SociétéValérie Pécresse : « La France est abîmée, il faut tout réparer »

6 décembre 2021
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« Je ne changerai pas ma ligne », prévient-elle, avant de brosser Emmanuel Macron en « président du zigzag et de la godille politique ».

Et maintenant ? Quelles sont vos priorités pour les prochains jours ?

C’est une nouvelle histoire qui commence. Je veux redonner l’espoir à tous ceux qui n’y croient plus, être la candidate des solutions concrètes et de la vie quotidienne. Trop de Français sont désespérés : ceux qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts et qui voient le déclassement économique de leur pays fermer leur usine ou menacer leur ferme, ceux qui se sentent menacés par la montée de la violence et du séparatisme islamiste, insécurisés dans leur mode de vie et leurs valeurs par une immigration incontrôlée. Pour eux, je vais porter un projet puissant de rupture. Emmanuel Macron, c’est le président du zigzag et de la godille politique. La France prend des camouflets, et il donne des leçons. Il nous a menés dans le mur de la dette et des impôts, à une société où il n’y a plus de respect et d’autorité. Il faut y mettre un terme et ce sera ma mission.

Quelle place comptez-vous accorder dans votre campagne à vos ex-adversaires du congrès LR ?

Je prends la tête d’une formidable équipe de France, à la fois diverse et très professionnelle. Eric Ciotti, Michel Barnier, Xavier Bertrand et Philippe Juvin, et tous nos talents dans nos territoires : ensemble, ils incarnent la diversité des sensibilités de la droite. Je les respecterai toutes. J’irai aussi présenter ma candidature aux familles centristes, tout comme je veux m’adresser aux républicains de tous bords qui ont envie de trouver une troisième voie face aux démagogues et aux extrémistes. Mais je ne transigerai pas avec la vérité et je n’esquiverai pas les questions difficiles. Je ne dirai pas forcément aux Français ce qu’ils ont envie d’entendre.

Allez-vous adapter votre projet pour intégrer les propositions des autres candidats du congrès ?

Des propositions fortes ont été avancées lors de cette primaire. Je veux y puiser celles qui me paraissent le plus efficaces. Mais je ne changerai pas ma ligne. Elle est clairement de droite, forte sur le régalien, forte sur les libertés, et forte sur le social avec ma proposition d’augmenter de 10% les salaires nets jusqu’à 3.000 euros. Ma droite est gaulliste, libérale et sociale. C’est mon ADN. Le défi climatique est aussi un fil rouge de mon programme, tout comme la réduction des inégalités, entre Français de toutes origines, entre urbains et ruraux.

Pourquoi choisir Saint-Martin-Vésubie pour votre premier déplacement de candidate ?

Ce village incarne la France, celle des Justes parmi les nations qui ont protégé des Juifs pendant la guerre, une France courageuse et fidèle à ses valeurs. C’est aussi un village martyr qui a subi des inondations catastrophiques, et je veux mettre l’urgence climatique au cœur de mon projet. Evidemment, cette visite est aussi un signal envoyé à Eric Ciotti. Je l’ai dit : je veux rassembler toutes les sensibilités de la droite. D’ailleurs, je mènerai cette semaine, avec tous les candidats de la primaire, plusieurs déplacements dans des lieux symboliques de la France que je veux incarner. Une France grande sans être arrogante, une France de tous les possibles. J’ai rendez-vous avec les Français. Et je vais mettre les bouchées doubles.

Vous n’êtes encore qu’à 10 % dans les intentions de vote. Battre Macron, est-ce vraiment possible ?

Oui, je peux battre Emmanuel Macron. Je crois à la puissance de mon projet, à la dynamique d’une belle équipe. C’est une longue marche qui commence. Un autre chemin est possible pour la France. Les sondages n’ont jamais fait l’élection.

Pourquoi les électeurs de Macron vous préféreraient-ils ?

Parce qu’ils deviennent peu à peu lucides sur son bilan. Il a cramé la caisse et décidé de léguer aux ­générations futures tous les ­problèmes de la France : dette, déficit de la balance commerciale, impôts, services publics à bout de souffle, crise d’autorité chronique. La France est abîmée, clivée. Il faut tout réparer.

Eric Zemmour tient son premier meeting dimanche. Que dites-vous à ceux qui ont envie de voter pour lui ?

Dans l’histoire de France, les diviseurs n’ont jamais été les sauveurs. Les marchands de peur n’apportent pas de solutions. La seule alternance crédible, c’est une droite républicaine rassemblée.

Eric Zemmour a appelé les électeurs d’Eric Ciotti à le rejoindre. Que lui répondez-vous ?

C’est peine perdue. La droite est debout. Elle est de retour !

Marine Le Pen, Anne Hidalgo, et maintenant vous : 2022, c’est l’année des femmes ?

Dans le parti du général de Gaulle, de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy, c’est une grande première. Les militants ont considéré que les valeurs de la droite – autorité, liberté, dignité – pouvaient être incarnées au plus haut niveau par une femme. Le plafond de verre s’est brisé. C’est pour moi un honneur et une immense responsabilité. Je serai à la hauteur. Je ne suis pas une héritière comme Marine Le Pen. Je me suis faite à la force des batailles gagnées, y compris les plus difficiles.

Sur votre affiche de campagne, vous jouez avec l’image de Marianne. Vous vous prenez pour Marianne ?

[Elle sourit.] J’ai failli m’appeler Marianne ! Car je suis née un 14 juillet… Ce portrait m’a été offert par un artiste à la fin de ma campagne régionale. Marianne symbolise la France bleu, blanc, rouge que j’aime, la République aussi. La République a besoin d’être défendue, et je n’aurai pas la main qui tremble.

Vous avez décidé d’annuler le meeting prévu samedi. Le Covid menace-t-il déjà votre campagne ?

Nous sommes le parti de la responsabilité. Il n’est pas question d’organiser, comme d’autres, des meetings sans passe sanitaire à 15.000 personnes, qui risquent de se transformer en clusters. S’il faut adapter notre campagne à la situation sanitaire, nous le ferons. Nous ne priverons pas les ­Français de ce grand moment démocratique.

Qui avez-vous appelé juste après votre victoire ?

Il y avait déjà beaucoup de monde autour de moi : les autres candidats, ma famille, Christian Jacob, Gérard Larcher et Bruno Retailleau… Mon premier coup de fil a été pour ­Nicolas Sarkozy.

Que vous a-t-il dit ?

« Félicitations » ! Je garderai le reste de notre conversation pour moi.

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez su que vous alliez être la candidate de LR ?

Une grande émotion. Ce sont vingt ans de vie qui se résumaient à un seul vote. J’ai pensé à toutes les femmes de ma famille, qui étaient de fortes personnalités mais que la société mettait à l’époque au second plan. Aux hommes de ma famille aussi, qui m’ont aidée à devenir moi-même. A Jacques Chirac, et à tous ceux qui m’ont fait confiance. Sans elles et sans eux, rien n’aurait été possible.

>> Lire l’interview sur LEJDD.fr

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