Etat et collectivitésFabien Di Filippo : « Notre responsabilité est d’incarner l’après-Macron »

4 juillet 2022
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Fabien Di Filippo, député de Moselle et secrétaire général adjoint des Républicains, défend la légitimité d’un projet alternatif assumé à droite.

Comment analysez-vous le débat sur la ligne « d’opposition » de la droite ?

Ce débat a été tranché au moment des élections législatives. Les candidats des Républicains, choisis pour représenter leur circonscription à l’Assemblée nationale, l’ont été pour appartenir à l’opposition. La déception générée par le manque de résultats obtenu par Emmanuel Macron, l’immobilisme qu’il incarne depuis plusieurs années, ont poussé les Français à élire des députés portant des solutions différentes. Et nous, c’est ce contrat-là, passé avec nos électeurs et nos territoires, que nous voulons à tout prix respecter. C’est une question de sincérité démocratique, mais c’est aussi un impératif pour le redressement du pays. Notre responsabilité est là.

On vous répondra que vous ne comptez plus que 61 députés et que Les Républicains sont très affaiblis depuis la présidentielle…

Premièrement, être élu à l’Assemblée après l’échec qui fut celui de notre candidate à la présidentielle, c’est quand même, pour chacun d’entre nous, la démonstration d’un lien extrêmement fort avec nos concitoyens. Nous avons cette légitimité. Ensuite, le Parlement n’est plus du tout dans la même configuration que lors du précédent mandat.

Il existait une grosse majorité monolithique qu’il était pratiquement impossible de fracturer. Aujourd’hui, dès les premiers scrutins pour le bureau de l’Assemblée, on a bien senti en commission que les équilibres démocratiques seraient très précaires. Dans ce contexte nouveau, c’est l’implication des uns et des autres, la force de persuasion et la cohérence qui pourront permettre de faire passer nos idées. Autrement dit, nous avons beaucoup plus de coups à jouer désormais.

Mais que répondez-vous à ceux qui estiment que vous retrouvez une force politique parlementaire par défaut ?

Personne n’est majoritaire dans le pays aujourd’hui ! Et Les Républicains restent le parti le plus ancré territorialement et comptent une majorité au Sénat. À l’échelle globale du Parlement, notre place est plus que stratégique, presque équivalente à celle de la majorité présidentielle. Nous avons donc une légitimité très forte pour faire valoir nos idées dans le débat, sans forcément faire un accord qui nous obligerait à porter un projet qui n’est pas le nôtre, qui n’est pas celui sur lequel nous avons été élus et qui décevrait nos électeurs.

Nombre d’élus locaux LR mettent en garde le parti sur le maintien de cette ligne d’opposition. Que leur dites-vous ?

Deux choses. La première, c’est que la parenthèse du macronisme est déjà en train de se refermer, le président est complètement effacé, tous les projecteurs sont tournés vers l’Assemblée et l’on sent bien que ce mouvement ne survivra pas à Macron. Notre responsabilité est immense et historique. Nous devons incarner, aux yeux des Français, une alternative crédible et démocratique pour l’après-Macron. Nous devons donner la chance à notre pays de ne pas rester enfermé dans un duel entre l’extrême gauche et l’extrême droite. La deuxième chose que je leur dis est la suivante : nous avons pu mesurer les différences profondes que nous avions avec les Marcheurs sur la vision de l’avenir de la France et du cap à suivre pour la redresser.

Quelles sont ces différences ?

Un premier exemple : dès cet été Mme Borne veut revaloriser les minimas sociaux et les allocations-chômage plus que le travail. Ils veulent aussi élargir l’Union européenne au-delà des Balkans, voire plus, alors que l’Europe crève de ces élargissements sans fin. Stratégie énergétique, stratégie agricole, éducation… Et je ne parle pas du projet d’Emmanuel Macron de diminuer de 10 milliards d’euros les ressources des collectivités. Nous comptons des différences fondamentales qui nous interdisent d’aller nous diluer dans le macronisme, par confort ou par opportunisme.

Si ces divergences sur la ligne devaient se durcir, ne craignez-vous pas une fracturation des LR ?

Quand les débats vont enfin commencer sur les textes, la question budgétaire, le danger de l’assistanat ou la sécurité; dès que nous serons sortis de cette période spéculative du partage des postes, nous nous rendrons compte à nouveau des valeurs que nous portons ensemble. Hormis certains débauchages, nous verrons que tous les membres de notre famille politique, celle de la droite républicaine, parviendront à se retrouver autour d’un même socle.

Souhaitez-vous qu’une incarnation émerge rapidement pour défendre le projet LR ?

La droite est forte quand son leadership est incontestable. Tous nos élus doivent se rassembler autour d’une personnalité et se tenir prêts à l’aider à tisser un lien fort avec les Français dans les périodes difficiles. Cette personnalité ne doit pas passer par une primaire ou un congrès. Nous devons la faire émerger.

Aujourd’hui, Laurent Wauquiez, dont la réussite régionale est unanimement reconnue, a beaucoup évolué. Il incarne l’importance du travail et des questions sociales. Il a compris que l’essentiel était de mettre cette valeur travail au-dessus de tout. C’est la seule valeur partagée par tous les Français et Laurent Wauquiez n’a pas peur de la défendre comme une question capitale. En politique, le timing comptant plus que le talent, celui de Laurent Wauquiez arrivera quand lui-même jugera le moment venu. À nous de lui préparer le terrain en lui disant qu’il peut compter sur une équipe solide.

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