Etat et collectivitésGérard Larcher : « On a besoin de territoires unis mais non alignés »

18 novembre 2021
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Satisfait de la victoire de David Lisnard, le président du Sénat défend une AMF « indépendante et pluraliste ».

David Lisnard, le maire LR de Cannes, que vous souteniez, vient d’être élu président de l’AMF. Comment accueillez-vous cette victoire ?

C’est une fin de séquence de l’AMF avec la fin de la présidence François Baroin. Il a beaucoup œuvré pour les territoires, depuis 2014, contre la centralité absolue du pouvoir et pour leur autonomie financière. Il faut se souvenir de la suppression, sans aucune concertation, de la taxe d’habitation! La victoire de David Lisnard s’inscrit dans la continuité des deux derniers présidents de l’AMF, Jacques Pélissard et François Baroin, pour lesquels il a travaillé. Il connaît la maison, il connaît les sujets! Je souhaite que l’AMF contribue à la mise en place d’une nouvelle génération de la décentralisation qu’on attend tous avec notamment le volet crucial de l’autonomie financière des collectivités territoriales.

Est-ce une défaite pour Emmanuel Macron ?

Ce n’est pas le sujet. Il ne s’agit pas de savoir si c’est une défaite ou non pour Emmanuel Macron, c’est une victoire pour une représentation des communes indépendante et pluraliste. La commune est une forme de contre-pouvoir, un lieu de libertés. Cela l’a toujours été, quel qu’ait été le président. Même sous Nicolas Sarkozy. Je ne sais pas si Philippe Laurent était le candidat d’Emmanuel Macron, mais, une chose est sûre, il était soutenu par les macronistes. La victoire de David Lisnard, c’est de facto la défaite de cette ligne-là. Rien ne serait pire que l’alignement des maires de France sur la politique menée par un gouvernement quel qu’il soit. La pluralité, c’est sain pour la démocratie. On a besoin de territoires unis, mais non alignés. Avec la victoire de David Lisnard, l’indépendance de l’AMF est préservée.

Le projet de loi de finances pour 2022 arrive dans l’hémicycle ce jeudi. Le Sénat le votera-t-il ?

C’est un budget de campagne électorale que nous allons examiner. Il y a trois orientations dans ce budget qui me semblent très problématiques pour notre pays. D’abord, la frénésie dépensière de l’exécutif. Depuis le début de l’été, 42 mesures nouvelles ont été annoncées pour un montant total de 25 milliards. Auxquels il faut ajouter les 34 milliards du plan d’investissement 2030. C’est l’amendement le plus cher de l’histoire de la République ! On est passé du « quoi qu’il en coûte » au « quoi qu’il advienne » ! On nous demande de voter 455 milliards de dépenses – et encore, d’ici à la fin de l’examen du budget, pas sûr qu’on ne nous en rajoute pas – avec 300 milliards de recettes. On a donc 155 milliards de déficit ! Si une commune présentait un tel budget, elle serait mise sous tutelle. On a renoncé à toute maîtrise de la dépense publique. Cela n’a pas commencé à cause de la pandémie. On avait déjà 80 milliards de dépenses publiques supplémentaires sous les gouvernements d’Édouard Philippe entre 2017 et 2019. Celles-ci représentent 55,7 % du PIB, 10 points de plus que la moyenne des pays européens.

Ce projet de loi de finances est-il irresponsable ?

Ce projet de loi de finances est dangereux pour l’avenir du pays au moment où nous voyons l’inflation repartir. Nous empruntons à des taux 0, voire négatifs, cela pourrait ne pas durer ! Le réveil risque d’être douloureux, Il faut revenir à la raison. Surtout, et c’est la deuxième caractéristique de ce budget, il y en a pour tout le monde ! Les fonctionnaires, la ville de Marseille, les pêcheurs, les policiers, les travailleurs indépendants, les ménages modestes, les sages-femmes, les harkis, les aides à domicile, etc. On entretient la fiction de l’argent magique. On fait croire qu’on peut satisfaire indistinctement toutes les revendications. C’est un budget sûrement utile pour une réélection, mais inquiétant pour la France. Enfin, troisième caractéristique de ce budget, on déresponsabilise les citoyens et on demande toujours plus à l’État providence alors qu’il n’a déjà plus rien dans ses caisses. La création de la richesse par la compétitivité et la croissance n’est jamais posée. Nous sommes entrés dans une aventure budgétaire. Je ne pense pas que le Sénat votera la première partie de ce budget bâti dans l’improvisation.

Nous sommes à deux semaines du congrès LR. Comment observez-vous cette campagne interne ?

Une belle image de droite est donnée à ceux qui s’attendaient à des confrontations, avec une certaine gourmandise. Ces candidats affichent une volonté de rassembler autour d’un socle de valeurs communes. On voit des différences, mais rien qui puisse nous empêcher de gouverner ensemble. Nos candidats ont de nombreux points de convergence. Je crois une victoire possible en 2022.

Beaucoup de propositions sont mises sur la table, mais ne manque-t-il pas une vision de la France ?

Peut-être. Il faut donner en effet une vision de la France en Europe et dans le monde. J’espère que les deux prochains débats nous permettront d’aborder ces sujets.

Ne voyez pas de fortes différences entre Éric Ciotti, qui pourrait choisir Éric Zemmour au second tour, et les autres candidats ?

Notre famille politique s’est construite avec ses différences, des souverainistes aux gaullistes sociaux. Tout cela n’est que l’addition de ce que nous sommes et de notre héritage gaulliste. C’est notre richesse. Et je vous le dis : Éric Zemmour ne sera pas au second tour. Il reflète, parfois comme un miroir, notre insuffisance et notre absence de réponses sur certains sujets, tels que l’identité nationale, l’immigration, l’insécurité…

C’est précisément ce que se demandent les électeurs de la droite : les Républicains agiront-ils vraiment s’ils sont élus ?

C’est vrai que la droite n’a toujours pas fait ce qu’elle avait annoncé. Elle en a payé le prix. Mais c’est aujourd’hui impensable qu’on ne fasse pas ce sur quoi nos cinq candidats se retrouvent. On le voit dans les débats.

Pour qui voterez-vous au congrès ?

J’attends les deux derniers débats. Je prendrai ma décision à l’occasion du premier tour, le 1er décembre. Je n’ai pas de conseil à donner aux adhérents LR. Leur choix déterminera ce qui se passera après, la dynamique, la capacité à rassembler. J’ai une volonté : qu’on offre une alternative démocratique et Républicaine aux Français. Seule la droite le permet. Une fois le candidat choisi, je m’impliquerai dans la campagne pour le rassemblement. Et comptez sur moi, je ne le ferai pas du bout des lèvres.

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