Bruno Retailleau : «Emmanuel Macron est l’otage des chantages mémoriels de l’Algérie»
Bruno Retailleau : « La France doit être respectée, et les Français protégés »
Une interview sur les tensions entre la France et l’Algérie
Le JDD. Bruno Retailleau, êtes-vous un « maboul » ?
Bruno Retailleau. Si je le suis, alors une écrasante majorité de Français l’est également. Car les Français ne supportent plus de voir leur pays humilié par l’Algérie. Ce mot de « maboul » n’a pas sa place dans la bouche d’un président de la République : il trahit une perte de sang-froid, un mépris aussi. Bien sûr que j’étais visé, mais le sujet ce n’est pas moi : c’est notre pays. Le devoir du président, c’est de faire respecter la France et de protéger les Français. Les protège-t-on quand on accepte que des individus dangereux sous OQTF ne soient pas repris ? Non, et l’attentat de Mulhouse l’a montré.
Emmanuel Macron accusé de « dépendance » vis-à-vis de l’Algérie
Vous avez dit qu’Emmanuel Macron était dans une forme de dépendance à l’égard de l’Algérie. De quelle dépendance parlez-vous exactement ?
Une dépendance idéologique. Emmanuel Macron est l’otage consentant des chantages mémoriels du gouvernement algérien. Un régime qui a appauvri son peuple malgré ses richesses, et qui entretient une hostilité permanente envers la France pour masquer ses échecs. Ce régime règle ses comptes jusque sur notre sol. Il viole ses propres engagements, notamment l’accord de 1994, qui oblige à reprendre ses ressortissants dès lors que leur nationalité est établie.
Dans le même temps, les attaques verbales se multiplient, l’enseignement du français recule, et le régime a rajouté un couplet antifrançais dans l’hymne national algérien. Je pose la question : quel grand pays accepterait de se faire traiter de la sorte ? Cette attitude passive et soumise est contraire à l’honneur de la France. C’est une abdication de la fierté française.
Immigration, OQTF et tensions diplomatiques
Quand le président choisit l’exemple des médecins algériens dans nos hôpitaux, ne déplace-t-il pas le débat ?
C’est un faux prétexte. Le sujet, ce ne sont pas les médecins, ce sont les étrangers dangereux sous OQTF. Dans les centres de rétention, les Algériens représentent plus de 40 % des profils les plus à risque. Combien de drames faudra-t-il pour qu’enfin la fermeté s’impose ? Je ne veux pas rompre avec l’Algérie, je veux qu’elle respecte la France.
La question de la mémoire et de la colonisation
Emmanuel Macron est-il encore prisonnier de son discours de 2017 sur la colonisation qualifiée de « crime contre l’humanité » ?
Il est en effet prisonnier de cette mauvaise conscience progressiste qu’est la repentance. Emmanuel Macron, qui a été l’élève de Paul Ricœur, devrait se souvenir de ce que le philosophe soulignait dans La Mémoire, l’histoire, l’oubli : l’excès de mémoire peut devenir une pathologie.
Oui, l’histoire entre la France et l’Algérie a été douloureuse, mais elle l’a été pour nos deux pays, et aucune douleur ne donne le droit au gouvernement algérien de mépriser et d’insulter la France. Une relation saine suppose d’abord le respect. Or plus nous sommes faibles, plus Alger nous piétine.
Regardez le silence face au sort de Kamel Daoud, condamné pour un roman qui donne voix aux victimes de la décennie noire. Regardez Boualem Sansal, emprisonné pendant un an dans une quasi-indifférence. Et que dire de Christophe Gleizes, détenu depuis deux ans ? À chaque fois, la France se tait. Cette attitude, c’est de l’aplatventrisme.
Vers un rapport de force avec l’Algérie ?
Vous appelez à un rapport de force. Mais jusqu’où faut-il aller concrètement ?
La ligne doit être simple : celle du droit international et de la réciprocité. Quand il n’y a pas de réciprocité, il n’y a aucune raison que la France continue de respecter seule des accords que l’Algérie viole constamment.
C’est d’ailleurs l’une des raisons de mon départ du gouvernement : je demandais à avoir la main sur la politique des visas plutôt que le Quai d’Orsay. En 2025, la France a délivré plus de 200 000 visas aux ressortissants algériens, alors même que les laissez-passer consulaires nous étaient accordés au compte-goutte et que l’accord de 1994 n’était pas respecté.
À un moment, il faut dire stop. Et assumer un véritable rapport de force.
Des résultats jugés insuffisants par l’opposition
Laurent Nuñez, Jean-Noël Barrot et l’Élysée défendent une reprise du dialogue avec Alger et disent avoir des résultats…
Les résultats sont très faibles : moins d’une centaine d’OQTF exécutées depuis le début de l’année. Et encore, via une procédure exceptionnelle, dépendante du bon vouloir d’Alger à délivrer des laissez-passer consulaires.
Or l’accord de 1994 est clair : dès lors que la nationalité algérienne est établie, il n’y a pas besoin de laissez-passer.
Pourtant, l’Algérie continue de piétiner ses obligations. Des personnes sont même embarquées, puis refusées à l’arrivée. Cela montre une chose : Alger ne respecte pas ses engagements. Parler de résultats, dans ces conditions, relève d’un mensonge.
Faut-il réduire les visas accordés aux Algériens ?
Le point central, ce sont les expulsions. Faut-il établir une règle simple : tant qu’Alger refuse de délivrer des laissez-passer consulaires, la France réduit le nombre de visas accordés ?
Je voulais instaurer cette règle quand j’étais ministre de l’Intérieur, et elle dépasse le seul cas de l’Algérie. L’immigration est souvent légale avant de devenir illégale : on entre avec un visa, puis on se maintient au-delà.
Il faut donc une règle simple et claire : proportionner la délivrance des visas au niveau de coopération des pays d’origine sur les réadmissions. C’est du bon sens.
La France délivre à elle seule près d’un quart des visas de l’Union européenne, bien plus que l’Allemagne. Le problème est aussi là. Le Quai d’Orsay voit dans les visas un outil de rayonnement. Mais une politique migratoire laxiste devient vite un enjeu de sécurité intérieure.
L’accord franco-algérien de 1968 en question
Une grande partie de la classe politique souhaite dénoncer l’accord franco-algérien de 1968. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait ?
Parce que c’est le domaine réservé du chef de l’État sous la Ve République. Tant qu’Emmanuel Macron sera à l’Élysée, rien ne bougera.
Pourtant, cet accord est profondément déséquilibré et totalement anachronique. Conclu dans le contexte de l’indépendance, il joue aujourd’hui clairement au détriment de la France. Il faudra donc le dénoncer au plus vite.
Si j’étais demain en responsabilité, je le ferais dès les premiers mois. Et j’exigerais du régime algérien une relation enfin normalisée, fondée sur le respect.
Cela suppose aussi de mettre fin aux agissements de ses services sur notre territoire, notamment contre des opposants, et d’exiger une totale transparence dans l’action de ses consulats.
Un bilan diplomatique critiqué
La relation avec l’Algérie est-elle le plus grand échec diplomatique d’Emmanuel Macron ?
La diplomatie est l’un des grands échecs des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, en particulier en Afrique. Dans ce cadre, la relation avec l’Algérie en est sans doute l’exemple le plus révélateur.
C’est une relation marquée par la repentance, mais aussi par l’inconstance. Car celui qui avait évoqué les « crimes contre l’humanité » avait également parlé de « rente mémorielle » à propos du gouvernement algérien.
La politique de l’équilibre, ce n’est pas celle de la pirouette. Pour qu’un État tienne son rang, son chef doit tenir sa ligne. La mienne est claire, et je la réaffirme : la France doit être respectée, et les Français protégés.
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