SociétéGérard Larcher : « Marine Le Pen représente un danger pour notre pays »

20 avril 2022
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Le président du Sénat votera pour Emmanuel Macron au second tour. Ce qui ne l’empêche pas de plaider pour une opposition autonome en cas de réélection du président sortant, à l’inverse de Nicolas Sarkozy.

Depuis la défaite de Valérie Pécresse au premier tour, Gérard Larcher ne s’était pas exprimé, si ce n’est pour préciser qu’il voterait en faveur d’Emmanuel Macron au second tour. Le président du Sénat met en garde contre une victoire de Marine Le Pen et annonce qu’en gardien des institutions il s’opposerait à un recours à l’article 11 de la Constitution dans le but de la réviser, comme la candidate du RN l’envisage.

Croyez-vous qu’une victoire de Marine Le Pen au second tour soit possible ?

Il faut être prudent mais je ferai tout pour qu’elle ne soit pas possible. Je voterai Emmanuel Macron au second tour en responsabilité. Ce n’est ni quitus ni ralliement mais je pense que Marine Le Pen représente un danger pour notre pays.

Pourquoi ?

Sa proposition de transformer l’Union européenne en une « Alliance européenne des nations » serait un affaiblissement de l’Europe. La France, dans l’état où elle est aujourd’hui, a au contraire besoin d’une Europe forte. Par ailleurs, Marine Le Pen parle de bouleverser les institutions. Ma responsabilité de président du Sénat est de les préserver. Sans doute l’adaptation est nécessaire, mais dans le respect des voies prévues par notre droit.

Vous faites référence au recours au référendum via l’article 11 de la Constitution qu’elle préconise pour modifier celle-ci ?

L’article 11 concerne le référendum législatif. Le référendum constituant relève de l’article 89. Je le dis : je m’opposerai à ce détournement de procédure !

Mais le général de Gaulle lui-même a eu recours à l’article 11 pour instaurer en 1962 l’élection du président de la République au suffrage universel direct !

C’était une autre époque, dans un autre contexte. Il y a depuis une jurisprudence du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel. Depuis l’arrêt Hauchemaille (du 25 juillet 2000 et qui confirme que le Conseil constitutionnel peut statuer sur la légalité de la convocation du corps électoral), tout ceci n’est plus possible. C’est heureux.

Cela relèverait d’un coup d’État juridique ?

Ce serait un coup de force. Ça n’est pas possible, nous sommes dans un état de droit.

Marine Le Pen comme Emmanuel Macron veulent une représentation proportionnelle à l’Assemblée nationale. Qu’en pensez-vous ?

La réforme de nos institutions aurait mérité plusieurs mois de débat avant l’élection. J’ai été longtemps hostile à la proportionnelle car elle éloigne les citoyens de leur député de circonscription. Mais lorsque l’on voit que les votes radicaux au premier tour représentent 55 % des voix, se dire qu’ils sont représentés aussi faiblement au Parlement pose une question démocratique. C’est un sujet qu’il faudra en effet mettre sur la table.

À l’issue du premier tour, trois blocs politiques se dégagent : LFI, LREM, RN. Auquel vous rattachez-vous le plus ?

Aucun des trois ! Je ne crois pas que 4,78 % (le score de Valérie Pécresse) soit le poids réel représenté aujourd’hui par LR et les centristes. Nous avons été victimes d’un vote utile, de la guerre en Ukraine et de l’entrée tardive en campagne du président sortant. Mais il est vrai que nous n’avons pas réussi à maintenir l’espace entre Emmanuel Macron et les extrêmes droites. Le résultat nous donne une responsabilité : est-on en capacité de recréer demain cet espace pour éviter à l’avenir des seconds tours aussi réducteurs ? C’est ce à quoi nous devons travailler.

Cet espace existe encore ?

Oui, je le pense. Il peut y avoir un risque d’éclatement de LR, je ne suis pas naïf. Mais si la seule alternance possible à Emmanuel Macron se situe aux extrêmes, alors, on finira un jour avec les « radicaux » au pouvoir. C’est un risque que je ne veux pas faire courir à mon pays. Je pense qu’à LR, nous devons aller aux législatives sous nos couleurs.

Que pensez-vous de la position de Nicolas Sarkozy, qui pense qu’il faut répondre « à l’appel au rassemblement d’Emmanuel Macron » ?

Nous aurons le même vote dimanche mais je n’ai pas la même position que lui. Il propose de rejoindre la majorité. Moi, je suis pour une opposition autonome qui seule peut représenter un contrepouvoir, comme nous le faisons au Sénat. En plus, je n’ai pas vu de réel appel au rassemblement d’Emmanuel Macron.

Avez-vous donné de l’argent à Valérie Pécresse, qui en demande pour couvrir ses frais de campagne non remboursés ?

Je vais en donner bien sûr par solidarité.

>> Lire l’interview sur LeParisien.fr

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