Etat et collectivitésGuillaume Guérin : « Reconnaissons l’intelligence territoriale »

6 octobre 2022
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« Que les ministres du gouvernement viennent dans nos communes exiger d’une mère célibataire ou d’un couple de retraités qu’ils basculent dans la sobriété lorsque depuis plusieurs années déjà ils peinent à payer leurs factures ! Nous ne ferons pas cet affront à nos administrés »

Les élections législatives ont démontré la volonté de nos compatriotes de ne pas concentrer les pouvoirs à l’Elysée comme ils l’avaient fait en 2017 en réaction à un quinquennat Hollande décevant à bien des égards.

Mais les Français ne s’y sont pas trompés. Ils ne se trompent jamais. Après avoir pour la troisième fois voté par défaut pour fermer les portes de l’Elysée à la représentante du parti historique de Jean-Marie Le Pen, ils ont dessiné une Assemblée nationale plus représentative des diversités de l’électorat français avec dix groupes parlementaires. Alors certes, la distribution des vice-présidences et des présidences de commissions a agité le microcosme politique. Mais est-ce bien là l’essentiel ? Lorsque quatre Français sur dix seulement se sont déplacés pour élire leurs députés, combien de ceux-là s’intéressent à qui sous-présidera telle ou telle commission ? Bien peu…

Désormais, un projet de loi gouvernemental ne pourra être voté que si l’un au moins des groupes d’opposition apporte ses voix à la majorité relative du Président Macron. Le rôle du Parlement s’en trouve restauré. C’est le retour du régime parlementaire et de la culture de compromis. Dans ce contexte, le Sénat, émanation faut-il le rappeler des territoires, retrouve toute sa place dans la fabrication éclairée et raisonnée de la loi.

Mais quel est le cap du président de la République ? Quelles options de politiques publiques, pour quelles réformes ? Dans ses propres rangs, bien peu se risquent à répondre car, au fond, ils n’en savent rien. Les armées de mercenaires ont-elles jamais servi les nations ? C’est le nœud gordien d’une hypothétique coalition. Au contraire de nos amis allemands, coutumiers du fait, la question posée est une coalition « autour de qui ? » au lieu de se demander « autour de quoi ? ». Pas, ou peu, de programme et pour seule idée-force la lutte contre des extrêmes, pourtant utiles en période électorale, et une défense tous azimuts de l’élargissement européen. C’est bien, mais un peu léger.

Etat profond. Les difficultés quotidiennes des Français sont immenses et de toute évidence, la déconnexion du pouvoir central a résisté à l’émergence du nouveau monde. Qui parle vraiment de la France périphérique, de la France d’à côté ? L’Etat profond a porté bien des noms. Lorsque les sachant ne savent plus, faisons confiance à celles et ceux qui pratiquent au plus près les territoires.

Nous, maires et présidents d’intercommunalités, vivons et habitons nos territoires quotidiennement et affectivement. Or, la réalité est là et elle est cruelle : les prix de l’énergie explosent, l’inflation atteint des niveaux historiques et le pouvoir d’achat de nos compatriotes fond comme neige au soleil !La sobriété est un concept à la mode. Elle serait le remède à tous nos maux. Que les ministres du gouvernement viennent dans nos communes exiger d’une mère célibataire ou d’un couple de retraités qu’ils basculent dans la sobriété lorsque depuis plusieurs années déjà ils peinent à payer leurs factures ! Nous ne ferons pas cet affront à nos administrés. Nous le refusons. La sobriété, beaucoup baignent déjà dedans, non pas par choix ou par effet de mode mais parce que, structurellement, les décisions politiques passées et présentes les y contraignent.

Les collectivités locales et les maires en particulier portent des actions concrètes et visibles. Les mairies répondent-elles aux besoins quotidiens de nos enfants ? Oui. Les Conseils départementaux apportent-ils assistance à nos aînés dépendants ? Oui. Les intercommunalités et les régions accompagnent-elles efficacement les entreprises dans un contexte économique incertain ? Toujours oui.

Partage. L’essentiel des forces vives des courants politiques auxquels nous appartenons se situe désormais en province. A ce titre, nous réclamons un leadership qui soit enfin d’extraction territoriale. Alors, sans tomber dans la facilité stérile qui consisterait à s’opposer aux élites parisiennes, nous appelons à ne pas fragiliser ce qui fonctionne et au contraire à assumer un partage efficace de la décision. L’hypercentralisation démontre chaque jour ses limites et la parole politique ne fait pas exception. Nos concitoyens, qui constatent l’éloignement des centres de pouvoir dans les préfectures de régions ou à Paris, voient aussi des responsables politiques hors-sol prodiguer leurs bons conseils sur les plateaux de télévision.

Il est essentiel de rompre cette spirale dont le baromètre s’appelle l’abstention et de redonner espoir avec des paroles et des actes tangibles. Aussi nous, maires et présidents de collectivités territoriales, sans ambition hégémonique aucune, revendiquons une décentralisation effective des options politiques choisies par nos décideurs. Assumons d’appartenir à des courants revendiquant l’intelligence territoriale !

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