Produire en France, la meilleure des solutions écologiques

Le Télégramme. Après la vague de sécheresse que la France vient de vivre, le gouvernement a débloqué une aide d’un milliard. Les agriculteurs disent que ce n’est pas assez. Ont-ils raison ?

Bruno Retailleau. Oui, ils ont raison. Cela ne peut pas couvrir les dégâts. Mais ce qui est plus grave, c’est que cette sécheresse survient après un affaiblissement structurel de notre agriculture. En vingt ans, notre balance commerciale agricole est passée d’un excédent de 12 milliards d’euros à un déficit de 200 millions d’euros. Et nous avons perdu, en dix ans, 100 000 exploitations agricoles.

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, dit dans nos colonnes que l’État ne peut pas compenser toutes les pertes de chiffre d’affaires. Nos finances publiques sont exsangues. Cela limite forcément nos capacités d’action.

Autant je suis contre les chèques en bois au moment où il n’y a plus d’argent dans les caisses, autant le rôle de l’État, c’est d’être un bouclier quand survient la crise pour ne pas perdre une partie de notre appareil de production. Il en va de notre souveraineté alimentaire.

Que proposez-vous pour soutenir le monde agricole à plus long terme ?

Je propose d’agir sur quatre leviers. D’abord, la compétitivité. Produire en France, c’est la meilleure de toutes les solutions écologiques. C’est s’épargner les gaz à effet de serre que l’on importe du monde entier quand on fait venir des produits d’autres pays. Je propose un double choc : un choc en matière de normes, qu’il faudra supprimer, mais aussi moins d’impôts et notamment de charges.

Deuxième levier, pour se donner les moyens de produire en France, c’est choisir la science plutôt que le soupçon. Il faut avoir recours aux nouvelles techniques génomiques, aux drones agricoles pour l’épandage de précision, c’est fondamental. Y compris aussi autoriser les réservoirs d’eau. Les soi-disant écologistes qui refusent à nos agriculteurs de stocker l’eau quand elle tombe en abondance cachent en réalité un autre agenda, qui est celui de la décroissance. Il n’est pas question de céder.

Quels sont les deux autres leviers ?

Garantir un revenu et conquérir des marchés. Il y a eu la loi Egalim, mais malheureusement des centrales d’achat ont des pratiques qui en détournent l’esprit avec des plateformes européennes, ce n’est pas possible. Il faudra aussi exiger la réciprocité aux frontières. Ce qui est interdit à nos producteurs ne doit plus pouvoir entrer dans nos frontières par le biais d’importations.

Enfin, le quatrième levier, c’est de reprendre le contrôle politique sur l’agriculture, car aujourd’hui c’est bien souvent la bureaucratie qui commande. À ce titre, j’inscrirai l’agriculture dans la Constitution comme un intérêt fondamental de la Nation. Je veux aussi supprimer dans la Constitution le principe de précaution de la Charte de l’environnement, supprimer l’OFB et quantité d’agences qui nuisent au développement agricole français. Et j’interdirai les surtranspositions par une loi organique européenne : ce qui est autorisé en Europe doit l’être aussi en France.

Si l’on en croit les instituts de sondage, les Français vous entendent peu. N’est-il pas temps de vous rapprocher d’un autre candidat, par exemple Édouard Philippe ?

Il n’est pas question pour moi de me rallier aux candidats héritiers du macronisme, car je pense qu’ils portent une responsabilité dans l’échec d’Emmanuel Macron, dont le bilan est catastrophique. Je pense que cette élection se jouera à droite et non pas au centre.

Pourquoi ne pas vous rapprocher de Marine Le Pen ?

Parce que son projet économique ruinera la France. Marine Le Pen veut continuer l’assistanat. Elle a refusé de voter la réforme de l’assurance chômage et la contrepartie des 15 heures d’activité au RSA que nous avions votée au Sénat. Ce sera toujours plus de dépenses, plus de déficits, et plus de dettes. Elle fait partie, avec Jean-Luc Mélenchon, de la catégorie des bonimenteurs, qui vendent du vent aux Français mais qui ne pourront pas reconstruire le pays.

Président

Bruno Retailleau

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

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