SociétéBruno Retailleau : « Une présidentielle sans confrontation des candidats ? Ce serait un mandat sans force »

7 mars 2022
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Il serait catastrophique pour l’esprit public qu’Emmanuel Macron, dont le bilan est très négatif, escamote le débat présidentiel en arguant de la guerre en Ukraine, explique le président du groupe LR au Sénat.

« Ma boussole, vous protéger. » Face au retour de la guerre en Europe et à l’approche d’une élection cruciale pour notre pays, le président de la République a voulu fixer un cap. Il convient donc de prendre au mot Emmanuel Macron et de poser la seule question qui vaille alors que sonne l’heure du bilan: son quinquennat a-t-il vraiment protégé la France ? L’a-t-il préparé aux chocs qui surviennent ? La réponse est évidemment non. Rien n’a été préparé. Rien n’a été anticipé.

S’agissant de nos dépendances, elles se sont aggravées. La France que nous laisse Emmanuel Macron est plus que jamais une France aux mains liées.

Sur le plan budgétaire, la dépense publique a explosé: plus de 140 milliards d’euros supplémentaires en cinq ans, hors dépenses liées à la crise sanitaire et à la relance. Une nation qui ne tient pas ses comptes ne peut tenir son rang: cette vérité, Emmanuel Macron l’a ignorée ; pas notre voisin allemand qui, grâce à sa bonne gestion financière, peut annoncer une augmentation de 100 milliards d’euros en faveur de sa défense. Serons-nous encore, dans quinze ans, la première armée de l’Union européenne ? Il est permis de s’interroger.

Aux lourdes conséquences de nos déficits publics s’ajoutent celles d’un déficit commercial historique, qui s’élève à 85 milliards d’euros. Même nos secteurs les plus exportateurs sont aujourd’hui menacés: Emmanuel Macron n’a-t-il pas avalisé le programme européen « Farm to Fork » qui prévoit le gel de 10 % de surfaces agricoles d’ici dix ans ? Alors que la Russie de Vladimir Poutine s’est construit une autonomie alimentaire, la France d’Emmanuel Macron, elle, déconstruit la sienne.

Quant à la dépendance énergétique, le nombre de jours nécessitant une importation de notre électricité a quasiment doublé entre 2019 et 2020, conséquence directe de la fermeture de Fessenheim et des zigzags permanents d’Emmanuel Macron sur le nucléaire.

Mais ce n’est pas tout. Car à l’affaiblissement des éléments matériels de la puissance française, s’ajoute l’effritement de sa composante immatérielle: la cohésion nationale.

La résistance du peuple ukrainien doit être pour nous une leçon: face à l’adversité, la capacité de résilience d’une nation se juge d’abord à la mesure de son sentiment d’appartenance. Ce même sentiment national qu’Emmanuel Macron n’a cessé de blesser, de sa négation de l’existence d’une culture française à sa revendication de déconstruire l’histoire de France. Au rebours de l’histoire, précisément. Car le combat des Ukrainiens pour leur souveraineté et leur identité illustre un basculement historique: l’illusion de l’indifférenciation culturelle, de l’uniformisation du monde sous les seuls signes du droit et du marché, a définitivement volé en éclat. Partout, les nations se raffermissent dans leur culture. Malheureusement le communautarisme et le wokisme morcellent la nôtre. À renier notre passé, nous fermons la porte à notre avenir: demain, l’identité sera plus que jamais un facteur de puissance et d’influence.

Cette faiblesse de la France n’est donc malheureusement pas le fruit du hasard. Car le monde nouveau dans lequel nous entrons est aux antipodes du « nouveau monde » que nous promettait Emmanuel Macron. Il s’était fait le chantre d’un nouvel individualisme, mais c’est la figure du collectif, celle du soldat luttant pour son pays et non celle de l’individu « maximisant ses possibles », qui signe son retour. Il s’était fait le héraut de la mondialisation heureuse, mais c’est bien la nécessité vitale des frontières que remet en pleine lumière le combat des Ukrainiens contre l’envahisseur russe. Le monde ouvert à tous les vents d’Emmanuel Macron n’est qu’un monde offert à toutes les invasions. À force de vouloir vider les nations de leur souveraineté comme de leur légitimité, l’idéologie postnationale a laissé un espace pour les empires en reconstitution.

De l’Ukraine affrontant un nouveau tsar rouge à l’Arménie résistant au nouveau sultan ottoman, c’est la même lutte qui partout se livre: ce combat toujours recommencé de la nation contre l’empire, du droit contre la force, de la frontière qui garantit la paix contre l’expansionnisme qui amène la guerre.

Tirons-en les leçons pour nous-mêmes. Et d’abord pour l’Europe: en voulant dépasser la nation, elle a oublié l’exigence vitale du fait national, notamment dans le domaine de la défense. Le chantier est immense. Car à l’œuvre, difficile de porter de grands projets stratégiques, l’Europe a préféré le confort des petits sujets technocratiques. Ainsi exige-t-elle de nos armées qu’elles respectent la directive « temps de travail » plutôt que d’œuvrer pour le réarmement des États européens. Qui peut croire sérieusement que la Russie de Vladimir Poutine se laissera impressionner par une Europe qui sacrifie sa sécurité pour des jours de congé ? Il nous faut donc réarmer l’Europe, mais pas n’importe comment. Pas en poursuivant le rêve illusoire d’une armée européenne, un temps caressé par Emmanuel Macron. À la politique de la canonnière que pratiquent les puissances bellicistes, on ne peut opposer la politique de la chimère. Plutôt qu’une impossible défense européenne intégrée, forgeons une alliance européenne de défense, engageant chaque nation de l’Union à augmenter son effort militaire, comme le propose Valérie Pécresse.

Alors oui, comme l’a affirmé Emmanuel Macron, cette guerre est un tournant dans l’histoire européenne. Mais un tournant dans lequel tout ce qu’a incarné le macronisme est allé au fossé. Jusqu’à l’optimisme béat de ce « pensez printemps » que lançait Emmanuel Macron en 2017. Avec le retour du tragique, toute la vacuité de l’irénisme macronien apparaît: non, le rôle du politique n’est pas d’annoncer le printemps mais bien de rappeler que l’hiver existe: celui de la guerre, du combat pour la souveraineté et la liberté. Il aurait fallu s’y préparer.

Naturellement, sur toutes ces questions, le candidat Macron va promettre de faire demain ce que le président n’a pas fait hier. En somme, les Français devront trancher entre les regrets d’Emmanuel Macron et le projet de Valérie Pécresse. Mais à condition, bien sûr, qu’il y ait enfin une campagne. C’est pourquoi nous appelons solennellement Emmanuel Macron à assumer ses responsabilités. Car nous mettons en garde: une élection sans débats signifierait un quinquennat sans mandat clair. Comment alors réformer vraiment ? S’il n’y a pas de vraie confrontation dans les urnes, nous aurons des confrontations dans la rue. La France ne peut pas se permettre une nouvelle élection présidentielle escamotée, une nouvelle occasion manquée.

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