Vie du mouvementChristian Jacob : « Il nous faut un phare à droite »

1 juillet 2022
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Le patron des Républicains a décidé de sortir de la vie politique après 28 années de combat à droite. « La maison est en ordre », confie-t-il au Figaro en appelant les siens à « rester unis ».

Éric Ciotti est réélu questeur mais Les Républicains n’ont obtenu aucun poste sur six vice-présidences stratégiques du bureau à l’Assemblée nationale. Quelle lecture faites-vous de ce qui s’est passé cette semaine au Palais Bourbon ?

Malheureusement, nous n’étions pas en situation de pouvoir maintenir nos postes après nos résultats aux élections présidentielle et législatives. Mon regret est la responsabilité très lourde du président de la République. Il a fait le choix délibéré d’instrumentaliser le Rassemblement national et l’extrême gauche. Ce qui s’est passé à la commission des finances est un pour le moins inquiétant, le groupe présidentiel Ensemble doit en assumer la responsabilité parce qu’il pouvait l’éviter. J’espère qu’Éric Coquerel, le président LFI de cette commission, va prendre la hauteur exigée par le poste et ne se laissera pas guider par des comportements antirépublicains, dont le seul objectif serait de tout faire exploser.

Les LR occupent désormais une position clef dans l’hémicycle. Quelles sont les exigences de la droite à l’égard d’Emmanuel Macron ?

J’ai toujours été très clair : il n’était pas question d’accords de boutiquiers. Son quinquennat a été un échec dans plusieurs domaines (gestion des finances publiques, incapacité de réformer, sécurité, contrôle de l’immigration…). Désormais, nous jugerons sur pièce et nous poserons des propositions sur la table pour chaque texte. Charge au groupe présidentiel de faire les bons choix, c’est-à-dire à peu près l’inverse de tout ce qu’ils ont fait lors du premier quinquennat.

Que répondez-vous à la nouvelle présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet quand elle appelle, dans les colonnes du Figaro , au « dépassement des clivages » ?

Je ne demande qu’à la croire et à lui faire confiance mais les groupes macronistes ont fait rigoureusement le contraire pendant cinq ans en rejetant systématiquement nos idées, en déconsidérant les corps intermédiaires et, bien souvent, en déconsidérant les Français. Le nouveau monde s’est effondré et nous voyons le résultat.

Les députés LR ont été fortement bousculés par le RN aux législatives. Le parti de Marine Le Pen vient de leur ravir la place de première force d’opposition à l’Assemblée. Quelle leçon la droite doit-elle en tirer ?

C’est d’abord le résultat du choix présidentiel que d’avoir désigné les extrêmes comme ses interlocuteurs. Mais il y a un message des Français à entendre et à retenir. Et c’est à partir de là que nous pourrons reconstruire.

Pourquoi avez-vous décidé de mettre un terme à votre présidence LR ?

Pour deux raisons, personnelle et politique. Il y a cinq ans, j’avais décidé avec mon épouse que ce serait mon dernier mandat. C’est une décision mûrie. J’ai exercé presque tous les niveaux de responsabilité : président de commission, président de groupe, ministre trois fois, président du parti… Si j’ai pu faire tout cela avec engagement et passion, c’est parce que la République est belle. Elle a permis à quelqu’un comme moi, qui avait arrêté ses études à 17 ans avec un BEP agricole, puis démarré dans la vie professionnelle avec une exploitation de 6 hectares et 25 vaches laitières, de pouvoir faire ce parcours. C’est pour cela que je ne supporte pas que l’on abîme la République, comme l’a fait Emmanuel Macron. Les Républicains ont vocation aujourd’hui à montrer qu’entre le marigot d’En Marche et les extrêmes, il y a une autre voie républicaine à construire sur le temps. Et la deuxième raison est politique. Nous devons nous débarrasser définitivement des primaires, que j’ai d’ailleurs sorties des statuts LR, et mon successeur doit avoir vocation à être candidat en 2027.

Nombre d’élus et de militants attendent une incarnation à droite. Laurent Wauquiez est-il l’homme de la situation ?

D’autres candidatures sont possibles mais de mon point de vue, Laurent est celui qui rassemble toutes les qualités nécessaires pour plusieurs raisons. Il a été solide dans l’adversité. Peu de responsables politiques auraient eu le courage qu’il a eu au moment de l’échec collectif des européennes. Il a accepté d’en assumer seul la responsabilité alors qu’il n’était pas tête de liste. Il a donné une deuxième leçon de courage et d’humilité en retournant chez lui en Auvergne-Rhône-Alpes pour se consacrer pleinement à sa région, l’une des plus grandes de France. Le résultat est là : sur 61 députés LR, un tiers est issu de ce territoire. Cela montre sa capacité à reconstruire en partant du terrain. Il a aussi une expérience ministérielle, sait ce que représente la gestion d’un parti et il a toujours agi avec droiture sans jamais se planquer.

Est-il prêt pour relever le défi ?

Cette décision lui appartient. Il est dans une période de réflexion, ce qui est sain. Pour lui aujourd’hui, il y a un alignement des planètes et un soutien très fort des militants. Mais reconstruire en visant 2027 ne peut relever que d’un choix personnel.

L’hypothèse d’une candidature de François Baroin est-elle définitivement écartée ?

En politique, rien n’est jamais fini. Mais de telles décisions sont tellement personnelles, que je ne peux parler à la place de personne.

Mettez-vous un terme à 28 ans de combat politique à droite ?

Oui, je resterai militant, à disposition de qui voudra pour échanger mais je ne reste pas dans la politique active. J’ai pris soin de préparer mes successions partout, à la mairie de Provins, sur mon intercommunalité, dans ma 4e circonscription de Seine-et-Marne. N’ayant plus aucun mandat, je n’ai plus aucune légitimité pour exercer une responsabilité directe.

Quels sont vos projets ?

Je pars dimanche à Londres pour y suivre un mois d’anglais intensif, sur le rythme de sept heures de pratique quotidienne ! J’en rêvais depuis longtemps car j’ai toujours vécu l’impossibilité de parler cette langue comme une frustration, même si j’ai deux petits enfants franco-britanniques installés en Angleterre. Ensuite, je prendrai un vrai mois de vacances, ce qui ne m’est jamais arrivé. Après, je reprendrai probablement une activité dans le secteur privé, à l’automne.

Quel bilan faites-vous de votre action à la tête des Républicains ?

Ma plus grande satisfaction est d’avoir pu rassembler la famille LR dans un contexte explosif, fait en sorte que Les Républicains existent toujours alors qu’ils auront un rôle central à jouer au cours de cinq prochaines années. Je pourrais aussi évoquer quelques victoires électorales (municipales, départementales, régionales), la création d’un mouvement Jeunes, le soutien sans faille des militants… Mais ma plus grande déception est de ne pas avoir réussi à desserrer l’étau entre le flou artistique d’En Marche et les extrêmes, à la présidentielle.

Quelles furent les séquences les plus difficiles ?

Faire revenir Valérie Pécresse et Xavier Bertrand dans le giron LR n’était pas gagné. Aujourd’hui, tout le monde se parle, nous sommes capables de nous réunir tous dans une même salle.

Ne regrettez-vous pas de quitter le navire alors que le parti doit entamer une refondation totale ?

En politique, il n’est pas interdit de tenir ses engagements. Je veux les tenir et je suis convaincu que c’est la bonne décision car rester serait mettre la poussière sous le tapis. Il faut tirer les enseignements de ce qui s’est passé. Je retiens une leçon de Jacques Chirac qui m’a mis le pied à l’étrier : pour transmettre il faut arrêter.

Si d’autres soldats devaient quitter LR pour rejoindre la macronie prochainement, la ligne d’opposition défendue par le parti tiendrait-elle le choc ?

J’ai dit au président de la République qu’il pouvait continuer les débauchages comme il l’a fait mais que cela ne pourrait que radicaliser les positions sans lui rapporter une seule voix. Il a esquissé un sourire. Les opportunistes, il y en a toujours eu et il en aura toujours. C’est une erreur d’avancer la gravité de la situation pour justifier un ralliement car quand la situation est grave, on doit être capable de défendre un projet et des idées. Offrir une voiture à deux tons ou un hôtel ministériel ne change rien. L’intérêt du pays se défend à l’Assemblée, là où les lois se votent en toute transparence. Nous, nous invitons simplement Emmanuel Macron à l’épreuve de vérité.

Comment avez-vous vécu vos dernières divergences d’analyses avec Nicolas Sarkozy concernant le positionnement des Républicains à l’égard d’Emmanuel Macron ?

Sur trente années d’histoire politique avec Nicolas Sarkozy, nous avons connu des situations tendues. À l’époque Chirac/Balladur, on ne faisait pas dans la dentelle, pas plus que durant l’épisode Chirac/ Sarkozy. Mais ces rapports de force et ces divergences, qu’il faut savoir assumer, nous ont aussi permis de construire des liens d’amitié, que j’assume totalement et qui existent encore. Lui comme moi avons toujours été très francs l’un envers l’autre. Mais parfois, quand il y a des oppositions, il faut trancher. Avec Guillaume Peltier ou d’autres, je n’ai pas tergiversé. Quand j’ai considéré que la ligne rouge était franchie, l’affaire s’est réglée dans l’heure. Mais concernant Nicolas Sarkozy, c’est bien sûr d’un autre niveau, je n’oublie pas qu’il a été un très grand président et j’espère continuer à le voir.

Quels seront les chantiers prioritaires pour Annie Genevard qui assure l’intérim à la présidence LR jusqu’au prochain congrès en novembre ?

Elle devra, avec Aurélien Pradié, préparer chaque texte avec Gérard Larcher et nos deux présidents de groupe, Olivier Marleix à l’Assemblée et Bruno Retailleau au Sénat. Et préparer le congrès électif de fin d’année en collaboration à partir de septembre avec Cécile Richez à la direction générale du parti à la suite de Jean-François Verdier et Marie-Eve Malouines à la direction de la communication.

En quittant ce bureau, rue de Vaugirard, qu’avez-vous envie de dire aux militants et aux élus ?

Restez unis ! Je pars serein, la maison est en ordre. Et souvenons-nous des personnalités du RPR : la fibre sociale de Séguin, le régalien de Pasqua, la sensibilité européenne d’Alain Juppé, la jeunesse soulevée par Nicolas Sarkozy, les qualités de rassembleur de Jacques Chirac… Tous étaient des phares. Aujourd’hui, il nous faut un phare.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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