SociétéAurélien Pradié : « Rebâtir un parti en danger de mort »

14 septembre 2022
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Aurélien Pradié, 36 ans, a officiellement fait acte de candidature pour la présidence du parti Les Républicains. Il sera opposé à Éric Ciotti et Bruno Retailleau. Pour marquer son entrée dans la compétition électorale, le député lotois s’est présenté devant un panel de lecteurs de La Dépêche du Midi. Il a évoqué la refonte du parti de droite, les préoccupations environnementales, économiques et sociales.

Dans quel état se trouve aujourd’hui le parti Les Républicains ?

Je constate que les grands partis politiques et historiques du pays sont en train de mourir. La droite républicaine n’y échappe pas. Cela fait 10 ans que la droite française perd toutes les élections et cela parce qu’elle ne parle plus aux Français. C’est l’une des raisons pour lesquelles je me présente à la présidence du parti. J’ai cette volonté d’oxygéner la droite. Je souhaite que la droite française redevienne ce parti populaire, celui des classes moyennes, de ceux qui ne demandent rien et qui font tourner notre économie. Si je m’engage dans la course à la présidence de notre parti, c’est parce que cette voix-là, je ne la retrouve pas dans ma famille politique.

Quelle est votre vision sur la place de la France dans le monde ?

La place de la France dans le monde, elle dépend beaucoup de la question européenne. Il faut à tout prix faire en sorte que l’Europe ne redevienne pas un « machin politique ». Il faut qu’elle s’impose comme un outil qui nous permettrait de tracer de grandes voies d’avenir. Je pense par exemple à la question de la médecine, qui doit être portée sur la scène européenne. Je souhaite également que l’on remette en question l’emprise juridique et judiciaire de l’Europe sur ses pays membres. Je suis un gaulliste et je considère que la France ne doit pas perdre sa souveraineté en la matière. Sur la scène internationale, la France a perdu l’essentiel de son influence. D’abord en raison de l’affaiblissement de la francophonie : nous avons abandonné la langue française. C’est aussi le cas de notre armée. Il faut la réhabiliter, lui redonner tous les moyens de rayonner pour éviter de faire de la figuration. Dans ce contexte, plus je vois le monde se défaire, plus je me dis que l’idée de « Nation » n’a jamais été aussi moderne qu’aujourd’hui.

Qu’est-ce qui peut selon vous sauver la France sur le plan écologique ?

Voilà un sujet sur lequel la droite républicaine ne dit plus rien depuis des années. Personnellement, je considère que l’exécutif a une responsabilité colossale quant au démantèlement de notre filière nucléaire. Si demain, nous voulions la relancer, il nous faudrait mettre de nouveaux réacteurs en service, mais plus grave, nous n’aurions plus les bras et les compétences pour le faire. C’est dire le déclassement de la France.
Et puis, quel est ce pays dans lequel une Première ministre vient annoncer qu’il va falloir que des entreprises réduisent leur production parce que nous n’aurons plus assez d’électricité ? Vous vous rendez compte des conséquences énormes que cela va avoir ? On a là une démission politique impardonnable.
Et puis vient la question de l’eau : nous sommes un pays dans lequel nous gaspillons près de 20 % de l’eau potable. La question de l’eau, c’est aussi la question du retraitement des eaux usées. Israël réutilise, pour son agriculture, 94 % de son eau usée. La France en réutilise moins de 4 %. Il y a là une source d’innovation et d’intelligence économique absolument majeure.

Sur le volet « travail », comment expliquez-vous aujourd’hui le phénomène de « grande démission » en France ?

Il y a une chose à laquelle je crois beaucoup : c’est la promesse républicaine. Cette idée de l’émancipation, que si l’on travaille dur on sera récompensé, c’est de moins en moins vrai… Il y a aujourd’hui des situations dramatiques en France ; des personnes qui, malgré les diplômes, ne trouvent pas d’emploi.
En vérité, c’est le monde du travail qui a changé. Beaucoup d’emplois n’ont plus de sens aujourd’hui pour nos jeunes. D’abord parce que le salaire n’est pas à la hauteur. Est-ce qu’on récompense vraiment le travail lorsque l’on crée des emplois très difficiles et très mal payés ? Je souhaite aussi renouer avec la participation : lorsqu’une entreprise gagne de l’argent, le salarié doit aussi toucher sa part. Cela vaut pour la fonction publique.
Enfin, aujourd’hui, nos jeunes ne souhaitent plus rester toute leur vie dans le même emploi. On peut porter le jugement que l’on veut sur cela. Mais c’est la réalité pour beaucoup de nos jeunes. Il faut donc que nos contrats de travail soient adaptés à cette situation nouvelle.

Du bouclier tarifaire aux ristournes aux pompes à essence, que pensez-vous des mesures mises en place par le gouvernement pour protéger le portefeuille des Français ?

En ce qui concerne la ristourne sur les prix du carburant, non seulement je suis d’accord avec ça, mais ce sont les députés Républicains qui se sont battus pour cette aide. Nous avons tordu le bras du gouvernement qui ne voulait pas en entendre parler ! Nous en avons la paternité.
Quant au bouclier tarifaire, j’y suis favorable parce que c’est l’urgence, nous n’avons pas d’autres solutions. Mais nous ne retrouverons pas un coût de l’énergie suffisamment acceptable tant que nous n’aurons pas retrouvé notre souveraineté. Ce bouclier tarifaire, c’est un pansement sur une jambe de bois. Il est nécessaire pour calmer l’hémorragie, mais il ne faut pas s’en contenter. Si nous n’avons pas retrouvé notre souveraineté de production énergétique dans les 10 ans qui viennent, nous aurons en permanence des chocs énergétiques de ce type-là.

La filière agricole a-t-elle un avenir en France ?

Je crois en notre agriculture. Nous avons été un grand pays de la souveraineté alimentaire : ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le vrai sujet de l’agriculture, c’est la question du prix. Tant que nous n’aurons pas mis les pieds dans le plat pour de vrai sur cette question, nous ne réglerons rien. Je suis favorable à ce que nous ayons un gendarme de l’alimentation qui fixe des règles, qui surveille de près les marges de chaque acteur du secteur et qui sanctionne quand cela est nécessaire.

Comment aller plus loin aujourd’hui pour lutter contre les violences faites aux femmes ?

Une de mes plus grandes fiertés politiques, c’était en 2019, lorsque j’ai porté une loi pour mieux protéger les femmes et les enfants. Elle a été votée à l’unanimité. Ça veut dire quelque chose. Cette loi a permis d’accélérer les procédures. On a fixé à six jours ce que l’on appelle les délivrances des ordonnances de protection. L’autre révolution que nous portions concernait les bracelets anti-rapprochement. Sur ce point-là, nous avons encore beaucoup à faire.

Si vous êtes président du parti, qu’est-ce que vous souhaitez changer ?

Il s’agit avant tout de réaborder les questions quotidiennes des Français. La droite n’aborde plus ces questions-là elle a abandonné les sujets qui intéressent les Français.
La deuxième révolution c’est sur la forme : c’est changer de nom, tourner la page du passé et notamment de Nicolas Sarkozy. Mon ambition, c’est de rebâtir un parti en danger de mort. Je suis candidat pour secouer le cocotier ! J’ai donc proposé un calendrier qui nous permettra de travailler pendant un an sur une réforme interne du parti. Tout cela nous mènera à un congrès fondateur, qui aura lieu le 5 décembre 2023. Cet événement ouvrira alors la voie à la présidentielle 2027.

>> Lire l’interview sur LaDepeche.fr

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