Etat et collectivitésGérard Larcher : « Il ne peut y avoir de contournement du Parlement »

31 août 2022
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Gérard Larcher, président du Sénat, qui ne participera pas au Conseil national de la refondation, met en garde contre la verticalité du pouvoir.

Emmanuel Macron avait annoncé une nouvelle méthode de gouvernance. Il a prévu un conseil de défense vendredi sur les questions énergétiques. Est-ce un bon signal ?

Ne repartons pas sur ce système des conseils de défense comme nous les avons déjà eus pendant la crise du Covid. Les Français ont déjà beaucoup souffert de cette verticalité du pouvoir. J’ai proposé au président de la République comme à la première ministre qu’à l’inverse du quinquennat précédent, on échange davantage en amont sur les sujets. Ensuite, il appartient au Parlement de délibérer, d’amender, de voter. Il ne peut y avoir de contournement du Parlement.

Vous avez décidé de ne pas participer au Conseil national de la refondation. Stanislas Guerini juge cette attitude « irresponsable ».

Emmanuel Macron et moi avons prévu de nous voir régulièrement, encore faut-il qu’il m’entende ! Je lui ai dit le 22 juillet que je ne participerai pas au Conseil national de la refondation ; il ne peut y avoir d’étonnement à ma lettre du 26 août. Je partage l’inquiétude du chef de l’État quant à la crise démocratique que nous traversons. Je pense que le sentiment d’abandon dans les zones rurales et périurbaines, que la perte de souveraineté dans des domaines essentiels, et que le décalage entre les promesses et les politiques menées sont trois des facteurs qui expliquent cette crise. Les Français attendent de l’action, du concret, des résultats. Les mécanismes de démocratie participative peuvent contribuer à éclairer la représentation nationale, mais en aucun cas ils ne peuvent s’y substituer. On a voté sur proposition du gouvernement précédent, initiée par le chef de l’État, une réforme du Conseil économique, social et environnemental pour faire de cette assemblée « le carrefour des consultations publiques ». Et voilà qu’on invente un machin supplémentaire ! Ce n’est pas la bonne démarche pour reconstruire la confiance.

Les élus s’inquiètent de voir les ordonnances se multiplier. Vous aussi ?

Je l’ai clairement dit à la première ministre: on ne peut pas continuer comme avant. 50 % des lois du précédent quinquennat ont été adoptées par ordonnance. Moins de 20 % d’entre elles ont été ratifiées ! Il n’y a plus de majorité aujourd’hui pour faire cela.

« Fin de l’abondance », « plan de sobriété »… Comment accueillez-vous ces déclarations de l’exécutif ?

On ne peut plus nier l’effet du réchauffement climatique. Ce discours alarmiste de rentrée contredit le discours rassurant du printemps. Nous sommes visiblement passés en deux mois de « l’espérance » à la fin de « l’insouciance », ce qui interroge sur l’absence de vrai débat pendant l’élection présidentielle. Nous rentrons dans un moment de vérité alors que nous allons connaître la plus grande crise énergétique depuis 1973. Les Français n’ont pas totalement pris conscience des coûts réels comme des réalités de la crise ; c’est une des conséquences du bouclier tarifaire. Ça ne pourra pas toujours être indolore. Si nous en sommes là, c’est dû à l’attitude des Russes, mais aussi à nos mauvais choix depuis dix ans. Nous payons aujourd’hui notre désengagement de la filière nucléaire pour avoir cédé aux antinucléaires. Nous devons développer les énergies renouvelables, tout en réinvestissant massivement dans le nucléaire. Seule cette énergie décarbonée pourra assurer notre indépendance, et limiter nos émissions de carbone tout en traitant la sûreté et le traitement des déchets. Bien sûr, dans l’immédiat, nous devons tous être des citoyens responsables. J’ai demandé à la questure du Sénat qu’on nous propose des mesures pour faire de réelles économies. Nous devons nous aussi donner l’exemple.

Le prix de l’énergie sur le marché n’a jamais été aussi fort. Appelez-vous le gouvernement à prendre de nouvelles mesures pour aider les Français ?

On a déjà mis 20 milliards d’euros ces derniers mois pour aider les Français. Vu l’état de nos finances publiques, il serait plus sage de passer à des mesures plus ciblées en direction des plus modestes. Mais il y aura quand même un rendez-vous de la vérité sinon « le quoi qu’il en coûte » et « le quoi qu’il advienne » vont mal se terminer! Le débat au Parlement sur l’énergie en octobre sera très important. Outre les mesures ciblées, nous devons encourager des modes de fonctionnement différents. Notamment en matière de transport pour aider ceux qui n’auront pas d’autre choix que de prendre leur voiture. Si l’on veut éviter le retour des « gilets jaunes », traitons les Français comme des adultes. Enfin, au lieu de proposer de réglementer, interdire ou punir, je préfère encourager l’innovation comme le fait Airbus en projetant de faire voler un A 380 grâce à l’hydrogène vert. L’innovation sera une des réponses à l’urgence climatique.

Élisabeth Borne a annoncé un fonds de 1,5 milliard d’euros d’aide aux collectivités pour les aider dans la transition énergétique. Est-ce un « gadget » pour reprendre votre terme ?

C’est la prise de conscience que c’est d’abord au niveau des territoires que se construiront les politiques de maîtrise de l’énergie. Avec notamment la question de la définition d’un budget vert. C’est une démarche que nous sommes prêts à partager.

Un autre projet arrive au Parlement, celui sur la sécurité porté par Gérald Darmanin. Qu’en attendez-vous ?

Les chiffres sont là, la situation s’est dégradée de mai à juillet: rodéos urbains, règlements de comptes, hausse des violences. C’est bien que Gérald Darmanin se démultiplie sur le terrain, mais ce serait encore mieux s’il obtenait des résultats. 75 % des Français jugent négatif le bilan d’Emmanuel Macron en matière de sécurité. Comment pourrait-il en être autrement après les différents événements des derniers mois ?

Regrettez-vous que ce texte n’aborde plus les questions d’immigration ?

Oui, j’espère que ce volet ne va pas être reporté trop loin. Nos capacités d’intégration et d’assimilation sont saturées. Nous devons préserver le droit d’asile, mais il faut empêcher qu’il soit détourné. Sur cette question la présidence française de l’Union européenne a été un échec.

Élisabeth Borne ne s’interdit pas de taxer les superprofits des entreprises. Va-t-elle trop loin pour vous ?

Je suis extrêmement réservé sur le sujet. Difficile de taxer une entreprise qui fait ses bénéfices à l’étranger, de plus il peut y avoir un problème constitutionnel. On a enfin intérêt à la stabilité fiscale pour conserver des entreprises de taille mondiale.

Le budget va être examiné dans les prochaines semaines avec, selon Gabriel Attal, un taux de croissance de 1,4 %, une inflation à 3,7 % et des déficits contenus. Est-ce réaliste ?

Nous sommes toujours dans une trajectoire d’augmentation non financée de la dépense. Je ne partage pas les propos de M. Attal quand il évoque une normalisation budgétaire. Dans ce qu’il propose, les dépenses augmentent de 23 milliards. Certaines sont légitimes comme celles sur l’éducation, la sécurité, l’environnement. Mais on ne nous propose nulle part des pistes d’économies alors que parallèlement les rentrées fiscales (impôt sur les sociétés, TVA, impôt sur les revenus) ont augmenté de 27 milliards! Le gouvernement avait tous les éléments pour entamer une trajectoire vertueuse. J’observe que ce n’est pas le choix retenu par l’exécutif qui dépense tout alors même que les taux d’intérêt augmentent. Il faut examiner également le projet de loi de finances de la Sécurité sociale. On va avoir besoin d’ici à 2025 de 30 milliards d’euros pour financer les retraites qui représentent 14 % du PIB. Nous n’avons pas d’autre choix que reporter progressivement l’âge du départ à la retraite vers 64 ans, accélérer la mise en œuvre de la durée des cotisations et assurer la convergence des régimes spéciaux sur dix ans.

Quelle devrait être la ligne à LR lors de l’examen du budget ?

Nous allons déjà l’examiner et on verra si le gouvernement utilise l’arme du dialogue ou celle du 49-3. Voter le budget détermine un soutien à la majorité. C’est une responsabilité politique.

Sur les premiers textes de la mandature, LR a voté avec le gouvernement. Comment ne pas apparaître comme un supplétif de la majorité ?

Notre préoccupation a été de répondre aux besoins immédiats et aux attentes des Français. Le gouvernement nous a écoutés sur la valeur travail, la défiscalisation des heures supplémentaires ou le rachat des RTT. Nous ne sommes ni supplétifs ni co-constructeurs.

Bruno Retailleau avance de plus en plus vers une candidature à la présidence de LR. Est-il l’homme de la situation ?

Il prendra sa décision définitive dans quelques jours, en conscience, après consultation de son groupe au Sénat. Moi qui travaille très bien avec lui, je ne vois aucune incompatibilité entre la présidence du groupe et la présidence des Républicains. Bruno Retailleau a toutes les qualités pour présider notre mouvement.

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