Vie du mouvementÉric Ciotti : « Nous ne serons pas les supplétifs d’un pouvoir qui achève sa course »

19 janvier 2023
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Ligne politique du parti, organigramme et candidature présidentielle de Laurent Wauquiez, réformes des retraites et texte sur l’immigration… Le président des Républicains dévoile ses priorités en exclusivité au Figaro.

Vous venez de finaliser la composition de la direction des Républicains. Qui avez-vous choisi pour redresser le parti ?

Plus que jamais, le moment est au rassemblement et à l’offensive. J’ai voulu que cette équipe dirigeante soit à la fois le reflet de l’unité retrouvée mais aussi de l’expression d’une grande détermination pour préparer les échéances à venir. J’ai donc beaucoup travaillé avec Bruno Retailleau et Aurélien Pradié pour bâtir cette équipe de rassemblement. Notre organisation en est l’illustration. C’est pour cela que je souhaite la présence à mes côtés de deux vice-présidents exécutifs, Aurélien Pradié et François-
Xavier Bellamy.
Je souhaite aussi confier le secrétariat général à Annie Genevard. Elle a dirigé notre parti et a une forte expérience des fédérations et de la direction. Rachida Dati présidera le Conseil national. Elle est, sans doute, aujourd’hui la figure la plus populaire de notre famille politique et elle incarne aussi l’espoir de nous voir conquérir la capitale de la France. Pour moi, la victoire à Paris sera une étape majeure vers les victoires nationales. Sur les idées, j’ai confié une mission de préfiguration à Jean Leonetti pour que l’on puisse très vite accueillir à nos côtés des personnalités non-membres de notre famille politique pour mettre en place très vite un cercle de réflexion, prémices d’une future fondation. C’est par les idées que nous retrouverons le pouvoir. Michel Barnier, fort de son autorité morale, suivra les relations internationales et notre place dans le Parti populaire européen (PPE).

Quelle place Bruno Retailleau occupera-t-il dans le dispositif ?

Je lui ai proposé d’occuper une responsabilité majeure à la tête du parti. Il siégera naturellement au comité exécutif mais il préfère se concentrer sur la présidence du groupe au Sénat. Depuis l’élection interne, nous avons échangé quasiment chaque jour. Notre relation est fluide, simple. Sur l’essentiel des sujets, nous partageons la même analyse et notamment sur la réforme des retraites.

Comment évitez-vous l’armée mexicaine et la dilution de la ligne politique ?

Ce nouvel organigramme est un peu plus resserré que le précédent. Quant à la ligne, elle est claire et à droite. Je veux refaire des Républicains un grand parti de gouvernement et de droite. J’insiste sur ces deux mots. Nous sommes un parti responsable qui ne sombrera pas dans toutes les démagogies et qui doit proposer un projet fiable et crédible aux Français. De droite, car je pense que la France a besoin des idées et des valeurs de droite, qui ont déserté la gouvernance du pays depuis bien longtemps. La France a besoin d’autorité, d’identité, pour mieux préserver ce que nous sommes face au délire wokiste ou à l’islamisme. La France a besoin de liberté, notamment au plan économique. Ces idées, que j’ai portées pendant le congrès, s’appliqueront naturellement dans la ligne du parti. Tout en intégrant des éléments portés par Bruno Retailleau et Aurélien Pradié sur une indispensable approche populaire.

Se dire « parti de gouvernement », cela indique-t-il la possibilité d’un contrat de gouvernement avec Emmanuel Macron ?

Je le redis : nous sommes un parti d’opposition ayant vocation à redevenir un parti de gouvernement et de droite. Nous sommes résolument dans une opposition déterminée à un pouvoir qui, au bout de dix ans, n’aura pas fait progresser la France et aura même, malheureusement, causé des dégâts importants, aussi bien au plan économique qu’au plan de la sécurité, avec une violence jamais atteinte et une immigration battant tous les records.

Que répondez-vous à ceux qui perçoivent votre renoncement aux 65 ans sur les retraites comme la preuve d’un reniement ?

C’est tout le contraire ! Ma position sur les retraites n’a rien à voir avec un « deal ». Elle est le signe de la cohérence qui doit marquer l’ADN de notre famille politique mais ma position traduit aussi le sens des responsabilités. Dire qu’il faut réformer les retraites rejoint ce que nous avons toujours dit et toujours fait. Souligner que cette réforme est indispensable dans l’intérêt du pays, notamment pour des raisons démographiques si l’on ne veut pas détruire le système de retraites par répartition, c’est faire preuve de responsabilité. C’est vrai, j’ai défendu la retraite à 65 ans, mais je mesure aussi que compte tenu de la procrastination d’Emmanuel Macron de 2017 à 2023, il est difficile d’imposer en peu de temps un rythme trop grand de réforme. C’est pour cela que les 64 ans à la fin du quinquennat prochain traduisent déjà une avancée positive permettant de garantir l’équilibre de notre système de retraites au cours des vingt prochaines années. Pour moi, ce dossier est emblématique de notre volonté de ne rien céder sur la réforme, de toujours privilégier l’intérêt général et de ne jamais prendre des positions en contradiction avec les intérêts supérieurs du pays. Faut-il une réforme des retraites ? J’ai toujours répondu oui. Je ne vais pas changer d’avis.

Ce ne sont pas les premiers pas d’une alliance avec Emmanuel Macron ?

En aucun cas.

« L’intérêt supérieur du pays » ne pourrait-il pas justifier votre présence dans un gouvernement ?

Mon seul objectif, c’est de conduire notre famille politique à la victoire en 2027. M. Macron ne sera plus candidat. Toutes les cartes sont rebattues. Nous n’avons pas vocation à être les supplétifs d’un pouvoir qui achève sa course. Nous avons l’ambition de retrouver la première place.

Sur la question des retraites, combien de députés LR ne suivent pas votre position ?

L’état d’esprit au sein du groupe autour d’Olivier Marleix est positif. Chacun a le souci de la cohésion et de la cohérence. Nous ne connaissons pas les contours précis du texte. Nous attendons encore des avancées, notamment sur la prise en compte des carrières longues, sujet sur lequel Aurélien Pradié est légitimement très attaché. Nous avons toujours des demandes sur l’amélioration dela situation des petits retraités même si nous avons obtenu la prise en compte des retraités actuels dans les revalorisations. Nous sommes encore loin du vote à l’Assemblée mais chaque député mesure ses responsabilités.

Les Républicains voteront-ils le projet de loi sur l’immigration proposé par Gérald Darmanin ?

Je voterai contre ce texte. C’est un leurre, fruit d’un mauvais compromis où l’on concède un peu à l’aile gauche, avec une politique de régularisation accentuée et où l’on fait semblant d’imposer des mesures plus fermes. Certaines vont dans le bon sens mais elles sont très largement insuffisantes. En matière d’immigration, nous n’avons pas besoin d’homéopathie mais d’une thérapie de choc. Nous devons réduire drastiquement les flux migratoires et nous engager dans une politique de reconduite de tous les illégaux aux frontières. Ils ne sont sans doute pas loin de 1 million dans notre pays. Quand je parle avec des préfets, tous me disent leur désarroi face à l’affaiblissement des moyens de l’État et à l’absence de véritable volonté du pouvoir pour porter une politique courageuse.

Iriez-vous sur ce thème jusqu’à défendre une motion de censure ?

C’est un outil parlementaire. Rien n’est exclu.

Vous aviez annoncé vouloir revoir les statuts de LR pour la désignation du candidat à la présidentielle. Quand le ferez-vous ?

Dès ce semestre. Mon attitude respectera mes engagements. Cette réforme des statuts mettra un terme au processus de primaire et permettra au bureau politique de proposer le soutien à un candidat à l’élection présidentielle. Ensuite, il appartiendra aux militants de ratifier ce choix. À titre personnel, j’ai toujours dit que le meilleur pour relever ce défi était Laurent Wauquiez. Le calendrier de son engagement pour 2027 n’appartient qu’à lui-même.

Quelle est la date limite selon vous pour Laurent Wauquiez ?

Laurent Wauquiez connaît mon analyse. À lui de définir une date. Quoi qu’il fasse, je respecterai son choix mais je pense qu’il ne faudra pas sortir du bois trop tard.

Vous aviez évoqué pendant la campagne un « shadow cabinet ». Où en êtes-vous ?

Je le désignerai dans les jours qui viennent. Ce contre-gouvernement sera composé d’une vingtaine de membres en charge de l’opposition à chaque ministre principal du gouvernement Borne-Macron. Au-delà du suivi d’un département ministériel particulier, ils devront préparer notre projet sur chaque sujet concerné. Par exemple, Frédéric Péchenard sera en charge de la sécurité, Pierre-Henri Dumont sera mobilisé sur l’immigration. Je précise que notre trésorier reste Daniel Fasquelle. J’installe aussi un comité des élus présidé par Isabelle Le Callennec (maire de Vitré) pour que l’on préserve ce lien précieux entre notre tissu territorial qui couvre près de la moitié des collectivités en France et le siège du parti. Ce comité servira aussi à préparer les prochaines échéances électorales. Pour préparer nos victoires futures, la commission nationale d’investiture sera présidée par Michèle Tabarot.

Laurent Wauquiez, Michel Barnier, David Lisnard, Olivier Marleix… Comment comptez-vous associer ces personnalités ?

Je suis lié à Laurent Wauquiez par une amitié et une fidélité de longue date ! J’ai déjà souligné l’espoir qu’il incarne pour notre famille politique et au-delà pour notre pays. Il siégera au comité stratégique. Nous échangeons en permanence depuis des années. Il en est de même avec Olivier Marleix, qui dirige le groupe à l’Assemblée. Lui aussi siégera institutionnellement au comité stratégique. Michel Barnier incarne une immense autorité morale pour notre famille politique, et je compte m’appuyer sur lui, notamment pour tout ce qui relève de la crédibilité de la représentativité de notre famille politique en Europe. Il occupera un poste de conseiller spécial en charge des relations internationales et des relations avec le PPE. David Lisnard est un ami. Il siégera au comité stratégique. Nous avons une proximité géographique et une fidélité jamais démentie. J’ai échangé avec lui avant la constitution de cette équipe. Ses fonctions à la tête des Maires de France (AMF) sont importantes, car il porte cette vérité de la France des territoires. Le comité stratégique, tel que mes prédécesseurs l’avaient institué, restera dans sa composition avec les grandes figures de notre parti. Je pense à Gérard Larcher, mais aussi à François Baroin et Christian Jacob, avec lesquels je me suis entretenu et qui participeront à nos travaux stratégiques. Les oracles prédisaient l’éclatement du parti après mon élection. Je suis fier de réunir une équipe d’une telle qualité avec de grandes personnalités.

Quid des porte-parole ?

Il y en aura trois : Alexandra Borchio (sénatrice), Nicolas Daragon (maire de Valence) et Guilhem Carayon (président des Jeunes LR). Avec Guilhem Carayon, qui sera également vice-président en tant que président des jeunes, je compte continuer à donner une impulsion forte à notre mouvement de jeunesse qui est l’une des grandes réussites de la présidence Jacob. Nous avons réussi à refaire des Jeunes Républicains un mouvement puissant, alors qu’il avait complètement disparu. Le parti comptera une quinzaine de vice-présidents et quatre secrétaires généraux délégués, qui seront Geoffroy Didier (député européen), Othman Nasrou (conseiller régional d’Île-de-France), Éric Pauget (député) et Raphaël Schellenberger (député). Chacun aura un rôle thématique. La nouvelle équipe des vice-présidents tient compte des résultats du congrès. Elle compte Julien Aubert, Valérie Bazin-Malgras, Émilie Bonnivard, Valérie Boyer, Fabien Di Filippo, Julien Dive, Virginie Duby-Muller, Laurent Duplomb, Agnès Evren, Jacqueline Eustache-Brinio, Victor Habert-Dassault, Nadine Morano, Frédéric Péchenard, Florence Portelli et Frédérique Puissat.

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