Fiscalité et dépense publiqueValérie Pécresse : « Il faut déployer des aides pour le pouvoir d’achat »

31 mars 2022

Valérie Pécresse, candidate Les Républicains à l’Élysée, a reçu des lecteurs de Bayard à son siège de campagne. Elle a notamment détaillé les réformes qu’elle souhaite mener pour réduire la dette, un sujet majeur selon elle.

Dominique Arviset : Que pensez-vous de l’accueil des réfugiés ukrainiens fuyant la guerre ? Et de manière plus générale de l’accueil des migrants ?

Il y a une tradition française, issue de notre histoire chrétienne et humaniste, qui est l’accueil des peuples persécutés. Nous devons aussi prêter assistance à tous les pays limitrophes de l’Ukraine qui se retrouvent désemparés face à l’afflux des personnes déplacées. En revanche, sur la question des migrants, je souhaite que l’on décide qui on accueille. Je considère qu’une immigration incontrôlée et une intégration ratée peuvent disloquer une nation. Je suis favorable à des quotas migratoires par pays et par métier. Et je veux un donnant donnant avec les pays d’origine : ils reprennent leurs clandestins et, en contrepartie, on délivre des visas d’immigration légale ; s’ils refusent, ils n’auront pas de visas.

Claudie Duquennoy : Cette guerre provoque un choc énergétique. Quelles mesures prendriez-vous ?

Cette guerre occulte le bilan du Président sortant. Sur cette question, de multiples mauvaises décisions ont été prises durant le quinquennat. Résultat, nous sommes moins souverains en matière énergétique. Emmanuel Macron a fermé la centrale de Fessenheim et a annoncé la fermeture de 14 réacteurs nucléaires. Il a ainsi démobilisé toute la filière et a fragilisé énormément EDF. Aujourd’hui, il dit qu’il va faire l’inverse. Pourquoi ?

Car l’opposition, en l’occurrence moi, y est allée franco en affirmant : si on veut zéro carbone en 2050 et léguer une planète à nos enfants qui soit viable, cela passe par le nucléaire et les énergies renouvelables. C’est notamment le biométhane et les biocarburants avec nos agriculteurs. Ils sont prêts mais il faut débureaucratiser : aujourd’hui, quand on veut construire un méthaniseur, un an et demi est nécessaire pour obtenir toutes les autorisations ! Je prône aussi une défiscalisation des chèques carburant distribués par les entreprises. À court terme, il faut déployer des aides pour le pouvoir d’achat des Français.

Claudie Duquennoy : Comment faire au risque de pénuries alimentaires ?

Emmanuel Macron a accepté un projet européen intitulé « De la ferme à la fourchette » qui organise la décroissance agricole. Dans les dix prochaines années, la production agricole en Europe est censée diminuer de 12 %. Il faut revenir sur ce projet fou en période de réchauffement climatique et de guerre ! Par ailleurs, à l’échelle européenne, réfléchissons à une aide alimentaire, notamment à destination de l’Afrique. Car le continent risque d’être touché par des pénuries.

Maeva Janvier : Que comptez-vous faire pour la réinsertion des sans-abri ?

Aujourd’hui, certains nous disent qu’il faut arrêter de construire des logements pour des raisons soi-disant écologiques. Le mal-logement est une immense souffrance en France. Il va donc falloir bâtir plus et mieux. Dans le parc social, la priorité sera donnée aux travailleurs de première ligne. Construisons du logement intermédiaire pour les classes moyennes. Je souhaite aussi développer l’accession sociale à la propriété pour les primo accédants, les jeunes mais aussi les jeunes retraités. Enfin, je considère que l’accompagnement est crucial, il ne faut pas simplement donner des chèques. À ce sujet, les bénéficiaires du RSA devront effectuer quinze heures d’activité d’insertion chaque semaine.

Claudie Duquennoy : Qu’avez-vous prévu pour revaloriser le statut des enseignants ?

Les enseignants en début de carrière et ceux qui travaillent dans des écoles en proie à plus de difficultés ne sont pas suffisamment valorisés. Je veux mettre fin au bizutage institutionnel qui consiste à envoyer les jeunes professeurs dans les établissements les plus difficiles. Cela tarit les vocations ! Je souhaite que les établissements dans les quartiers les plus sensibles bénéficient d’un budget d’autonomie, que l’on puisse recruter les enseignants en proposant, peut-être, des primes supplémentaires.

Jean-Daniel Remond : La violence est un problème qui touche toutes les générations. Comment pensez-vous pouvoir amorcer un virage plus ferme ?

Il faut d’abord que les polices municipales puissent effectuer des missions de proximité. Car, aujourd’hui, elles n’ont pas le droit de contrôler l’identité, d’ouvrir les coffres des dealers, ou d’utiliser des chiens renifleurs. On aidera la police nationale et la gendarmerie en débureaucratisant la procédure judiciaire qui leur prend trop de temps, aux dépens du travail d’enquête et de terrain.

Je défends également un plan d’urgence pour l’ensemble de la Justice, car elle est aujourd’hui noyée faute de moyens. Nos policiers sont valeureux, ils enquêtent, verbalisent mais il n’y a pas de sanctions. Je suis favorable aux amendes forfaitaires automatiques pour un certain nombre de délits. J’augmenterai de 50 % le budget de la Justice et nous effectuerons 16 000 recrutements. Tout cela ne se fera pas d’un claquement de doigts, un quinquennat sera nécessaire.

Nous avons aussi besoin de 20 000 places de prison supplémentaires. Nous rétablirons les peines planchers pour les multirécidivistes. Et pour les individus qui agresseraient une personne ayant une mission de service public, ça sera un an de prison ferme. Il faut que la peur change de camp.

Dominique Arviset : En deux ans de pandémie, le gouvernement a dépensé beaucoup d’argent, à juste titre. Qu’envisagez-vous pour réduire la dette ?

La dette est un sujet majeur. Les quinquennats de François Hollande et d’Emmanuel Macron ont abouti à 1 000 milliards de dette supplémentaire. Or, celle ci devra être remboursée par nos enfants ; c’est de l’impôt différé. J’inscrirai dans la Constitution une règle d’or pour que le déficit public n’excède pas 3 % du produit intérieur brut. Pour ce faire, il faut assumer de dire qu’on va dépenser moins et mieux.

Aujourd’hui, nous avons un enfer bureaucratique. C’est la raison pour laquelle je veux décentraliser et supprimer 200 000 postes dans l’« administration administrante ». Parallèlement, je créerai 51 000 postes de fonctionnaires pour protéger, éduquer, soigner – 25 000 à l’hôpital, 16 000 dans la justice et 10 000 à l’école. Réforme de l’État donc, mais aussi réforme des retraites et de l’assurance chômage : quand on a moins de 50 ans et qu’on gagne plus de 2 000 euros, au bout de six mois, si on ne veut pas reprendre un emploi ou une formation pour un métier qui recrute, ça sera 30 % d’indemnité en moins.

>> Lire l’interview sur LePelerin.com

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