Etat et collectivitésOlivier Marleix : « Emmanuel Macron demande un « chèque en blanc » »

24 juin 2022
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Le nouveau président du groupe LR à l’Assemblée nationale refuse tout accord de coalition et demande le respect des oppositions.

Olivier Marleix, 51 ans, député d’Eure-et-Loir, ne s’attendait pas à prendre la tête du groupe LR dans une Assemblée à ce point bouleversée. Fils de l’ancien ministre Alain Marleix, ce représentant de l’aile conservatrice de LR avait parrainé Laurent Wauquiez en 2017 dans la course à la tête du parti, puis Michel Barnier dans la primaire de 2021. Aujourd’hui aux manettes et partisan d’une ligne d’opposition claire et tranchée, il refuse tout accord de coalition, mais ne ferme pas la porte à des votes au cas par cas, sur chaque texte. Le parti Les Républicains, qui compte 61 députés, sera force de proposition en amont, assure-t-il. Sans oublier de rendre Emmanuel Macron responsable de la situation actuelle. Pour Le Point, il esquisse les lignes rouges de la prochaine législature.

Vous venez d’être élu à la présidence du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale. Serez-vous un premier opposant ou un parlementaire constructif ?

Probablement les deux à la fois. Je serai dans un groupe d’opposition sans aucune équivoque, mais dans cette situation singulière, nous allons pouvoir peser réellement sur les textes qui seront votés. Nous avons été traités par le plus total mépris durant la dernière législature. Le nombre d’amendements des groupes d’opposition retenus par texte ne se comptait pas sur les doigts d’une main et, le plus souvent, aucune de nos propositions n’était prise en compte. Maintenant, les choses vont être radicalement différentes. Vous savez, cela fait depuis trois mandatures que je suis dans l’opposition puisque j’ai été élu pour la première fois en 2012. Pour une fois, je suis heureux d’être en mesure d’obtenir des avancées majeures pour les Français dans cette nouvelle Assemblée.

Lors de son allocution, mercredi, Emmanuel Macron a exigé des groupes parlementaires de dire « jusqu’où ils seront prêts à aller ». Vous avez 48 heures. C’est un ultimatum ?

Oui, de façon assez maladroite, cette adresse prend la forme d’un ultimatum. Ce n’est certainement pas la façon la plus habile des manières de commencer une discussion dans « l’écoute et le dialogue », selon les mots employés par le chef de l’État, hier soir. En tout cas, il a proposé une alternative : une coalition des partis de gouvernement ou des accords au cas par cas, selon les textes.

Nous excluons la première proposition, celle d’une coalition, parce que nous n’avons pas été élus sur le même projet. Mais nous n’aurons pas d’autres choix que de dialoguer sur les textes. Nous y sommes prêts pour faire avancer le pays, mais cela suppose le respect.

Or, il existe une grande ambiguïté dans les propositions faites par Emmanuel Macron, comme le fait de demander un accord a priori sur l’adhésion aux textes proposés avant même de les connaître. Ce serait une coalition déguisée. Il renvoie à son projet présidentiel mais, franchement, qui a retenu quelque chose ? C’était flou…

Cette élection présidentielle qui a été très largement escamotée de par sa volonté ne lui permet pas de revendiquer un pacte politique fort avec les Français.

Votre position est claire : aucune coalition et une négociation en fonction de chaque texte ?

Oui, la proposition du président reste assez ambiguë : il demande une coalition, mais sur son projet, il propose une discussion au cas par cas, mais laisse entendre que cela devra être conforme à son projet… Il semble demander un « chèque en blanc », ça ne peut évidemment pas fonctionner ainsi. Si les Français ne lui ont pas donné de majorité, c’est parce qu’ils ont voulu le contraindre au dialogue et au respect, c’est à lui qu’il appartiendra de créer, sur tous les sujets, le contexte favorable à ce dialogue. Nous, Les Républicains, ferons l’effort de dire en amont de la présentation des textes par le gouvernement et les ministres quelles sont les avancées concrètes que nous espérons pour les Français et quelles seront nos lignes rouges.

Votre groupe perd un nombre conséquent de parlementaires. Comment espérez-vous peser dans une Assemblée qui promet d’être agitée, entre la Nupes et le Rassemblement national ?

En réalité, nous avons une position, disons originale, qui dépend aussi des projets portés par nos adversaires. Cette Assemblée nationale est le produit du calcul politique d’Emmanuel Macron, celui d’un calcul de fracturation du pays. Lui-même a créé des clivages, lorsqu’il dit par exemple, « je vais emmerder les non-vaccinés », lorsqu’il parle des Français qui réussissent et ceux qui ne sont rien, lorsqu’il manifeste son manque d’intérêt pour les territoires ruraux. Il a provoqué des fractures dans le pays. Aujourd’hui, les trois groupes issus de cette Assemblée, Ensemble ! et ses deux sous-produits que sont la Nupes et le RN, se nourrissent en réalité de cette division française.

Cette assemblée est le résultat patent de la destruction savamment organisée de la droite républicaine et de la gauche de gouvernement. Nous sommes les seuls, aux Républicains, à porter encore un projet de cohésion nationale. Jean-Luc Mélenchon divise les Français entre riches et pauvres, tandis que Marine Le Pen entretient d’autres clivages que l’on connaît bien. Nous sommes, avec nos élus, les rares à porter une voix singulière : nous ne pouvons pas nous résoudre à la disparition d’un projet de cohésion nationale, une cohésion exigeante, par le travail, l’effort, le respect de l’autorité, mais aussi la solidarité entre les générations ou entre les territoires.

Ne craignez-vous pas d’être, vous aussi, rendus responsables si le pays devait être complètement bloqué ?

Certainement pas. Pour résumer : coalition hors de question, mais une discussion au cas par cas, oui. Nous ne sommes d’ailleurs pas le seul groupe à nous montrer favorable à cette option. Je ne pense pas que le président lui-même ait intérêt au blocage ou, alors, il faut qu’il le dise maintenant. Une seule exigence nous animera, le dialogue, même s’il ne s’est pas montré très ouvert jusqu’ici et a gouverné de façon verticale et sans aucune écoute. Organiser ce dialogue, c’est maintenant sa responsabilité.

Certains au sein de votre famille politique, parmi les députés, plaident pour une opposition totale. Que leur dites-vous ?

Non, personne ne prendra cette voie, mais je précise, pour tous ceux qui s’inquiétaient, que nous ferons en sorte que la méthode du « texte par texte » ne puisse pas ressembler à des arrangements pris sur un coin de table. C’est sur cette méthode, sur ce projet, que j’ai été élu à la présidence du groupe Les Républicains. Le groupe est unanime sur cette question.

D’autres estiment une dissolution inévitable à terme, peut-être dans 6 mois ou un an. C’est aussi votre conviction ?

Non, je ne crois pas, parce que cela signifierait qu’il n’y aurait plus de recours, que le président lui-même n’aurait pas fait les efforts nécessaires pour aboutir au dialogue qu’il appelle de ses vœux. Une dissolution aboutirait vraisemblablement à une situation encore plus dégradée pour le chef de l’État. Vous n’avez peut-être pas remarqué mais, lors de son discours, il a fait disparaître la Première ministre, Élisabeth Borne. Sans surprise, Emmanuel Macron prend une responsabilité nouvelle où il serait tour à tour président, Premier ministre, et enfin ministre chargé des Relations avec le Parlement.

Arriverez-vous à conserver l’une des trois questures de l’Assemblée nationale, poste occupé par le député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti ?

Logiquement oui, nous allons nous battre pour conserver les moyens de fonctionnement que nous avions auparavant.

S’agissant du perchoir ?

La tradition républicaine veut que chaque groupe d’opposition présente son propre candidat. Nous avons annoncé la candidature d’Annie Genevard, députée du Doubs et vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Un congrès de votre famille politique est prévu à l’automne qui doit décider de la prochaine présidence de LR. Avez-vous décidé de soutenir une personnalité en particulier ? Laurent Wauquiez, par exemple, dont le nom circule avec insistance ces jours-ci ?

Écoutez, c’est très loin. J’ai n’ai pas encore entendu que Laurent avait décidé d’être candidat.

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