Sortir de «l’hiver démographique»
Le patron des Républicains se dit prêt à «bousculer l’ordre naturel des choses» s’il accède en 2027 à l’Élysée afin d’«investir dans l’avenir de la France».
Bruno Retailleau se dévoile peu à peu. Après avoir esquissé quelques propositions sur le régalien lors de sa déclaration de candidature à la présidentielle en février, puis présenté ses grandes orientations économiques, voilà que le patron des Républicains dessine sa «politique nataliste» – un sujet cher à la droite et à son électorat. Dans un entretien à l’AFP, le sénateur vendéen assure qu’il n’y a pas de «fatalité». Et pour cause : il est possible, selon lui, d’«enrayer» le «déclin» en la matière. Pour sortir la France de «l’hiver démographique», l’ex-ministre de l’Intérieur se dit prêt à «bousculer l’ordre naturel des choses» s’il accède l’an prochain à l’Élysée en 2027. Objectif : «investir dans l’avenir de la France». «Je suis pour le dynamisme démographique, parce que c’est la condition pour que, demain, on puisse créer de nouvelles richesses», affirme-t-il.
Père de trois enfants lui-même, Bruno Retailleau n’épargne ni l’ex-président socialiste François Hollande, qu’il accuse d’avoir «remis en cause l’universalité des allocations familiales et le quotient familial», ni son successeur Emmanuel Macron, à qui il reproche de «poursuivre» la même politique. Pour inverser la vapeur, il promet de mener une «politique nataliste (…) pour correspondre au désir d’enfant des Français», basée sur trois piliers, dans le but «d’aider vraiment les familles, et surtout les classes moyennes qui sont celles qui ont trinqué».
Premier fondement : l’instauration d’un «revenu familial» de 240 euros par mois dès le premier enfant et qui frôlerait les 1000 euros dès le troisième, dans le cadre d’une refonte du système d’aides familiales existant, financée notamment par la suppression d’une partie de ces dispositifs. Bruno Retailleau n’en oublie pas pour autant son ancien costume de ministre de l’Intérieur. En attestent l’exposition des mêmes thèmes de prédilection, comme la lutte contre l’immigration illégale et celle contre l’assistanat. Il entend alors fixer des conditions pour percevoir ces aides. Pour les familles étrangères, «il faudra au moins 5 ans de résidence et de travail», prévient-il. Quant aux parents qui présentent «une défaillance grave avérée, notamment ceux qui ne remplissent plus leurs obligations», elles seraient «suspendues».
Des mesures autofinancées, assure Bruno Retailleau, chantre d’une plus forte rigueur budgétaire. Si le coût du nouveau «revenu familial» atteindrait 40,3 milliards d’euros, il serait, poursuit-il, compensé par les 41 milliards d’économies attendues par la suppression de dispositifs existants comme les allocations familiales, auxquelles s’ajoutent entre 600 et 800 millions d’économies de gestion.
Deuxième volet du programme : le logement. À ce titre, le Vendéen cherche à prendre des mesures pour les familles, en favorisant «l’accès aux logements sociaux» pour les plus modestes. Pour les familles qui souhaitent acheter leur résidence principale, elles pourront «déduire une partie des intérêts de leur emprunt immobilier de leur impôt sur le revenu», ajoute le président de LR. Plus encore : lors d’un déménagement, Bruno Retailleau souhaite permettre aux familles d’éviter les tracasseries bancaires pour acheter un logement plus grand en leur donnant la possibilité de «transférer les premiers emprunts sur l’acquisition d’un nouvel appartement», un volet logement qui reste toutefois moins détaillé concrètement que les mesures financières annoncées. S’agissant de la naissance, il souhaite prolonger le «congé naissance» jusqu’aux six mois de l’enfant, contre deux mois actuellement, en maintenant «70% du salaire», une mesure représentant une dépense supplémentaire d’environ 700 millions d’euros.
Enfin, Bruno Retailleau entend aider les entreprises à «donner des solutions d’accueil aux parents». «Sinon, vous n’arrivez pas à concilier la vie professionnelle et la vie familiale», souligne-t-il, faisant de cette conciliation un levier central pour relancer la natalité. Pour ce faire, il prévoit notamment de «supprimer le plafond de 500.000 euros» du crédit d’impôt famille (CIF) dont bénéficient les entreprises finançant des places en crèche pour leurs salariés. Autre mesure centrale : élever de 2421 à 7000 euros par an «le plafond d’exonération de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu» pour la participation financière versée par l’employeur à chaque salarié pour la garde de son enfant. Puis, sur le casse-tête des places en crèche, le candidat à la présidentielle s’engage à «simplifier les normes pour en construire et en ouvrir au plus vite».