SociétéGérard Larcher : « Nous serons au second tour »

25 octobre 2021
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Gérard Larcher appelle son camp à « construire une offre alternative crédible » pour 2022,et s’alarme de la « distribution de chèques » par le gouvernement.

Le congrès de LR désignera le 4 décembre le candidat de la droite pour 2022, alors que vous réclamiez une primaire. Le faible corps électoral et le calendrier tardif seront ils des handicaps pour le candidat ou la candidate ?

Je préférais le système de primaire semi-ouverte, le vote des adhérents a tranché. Je l’ai acté, sans amertume : on y va ! Le 4 décembre, nous aurons un seul ou une seule candidate, et presque cinq mois de campagne devant nous. Nous serons enfin incarnés et cela créera le rassemblement et une dynamique.

Le candidat LR, quel qu’il soit, est dans tous les sondages derrière Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Éric Zemmour. Cela vous inquiète-t-il ?

Le président sortant est en tête. Mais rien n’est joué entre les trois candidats suivants. Les électeurs de Zemmour comme de Le Pen ont les mêmes préoccupations : l’immigration et la délinquance. C’est un peu court pour un projet présidentiel. Les Français attendent une offre alternative crédible. À nous de la construire. Si nous y parvenons, nous serons au second tour. Et si nous y sommes, nous pouvons gagner.

Qu’est-ce qui doit primer dans le choix du candidat ? La fidélité, les sondages, les idées ?

Le projet qu’on va présenter aux Français. D’où l’intérêt d’avoir quatre débats. L’avis des Français influencera évidemment le vote des militants, qui ne sont pas des êtres désincarnés et, surtout, qui ont une terrible envie de gagner.

Soutiendrez-vous un candidat ?

Non. Je voterai, et mon choix restera personnel. Mon rôle est de rassembler. Je fais une totale confiance à Philippe Bas, qui préside l’instance de contrôle du scrutin. Il sera très attentif à ce qu’il n’y ait pas le moindre doute et que la compétition soit loyale. Nous serons aussi quelques-uns, au-dessus de la mêlée, à y veiller.

Pendant que LR se cherche un candidat, Éric Zemmour grimpe dans les sondages…

Zemmour est un phénomène électoral, on ne peut le nier. C’est un miroir que nous tendent des millions de Français, qui nous reprochent nos renoncements, notamment sur la question migratoire, l’insécurité et l’identité. Il n’y aurait ni phénomène Le Pen ni phénomène Zemmour si nous avions mieux traité ces questions. Avec la loi Collomb de 2018, toutes les obligations de quitter le territoire français allaient être exécutées, nous disait le président de la République. Résultat : 0,3 % des OQTF vers l’Algérie le sont, 2,4 % vers le Maroc ! Comment les Français pourraient-ils l’accepter ? C’est un grand échec de ce quinquennat. C’est aussi notre échec collectif, depuis plus de dix ans. Quand Nicolas Sarkozy avait voulu ouvrir le débat sur l’identité nationale, on s’interrogeait, moi le premier. Mais il avait raison.

Zemmour est-il raciste ?

Non, mais je n’aime pas sa façon de réécrire l’Histoire. Il hystérise le débat. Il divise, il fracture, alors qu’il faut rassembler. Il abîme la nation alors qu’il prétend la réhabiliter. La France, ça ne peut pas être : haïssez-vous les uns les autres.

« Entre Macron et Zemmour, je le dis : je préfère Zemmour », a réaffirmé Éric Ciotti. Qu’en pensez-vous ?

Je suis en total désaccord avec lui sur ce point.

L’immigration est-elle incontrôlée, selon vous ?

Oui. Les chiffres l’attestent : moins de 13 % des obligations de quitter le territoire français sont exécutées. Nos capacités d’intégration et d’assimilation sont saturées. Quand un homme en situation irrégulière incendie la cathédrale de Nantes et qu’on le retrouve ensuite en assassin d’un prêtre, les Français nous disent : « Vous ne faites pas votre boulot. »

Comment faut-il traiter ce sujet ?

Il faut donner au Parlement et au gouvernement la possibilité de définir une politique d’immigration choisie, en fonction des métiers et des pays. Faut-il changer la Constitution pour cela ? La question est posée. Si c’est nécessaire, il faudra le faire. Nous devons aussi revoir les accords bilatéraux avec les États qui refusent de reprendre leurs ressortissants. On aurait souhaité qu’Emmanuel Macron aborde ce sujet plus tôt ! Il faut préserver le droit d’asile, mais il faut en revoir les procédures car il est détourné. Les demandes doivent être déposées dans les ambassades, les consulats ou à la frontière. La présidence française de l’UE devra aussi s’emparer de ces sujets. Nous devons avoir le courage de nous doter d’un vrai projet sur l’immigration.

Jean Castex a annoncé le versement d’une « indemnité inflation » de 100 euros à 38 millions de Français. Est-ce une bonne idée ?

Je suis inquiet. La frénésie dépensière du gouvernement est dangereuse, comme l’addiction de la France à la dépense publique. Le coût du « chèque énergie », du gel du prix du gaz et de cette « indemnité inflation » s’élèvera à 9,5 milliards d’euros. Le déficit du budget pour 2022 atteignait 167 milliards avant même ces annonces ! En attendant les prochaines… Durant le quinquennat, la dette se sera alourdie de 680 milliards, pour atteindre 3 000 milliards d’euros fin 2022. Il faut dire la vérité aux Français : il n’y a pas d’argent magique. On ne peut pas continuer comme ça. On est en train de passer du « quoi qu’il en coûte » au « quoi qu’il advienne ». La préservation du pouvoir d’achat ne peut pas continuer à coups de distribution de chèques. Et une campagne électorale ne peut pas être une addition de promesses intenables, quels que soient les candidats, car alors le réveil sera brutal.

L’Assemblée nationale a adopté, de justesse, la prolongation du passe sanitaire. Que fera le Sénat ?

Si nous suivions le gouvernement, nous entrerions en juillet dans le 27e mois d’affilée d’état d’urgence. C’est du jamais-vu. On ne peut avoir un État qui réduit les libertés sans le contrôle du Parlement. Le Sénat ne donnera pas un blanc-seing jusqu’en juillet prochain : je sais qu’il exigera que le gouvernement revienne devant le Parlement, début février.

>> Lire l’interview sur LeJDD.fr

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