SécuritéRachida Dati : « Peu à peu, cette ville s’est disloquée »

31 août 2021
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Alors que la rentrée de la droite a commencé le week-end dernier, Rachida Dati ne s’était pas encore exprimée. La maire du VIIe arrondissement de Paris estime qu’il « n’y a pas de candidature évidente » à droite et aimerait que son parti renonce à la primaire. En janvier, il faudra compter sur elle, dit-elle, en soutien à un candidat, qu’elle espère « unique », de la droite et du centre.

Emmanuel Macron se rend ce mercredi à Marseille pour parler, entre autres, des règlements de compte sur fond de trafic de drogue. La situation vous préoccupe-t-elle ?

Marseille a longtemps été le symbole d’une diversité française réussie. D’où que l’on vienne, on se sentait d’abord marseillais. Peu à peu cette ville s’est disloquée : des quartiers entiers ont été abandonnés et laissés complètement de côté par les élus. Les habitants, les associations, les réseaux de femmes, des mères de famille qui dénonçaient la dégradation des conditions de vie et l’explosion de trafic de drogue, n’ont jamais été entendus. Des économies parallèles se sont développées, du trafic de drogue au trafic d’armes, en passant par la traite des êtres humains.

Le maire (PS) de Marseille Benoît Payan demande un parquet spécial pour sa ville…

Parquet spécial, ça veut dire quoi ? Je serais favorable à un parquet dédié à la lutte contre la drogue qui intégrerait des magistrats français et des magistrats originaires des pays pourvoyeurs de la drogue qui arrive sur notre territoire, notamment ceux du pourtour méditerranéen. Ces magistrats s’appuieraient sur des services d’enquête tout aussi mixtes. Concernant la procédure pénale applicable, il faut distinguer les vendeurs des consommateurs. Concernant les vendeurs, il faudrait utiliser contre les trafiquants de drogue les méthodes qui ont fait leurs preuves pour combattre le terrorisme. Comme des saisies plus rapides, des mesures de rétention et de sûreté après des condamnations, l’infiltration et des dispositifs permettant à des repentis de collaborer.

Certains élus, de droite comme de gauche, pensent que la légalisation du cannabis pourrait participer à endiguer les problèmes liés au trafic. Vous y êtes favorable ?

Je n’y suis pas favorable, mais le débat doit avoir lieu de façon non-manichéenne. C’est un sujet trop grave pour ranger les gens dans la catégorie réac ou laxiste. La priorité est d’avoir un vrai plan national de lutte contre les addictions et de faire cesser l’hypocrisie concernant l’adhésion, aujourd’hui nécessaire avant d’entamer tout processus de désintoxication. Quand vous êtes totalement dépendant d’une drogue qui vous détruit, vous n’avez plus de libre arbitre. L’adhésion est un leurre. Il est vital de pouvoir hospitaliser sous contrainte des toxicomanes dans des lieux dédiés.

En cette rentrée, la droite est agitée par la question de la primaire. Doit-elle être maintenue ?

De quoi parle-t-on ? Il s’agit quand même de diriger la cinquième puissance du monde. Il y a une forte symbolique dans cette élection. Je déplore qu’un certain nombre des candidats déclarés à la primaire jouent autre chose que l’élection présidentielle. Ce qui me frappe, c’est que l’on n’apprend pas de notre expérience et de nos erreurs passées concernant la primaire : les haines, les divisions, les frondes. J’appelle ma famille politique à fermer l’hypothèse de la primaire.

Comment fait la droite pour choisir son candidat alors ?

C’est la difficulté. Emmanuel Macron, comme d’autres candidats, se déclarera plus tard. Je ne comprends pas notre précipitation. Nous ne sommes qu’au mois d’août. Je serais plutôt favorable à ce que chacun fasse campagne et que l’on se retrouve derrière un seul candidat en janvier.

Vous ne craignez pas le bazar que cela pourrait créer ?

Parce que vous pensez que la primaire ne va pas mettre le bazar ? Même la gauche n’en veut plus. Que ce soit François Hollande qui a été dans l’incapacité de se représenter ou François Fillon, tous ceux qui sont passés par la primaire ont mal fini.

« On verra en janvier », dites-vous. Sur la base des sondages ?

On dit que les sondages ne font pas les élections. D’accord, mais nous les regardons ! Ils contribuent à donner une température. Mais ce qui va compter, ce sera la force et le dynamisme de la campagne, la capacité à incarner et à donner confiance aux Français dans l’avenir.

Qui soutiendrez-vous ?

À ce jour, il n’y a pas de candidature évidente. Je soutiendrai et je ferai campagne pour le candidat unique de la droite et du centre.

Xavier Bertrand, qui refuse la primaire, assure qu’il est le mieux placé pour rassembler sa famille aujourd’hui. Il a raison ?

Un candidat qui refuserait le dialogue avec d’autres candidats potentiels et avec sa famille politique ne serait pas à la hauteur de cette élection présidentielle. Pour gagner, il faut que chacun se soumette à des règles collectives pour avoir un candidat unique. À défaut, les militants, les électeurs et les Français leur tourneront le dos.

Pensez-vous qu’Éric Zemmour a un espace à droite ?

L’enjeu, ce ne sont pas des candidatures de témoignage mais l’élection présidentielle et l’avenir de la France.

D’ici janvier, quel rôle vous attribuez-vous ?

Je ferai campagne sur nos idées, sur notre vision ! Les Républicains ont un projet.

Votre rivale Anne Hidalgo ferait-elle une bonne candidate pour la gauche ?

La gauche est de toute façon disqualifiée politiquement parce qu’elle ne répond pas aux attentes des Français sur deux sujets majeurs que sont la sécurité et l’immigration. Pour l’ensemble du pays, je n’ai pas envie que, comme à Paris, ces sujets ne soient pas pris en charge.

>> Lire l’interview sur LeParisien.fr

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