SociétéGérard Larcher : « Emmanuel Macron n’incarne ni la droite ni le centre »

31 août 2021
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Pour le président du Sénat, seule une primaire peut permettre de départager les candidatures à la présidentielle.

On a assisté à une clarification des candidatures à droite ces derniers jours. Comment accueillez-vous les renoncements de Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau ? Est-ce le signe que la droite ne croit pas en la victoire ?

Non ! Dans huit mois la victoire de la droite est possible ! J’ai eu Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, ils plaident tous les deux pour qu’on ait un système de départage entre les candidats. Bruno Retailleau a considéré qu’il n’était pas le mieux placé pour battre Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez n’a pas voulu ajouter de la division à la division. J’ajouterai que jamais le pays n’a été aussi proche des idées que nous défendons. Enfin, je constate, après ce week-end de rentrée, qu’il y a consensus pour qu’on n’ait un qu’un seul candidat. Notre objectif, c’est de proposer une alternance démocratique au pays et une autre politique. Je ne peux me résoudre à revivre le duel réducteur de 2017 entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Pensez-vous encore possible que la primaire ait lieu ? On voit bien la bataille féroce qui se joue en coulisses entre les pro et les anti-primaires…

Je ne vois pas d’autre procédure possible ni d’autre solution qu’une primaire pour départager les candidatures. Je n’entends d’ailleurs personne dans ceux qui y sont opposés nous proposer une autre méthode. La primaire ce n’est pas un drame. Elle doit être une primaire de rassemblement, pour reprendre le terme de Christian Jacob, elle doit être un vrai débat d’idées, elle doit être apaisée. Toute division nous condamnerait à l’échec et cela, je ne peux l’accepter. Je suis confiant: nous arriverons à constituer une équipe de France pour l’alternance.

L’union de la droite est-elle toujours possible alors que Xavier Bertrand refuse de se soumettre à tout système de départage ?

Je connais la position de Xavier Bertrand mais je garde en tête ce qu’il a redit cet été: il faut un seul candidat ou une seule candidate de droite à la présidentielle. Le bureau politique des Républicains a voté, en juillet, pour que Jean Leonetti travaille sur la primaire. Comme prévu, les candidats se sont fait connaître avant la fin du mois d’août. Ensuite, nous nous sommes mis d’accord sur le nombre de parrainages, 250, pour pouvoir participer. Enfin, on a un congrès le 25 septembre et le choix du candidat en novembre. On a décidé une procédure, un calendrier. On a confié un travail à Jean Leonetti, il ira au bout de ce travail. Je lui fais totalement confiance pour y arriver. Quand nous nous sommes vus en juillet avec Xavier Bertrand, Christian Jacob et Jean Leonetti, nous étions convenus de nous revoir en septembre. Je ne l’oublie pas. Raison pour laquelle je suis très serein. Nous n’avons pas le droit vis-à-vis des Français, vis-à-vis de ceux qui nous font confiance, de les emmener dans le mur. Je veux que les Français puissent choisir à la présidentielle.

Une partie de la droite soutient clairement Emmanuel Macron pour 2022, comme le maire ex-LR de Toulon, Hubert Falco. Êtes-vous inquiet ?

Non, c’était déjà assez clair aux régionales. Ce n’est pas une surprise même si ça me semble un peu rapide. Mais c’est son choix.

Qu’est-ce qui vous fait dire aujourd’hui que la droite peut gagner la présidentielle ?

Parce que la France est à droite et au centre et Emmanuel Macron n’incarne ni la droite ni le centre. Regardez son bilan en matière de réformes ! Où en est-on de la réforme des retraites ? Où en est-on de la réforme de la dépendance toujours annoncée, jamais faite ? Où en est-on de la question de l’emploi ? On a 3,5 millions de chômeurs d’un côté et près de 300 000 emplois non pourvus de l’autre. Et on continue à dépenser. Aujourd’hui, on nous invente le revenu d’engagement jeunes mais je crains que cela ne soit qu’un RSA jeune déguisé. J’attends d’en voir les modalités. Où en est-on de la question des territoires, des libertés locales, de la fin d’une verticalité qui s’occupe de tout ? On a besoin de reconstruire une République décentralisée, une République de la confiance. Quant aux sujets régaliens, reconquête républicaine des zones de non-droit, immigration, augmentation de l’insécurité, on atteint les limites de ce que les Français peuvent encore accepter. Il reste huit mois avant la présidentielle, il ne va rien se passer en termes de réformes de structures. Emmanuel Macron n’a plus le temps. Ce qui n’a pas été fait en quatre ans ne le sera pas en huit mois !

Bruno Le Maire a chiffré le coût du sauvetage de l’économie pendant la crise sanitaire, le « quoi qu’il en coûte », à 240 milliards d’euros. Pourra-t-on y faire face ?

Le Sénat a voté les projets de loi de finances rectificatifs et ses mesures utiles. Le « quoi qu’il en coûte » doit maintenant s’arrêter. Mais revenons à la situation d’avant février 2020. Les dépenses publiques avaient bondi de plus de 80 milliards d’euros. On en était à 55 % du PIB, soit 10 points au-dessus de la moyenne européenne. La réalité c’est qu’aucune réforme n’a été conduite et qu’on en paie le prix: aujourd’hui, on est à 220 milliards de déficit budgétaire. Quant à la dette, elle est passée en 2019 à 2 380 à 2 850 milliards d’euros aujourd’hui. Voilà la réalité de ce quinquennat.

La présidentielle se jouera-t-elle sur cette question de la dette ?

Le choix des Français se fera sur celui ou celle qui à leurs yeux saura restaurer la République de la confiance.

La crise afghane s’intensifie avec de nouvelles explosions. Craignez-vous un afflux de réfugiés en France ? L’ONU en annonce 500 000 dans le monde entier.

L’Afghanistan, c’est la débâcle de la première puissance du monde, les États-Unis. Et les conséquences de cette débâcle sont imprévisibles. Derrière, l’Europe et la France n’ont fait que subir. Cette crise montre que nous ne pouvons plus nous appuyer uniquement sur les États-Unis, bien qu’ils soient des amis. Au moment de la présidence française de l’Union européenne, en janvier, il nous faudra nous poser la question de la défense européenne, de l’immigration, de la sécurité. J’entends une petite musique laissant entendre que les talibans seraient plutôt nos alliés par rapport à l’État islamique. Cessons d’être naïfs. On peut être parfois contraint de dialoguer avec le diable mais vous savez, un homme qui se noie se raccroche à un serpent.

Quelle est votre position au sujet de l’accueil de ces réfugiés ?

Quand des femmes et des hommes sont en souffrance et se retrouvent persécutés, le principe de l’asile est une valeur fondamentale. C’est l’honneur de la France. Mais le droit d’asile ne doit pas être détourné ni devenir une filière d’immigration massive dans un pays dont les capacités d’intégration sont aujourd’hui saturées.

Que pensez-vous de l’idée d’un moratoire sur l’immigration, avancée par Michel Barnier ?

Je me méfie toujours du mot « moratoire » car on l’annonce toujours mais on ne le fait jamais. Ce qui est clair, c’est que toute notre politique migratoire est à repenser: droit d’asile, regroupement familial, accueil des étudiants étrangers, mineurs isolés…

La société du QR Code et le passe sanitaire imposés par la crise du Covid vous inquiètent-ils ?

Nous aurons un débat au Parlement concernant une prolongation du passe sanitaire au-delà du 15 novembre. La situation épidémique justifie de limiter et de contrôler l’accès à certains lieux. Il s’agit de réduire la circulation du virus. À ceux qui s’y opposent, je leur dis: regardez l’outre-mer. Et je pose une question: la plus grave atteinte à la liberté n’est-elle pas l’interdiction de circuler et le confinement tel que nous l’avons connu ? D’ailleurs, dès novembre 2020, j’avais jugé la vaccination indispensable et obligatoire pour tout le monde, si nécessaire. Par contre, pourquoi est-elle devenue obligatoire pour les soignants et les pompiers mais pas pour les policiers et les enseignants ? Cela mérite réflexion. J’ai fait remarquer ce point, la semaine dernière au premier ministre.

Si le Sénat est monté au créneau sur la durée du passe sanitaire, n’est-ce pas parce qu’il constitue justement une atteinte aux libertés fondamentales ?

Bien sûr. Mais le Conseil constitutionnel a souligné la nécessité de trouver un équilibre entre la liberté d’aller et venir, la liberté de surveiller et la protection de la santé.

Chaque samedi, depuis sept semaines, des manifestations sont organisées en France contre le passe sanitaire. Comment analysez-vous ces protestations ?

Je ne méprise personne mais la France compte aujourd’hui 41 millions de Français vaccinés et 200 000 manifestants. Je comprends les craintes, mais se faire vacciner, c’est aussi faire preuve d’un geste de solidarité collective. Je crois à la solidarité. Ces rassemblements nous montrent néanmoins qu’il existe dans notre pays une perte de confiance en la parole publique. C’est pourquoi nous avons besoin de reconstruire la République de la confiance alors que la France vit une crise du manque de résultats. On a assisté à trop de discours, trop de promesses jamais suivies d’effet.

Emmanuel Macron se rend mercredi à Marseille, où les règlements de compte sont quotidiens, pour annoncer de nouvelles mesures. Est-ce selon vous un énième plan ?

Je crois qu’il faut moins de paroles et de déplacements, mais plus de résultats. C’est ce qu’attendent les Français.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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