SociétéValérie Pécresse : « Être de droite, c’est savoir que la générosité a un prix »

23 mars 2022
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Valérie Pécresse, candidate Les Républicains à l’élection présidentielle, se confronte à Jean-Claude Guillebaud, essayiste et journaliste, auteur notamment de Comment je suis redevenu chrétien (Seuil).

Je suis un homme de gauche, mais cela ne m’a pas empêche d’avoir des sympathies à droite, notamment avec Jacques Chirac. J’avais fait partie d’un petit groupe, avec Régis Debray et Emmanuel Todd, qui lui a donné quelques idées avant sa première élection en 1995. Il s’en est inspiré pour construire son discours sur la fracture sociale – nous avons été accusés par nos amis de gauche de l’avoir fait élire. Avec vous, je me souviens d’avoir dialogué au cours d’une émission radio en 2007. Je venais de publier Comment je suis redevenu chrétien et vous m’aviez chambré en me disant que certaines choses allaient devenir compliquées pour moi… Aujourd’hui, j’aimerais vous parler franchement : j’ai été déçu par votre discours au Zenith le 13 février, je me suis dit : mais comment a-t-elle pu rater ce moment important ? Vous vous êtes certes rattrapée ensuite contre Eric Zemmour à la télévision, le 10 mars. Mais ce que je regrette, c’est qu’en général vous ne parlez pas de vous-même ; c’est un manque.

Les commentateurs qui !’ont écouté m’ont fait dire le contraire de ce que j’ai voulu dire. La réalité est aussi que ce meeting est arrivé à un moment où la fatigue se faisait sentir. J’avais déjà eu la primaire de la droite, que j’avais gagnée, en décembre. J’ai enchaîné avec la campagne. J’aurais dû faire un discours plus court, plus simple et je n’aurais sans doute pas dû prendre de risques.

On attend d’une femme ou d’un homme politique qu’il nous parle simplement de lui-même. Il n’y a rien de pis que l’éloquence pour disqualifier une intervention politique. Le langage préfabriqué pose problème. Comprenez-vous ce que je veux dire ?

Je le comprends d’autant plus que j’ai changé complètement de format juste après. Au Cannet (06), le 18 février, j’ai parlé sans notes devant 3 OOO personnes. J’ai refait le discours du Zénith, mais dans ma bouche. On ne peut pas juger une femme ou un homme politique, son parcours, son engagement de25 ans et ses convictions sur un discours raté. Ce serait très injuste !

Oui, mais il ne faut pas que ce soit un discours au sens ordinaire du terme. Il faut que ce soit une rencontre. On a pu reprocher à des hommes d’Etat comme Lionel Jospin ou Alain Juppé de ne pas avoir su fendre l’armure. Est-ce votre cas ?

Je pense avoir libéré ma parole. Mais la violence de cette campagne et les attaques dont je fais l’objet font que j’ai une armure, c’est vrai. J’ai appris à protéger ma famille. Quand vous êtes une femme politique, vous êtes attaquée, et vos enfants le sont, à l’école. Je me souviens de gauchistes qui mettaient des tracts dans les carnets de mes enfants en maternelle. Un jour, un de mes enfants m’a demandé : est-il vrai que la gauche ouvre des écoles alors que la droite ouvre des prisons ? On leur disait cela pour qu’ils me le répètent. Ils ont dû se battre en cour de récréation pour défendre leur mère. J’ai appris à les protéger. Si je veux faire des reformes, c’est parce que je suis une mère de famille et que je pense à tous les enfants de France. Je ne veux pas leur laisser une dette financière abyssale ni une dette écologique. Je veux remettre la famille au cœur du projet que je porte, avec toutes les solidarités familiales, à l’encontre d’une forme d’inhumanité que je trouve dans la société. Aujourd’hui, on s’en remet toujours trop à des solidarités collectives. On oublie que, dans la famille, il y a un trésor de solidarité qui ne demande qu’à être exploité, à condition que l’on donne aux aidants familiaux, aux couples, la possibilité d’exercer ces solidarités de proximité.

Avez-vous la foi ?

C’est une question très personnelle et très intime. J’ai des doutes. Mais j’ai envie de croire.

Le fait d’avoir des doutes fait partie de la foi.

Oui, j’ai lu Mère Teresa et les écrits de sainte Thérèse de Lisieux. Croire, c’est quelque chose de terriblement difficile !

Nicolas Sarkozy prônait une laïcité positive, mettant sur le même plan l’instituteur et le prêtre. Quelle est votre vision de la laïcité ?

Je suis très attachée à la laïcité, car c’est elle qui permet notre modèle français, universaliste, anti-communautariste, où chaque Français partage des valeurs, une identité, une histoire. La laïcité, c’est le droit de croire ou de ne pas croire, et d’exercer librement son culte. Mais c’est aussi le respect de l’autre et de la neutralité de l’espace public. À chaque fois que j’ai porté des lois, sur la bioéthique ou sur la famille par exemple, j’ai consulté l’ensemble des cultes et des sensibilités philosophiques, car je crois que les cultes doivent jouer leur rôle dans la société et porter des idées. On ne peut pas déconnecter le religieux du politique, mais il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Le politique fait la loi commune, et les religions doivent s’inscrire dans cette loi commune. Il y a la loi et il y a la foi, qui pour moi relève de l’intime.

Je ne pense pas que la religion, comme la foi, relève seulement de l’intime, le philosophe Jean-Toussaint Desanti dit que le verbe croire ne se conjugue qu’à la première personne du pluriel. Croire, c’est croire avec ; le discours consistant à dire que la foi est une affaire privée est contestable.

Pour moi, le verbe croire se conjugue d’abord à la première personne du singulier. Je comprends, bien sûr, l’idée qu’une religion est un collectif, mais je crois qu’il y a quand même une part de détermination personnelle, et que cette détermination est fondamentale et relève de l’intime conviction.

Vous vous présentez comme la candidate qui défend la famille, toutes les familles, la GPA est-elle toujours une ligne rouge, comme vous l’avez dit à plusieurs reprises ?

Oui, car je n’accepte pas un monde du tout marchand. Pierre Bergé disait que l’on pouvait louer un utérus comme on loue des bras (interrogé par Le Figaro lors du débat sur le mariage pour tous). Je ne suis pas d’accord : je considère qu’il y a des choses qui ne s’achètent pas, en tout cas dans le monde dans lequel je veux vivre.

La question de l’euthanasie va rapidement revenir sur le devant de la scène. Quelle est votre position ?

Je suis scandalisée par les inégalités devant la fin de vie. Et sur ces sujets de société, ce qui me frappe, c’est qu’au lieu de faire en sorte que les lois s’appliquent, on préfère passer à la loi d’après. Cela nourrit le sentiment de frustration des Français vis-à-vis du politique. La loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie prévoit une sédation terminale, afin de partir sans souffrir. Cette sédation terminale se fait en lien avec les équipes médicales et les familles. Or, aujourd’hui, seules30 % des familles ont accès à ces soins palliatifs. Je veux développer la culture palliative partout en France, chez tous les médecins généralistes, dans tous les territoires, et aller jusqu’à permettre la fin de vie à domicile. Je suis persuadée que ce que veulent les Français, c’est partir sans souffrir, dignement, et entourés de leurs proches. Et je pense que cette loi résoudrait déjà, si elle était vraiment appliquée, une énorme partie de cette question douloureuse qu’est la fin de vie.

Concernant l’immigration, vous êtes pour que les aides sociales non contributives et les allocations familiales soient réservées aux Français et aux étrangers justifiant de cinq ans de séjour régulier en France. C’est assez restrictif…

Oui, car je crois que nous avons en France une immigration qui se fait en raison de la générosité de notre système d’allocations sociales. Je souhaite que l’on vienne en France pour s’intégrer, pour travailler, pas pour toucher des prestations non contributives.

À propos de la guerre en Ukraine, qu’auriez-vous fait à la place d’Emmanuel Macron ?

Je pense d’abord que cette guerre nous impose une immense dignité dans la façon dont nous nous exprimons. Il est nécessaire pour obtenir un cessez-le-feu de Vladimir Poutine de maintenir une France forte. J’évite donc les critiques politiciennes. Mais je crois qu’entre 2019 et 2O21 l’absence de dialogue avec Vladimir Poutine a empêché de voir les signaux qui indiquaient sa volonté de plus en plus forte d’affaiblir l’Europe et d’affaiblir la France. Je pense également qu’Emmanuel Macron a été trop seul au démarrage. Il aurait dû se rendre à Moscou avec des représentants de l’Union européenne, avec le chancelier allemand. Il y a eu une forme de « trop tard, trop seul ». Mais, aujourd’hui, je suis solidaire des sanctions et j’appelle le gouvernement à établir un plan de soutien pour aider les Français à supporter les conséquences de cette crise et à accueillir les réfugiés ukrainiens qui fuient les atrocités de la guerre.

Acceptez-vous l’idée que ces sanctions nécessaires vont avoir un coût pour les Français ?

Je crois que la place de la France est aux côtés des défenseurs de la liberté, même si cela a un coût. Mais je ne suis pas pour l’embargo sur le gaz russe et le pétrole, car nous sommes trop dépendants. En revanche, s’en prendre aux oligarques, pénaliser les banques russes, oui, car ce sont des sanctions adaptées et qui frappent le système Poutine. Je pense également qu’il faut être fidèle à notre tradition d’asile des réfugiés ; je l’ai fait dans ma région.

Il y a autour de vous, dans votre QG de campagne, un certain nombre de photos de femmes et d’hommes politiques. Quels sont ceux qui ont compté pour vous ?

Parmi mes parrains politiques, je citerais Jacques Chirac, qui m’a appris l’amour de la France et le respect des Français. Simone Veil m’a prise sous son aile quand je suis arrivée à l’Assemblée nationale ; elle m’a beaucoup inspirée sur la manière de réussir à faire de la politique en étant une femme. Son mari aussi nous a donné des conseils de couple ! Je ne peux pas ne pas citer Nicolas Sarkozy, car il m’a donné ma chance comme ministre et il a été un président puissamment réformateur. J’ai énormément appris avec eux.

Aucune personnalité à gauche ?

J’ai noué des relations amicales avec mon prédécesseur, Jean-Paul Huchon (président du conseil régional d’Ile-de-France de 1998 à 2015), après l’avoir combattu dans les urnes. Nous partageons la même envie de servir. J’ai également eu des dialogues fructueux avec Michel Rocard. Un jour, nous avons débattu devant une salle comble sur le thème « foi et politique », sur la question du sens, et sur le fait que la politique était un des débouchés pour ceux qui croient. Car, avoir la foi, c’est s’engager, et s’engager, c’est servir. C’était passionnant. Nous parlions des différences entre la droite et la gauche, et je lui ai dit que je pensais qu’être de droite, c’était savoir que la générosité a un prix et qu’il faut accepter de le payer en faisant des réformes, en travaillant davantage… Une définition qu’il a approuvée !

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