L’unité nationale, première de nos armes

Chaque année, le 14 juillet met à l’honneur nos Armées et ceux qui concourent à notre défense nationale. Mais ce grand rendez-vous des Français avec la France est aussi l’occasion de valoriser des alliés dont les engagements rejoignent nos intérêts stratégiques. Cette année, aux côtés d’autres partenaires, les couleurs de l’Ukraine traverseront le ciel de Paris. 

Hommage mérité tant la résistance ukrainienne face à l’agression russe est une leçon et un symbole. La leçon c’est celle que Marc Bloch avait tirée de la débâcle de 1940 : la défaite ou la victoire sont d’abord d’ordre moral, car la guerre est un choc de volontés. Le symbole, c’est cette nation ukrainienne, affermie dans l’épreuve, qui fait écho à notre propre histoire : le combat toujoursrecommencé de la nation contre l’empire, de la frontière contre l’ingérence, du droit contre l’arbitraire.

De là sans doute vient l’engouement populaire pour l’épopée de la France Libre, superbement retracée par le diptyque d’Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle. Au-delà de l’œuvre, ce succès révèle les aspirations d’un peuple : les Français ont soif d’unité, de tenue, de droiture, et rejettent les forces de dispersion qui désarment la France de l’intérieur. 

C’est pourquoi notre politique de défense ne saurait se réduire à une simple juxtaposition de mesures techniques et financières. Elle devra faire de l’unité nationale ce qu’elle est en vérité : la première de nos armes, la condition de toutes les autres, le socle de notre réponse aux grands défis stratégiques de notre temps. Car si les armées gagnent les batailles, les nations gagnent les guerres. 

Deux défis stratégiques s’imposent particulièrement à nous.

Le premier, c’est le désengagement américain d’Europe, qui ébranle les équilibres de sécurité sur lesquels s’est bâtie la prospérité européenne depuis 1949. Ni l’OTAN ni l’UE n’en sortiront indemnes. Derrière les outrances de D. Trump, les priorités américaines s’éloignent du continent européen : la politique étrangère des Etats-Unis demeure invariablement fixée sur la Chine et le contrôle des ressources stratégiques, ce qui fait d’ailleurs l’objet d’un consensus bipartisan à Washington. 

Le second, c’est la perspective d’un retour de la guerre de haute intensité, et la systématisation des menaces hybrides. Après avoir longtemps cru pouvoir sous-traiter leur défense sans en payer le prix, les Européens connaissent un réveil difficile. La France elle-même, hors le sanctuaire de sa dissuasion nucléaire et quelques opérations extérieures remarquables, s’est longtemps laissée aller au désarmement et au laxisme budgétaire.

C’est pourquoi, au plan national, nous devrons organiser notre effort de défense autour de trois axes. D’abord, consolider nos fondamentaux : le maintien d’une dissuasion nucléaire indépendante et crédible, épaulée par des forces conventionnelles robustes, et d’un modèle d’armée complet, réorienté vers la haute intensité. Ensuite, combler nos lacunes capacitaires – munitions, missiles, pièces d’artillerie – et réduire nos dépendances stratégiques – alerte avancée, frappes dans la profondeur, renseignement, transport stratégique… Enfin, accélérer notre montée en gamme sur les innovations de rupture : guerre des drones, intelligence artificielle, spatial militaire, quantique. Nous devrons créer davantage de convergences civilo-militaires avec l’appui de nos entreprises, start-ups et ingénieurs. Nous devrons retrouver une véritable agilité industrielle, hors des grands programmes d’armement, en permettant à nos armées de contractualiser directement avec les industriels.

Au-delà de ces trois axes, il nous faudra une vraie force de réserve territorialisée, capable de défendre le sol national en cas de crise majeure : des soldats-citoyens, formés, équipés, dotés d’un statut de réserviste attractif. Il y a dans nos territoires, au sein de notre jeunesse, un besoin d’engagement et un désir d’idéal qui ne demandent qu’à servir. 

Ce grand effort national doit aussi s’inscrire dans un cadre collectif. D’abord, reconstruire une architecture de sécurité qui ne dépende pas du bon vouloir de Washington. Pas en sortant de l’OTAN comme le proposent certains – ce serait un cadeau inespéré fait à nos adversaires stratégiques – mais d’une parten européanisant l’OTAN, et surtout en constituant un solide réseau d’alliances bilatérales de défense entre partenaires européens – y compris le Royaume-Uni – à l’image du Traité de Nancy signé avec la Pologne. Nous l’adosserons, traité après traité, à des contreparties industrielles claires : produire en France et en Europe les armes dont nous avons besoin.

Ensuite, nous devons tirer l’Union européenne de son impuissance stratégique. On ne produit pas de la puissance par l’excès de normes, sans stratégie cohérente. La réponse passe par les Etats, qui seuls disposent du monopole de la souveraineté. C’est sous leur impulsion, et non dans des chimères fédéralistes, que peut agir une Europe forte et autonome. 

Si les Français m’accordent leur confiance, c’est sur ces bases que je lancerai, dès 2027, un nouveau Livre Blanc de la défense. Il sera assorti d’une loi de programmation militaire comportant cette fois une trajectoire budgétaire sincère et sanctuarisée, pour atteindre 100 milliards d’euros à la fin du quinquennat. 

Dans ce monde brutal qui est désormais le nôtre, la France doit se donner tous les moyens – matériels comme immatériels – d’assurer sa propre défense. Là encore, la résistance ukrainienne est une leçon : c’est la cohésion d’un peuple, enraciné sur son sol et dans son histoire, qui fait la résilience d’une nation. Rien n’est plus fort que le sentiment national, à rebours de l’éternelle repentance. Notre meilleure défense, c’est notre unité et la fierté d’appartenance à la nation française.

Bruno RETAILLEAU

Président

Bruno Retailleau

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

Président des Républicains Sénateur de Vendée Ancien Ministre de l'intérieur

Newsletter