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

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