JusticeBruno Retailleau : « Ce drame est le produit d’un fiasco judiciaire »

11 août 2021
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Vous connaissiez le père Olivier Maire et sa communauté. Comment vivez-vous ce drame ?

C’est un énorme choc. J’ai été personnellement très touché par cet acte de barbarie. Touché d’abord humainement parce que je le connaissais bien. Voisin de Saint-Laurent-sur-Sèvre, j’ai été élève de Saint-Gabriel, l’une des trois branches de la spiritualité montfortaine et mariale. Je sais ce que je dois à cet établissement. C’était un homme d’une très grande bonté, d’une très grande foi et d’une très grande culture. Ses homélies étaient profondes, emplies de références bibliques et littéraires. Il était l’un des très grands spécialistes de la communauté montfortaine. À ce titre, c’est une énorme perte. Je suis doublement touché parce que je suis aussi un homme politique et que je ne me résous pas à cette mort révoltante, que nos institutions auraient dû empêcher.

On a entendu cette même colère dans le monde politique, et le ministre de l’Intérieur a dénoncé une instrumentalisation polémique. Quelle est votre analyse ?

Quand j’entends M. Gérald Darmanin se satisfaire en disant que l’État était au rendez-vous, je trouve cela stupéfiant ! Nous sommes ligotés par une technocratie qui se complaît dans le respect des procédures juridiques. La procédure l’emporte sur le résultat. Mais cet assassinat est, malheureusement, un concentré de toutes les carences régaliennes et de l’impuissance de l’État à protéger les Français. Ce drame est le produit d’un fiasco judiciaire.

En quoi cette tragédie illustre-t-elle les failles d’un système si les autorités affirment que ce meurtrier n’était pas expulsable puisqu’il était placé sous contrôle judiciaire ?

Si les règles ne permettent pas de protéger les Français, alors il faut les changer. Ce que je reproche au gouvernement, c’est son autosatisfaction et ses demi-mesures, car ce fiasco judiciaire cumule trois échecs: la question migratoire, les insuffisances de la justice et le suivi des malades psychiatriques. Ce meurtrier de nationalité rwandaise est entré sur le territoire français en 2012 et s’y est maintenu illégalement depuis cette date. Il a fait l’objet de trois OQTF (obligations de quitter le territoire français), que la justice s’est employée à neutraliser à chaque fois. Si la première OQTF avait été appliquée, la cathédrale de Nantes n’aurait pas brûlé et le père Olivier Maire serait en vie. La troisième fois, le contrôle judiciaire ordonné après l’incendie de la cathédrale de Nantes l’a soustrait des mesures d’éloignement. Pour certains magistrats – pas tous -, le migrant a remplacé le prolétaire. Il est devenu la figure rédemptrice qu’il faut protéger à tout prix. À Bordeaux, il y a quelques mois, la cour administrative d’appel a étendu le droit d’asile aux réfugiés climatiques. Cela représente potentiellement des centaines de millions de personnes ! Un étranger expulsable doit être expulsé, un point c’est tout.

Quelles principales défaillances judiciaires observez-vous dans cette affaire ?

Après sa mise en examen, ce réfugié avait été relâché sans doute parce qu’il manquait des places de prison et qu’il y a une lenteur chronique de la justice. Le contrôle judiciaire est devenu une sorte de mesure de gestion de la pénurie de places. Cette politique pénale s’ajuste au numerus clausus carcéral. Quant au suivi des malades psychiatriques, on peut se demander pourquoi cet homme, qui avait séjourné en hôpital psychiatrique, en est sorti le 29 juillet. Quelques jours plus tard, il tuait le prêtre… Il n’est pas possible que l’on ne se soit pas aperçu, en prison, des graves troubles psychiatriques de cet individu. A-t-il fait l’objet d’un vrai suivi ? Je pose la question.

Quelles décisions attendez-vous de l’exécutif ?

Il va falloir changer profondément la loi. À chaque drame, le gouvernement ne peut pas se contenter de dire qu’elle a été correctement appliquée et s’abandonner ainsi à la fatalité. Il faut cesser de mollassonner et assumer deux révolutions: la première pour mettre fin au laisser-aller migratoire, la seconde pour remettre du bon sens dans les décisions de justice. Sur ces deux points, Emmanuel Macron se sera inscrit dans les pas de François Hollande. Il a élargi les possibilités du regroupement familial et fait sortir de prison des milliers de délinquants avec la loi Belloubet, sous prétexte du Covid.

La France est devenue le pays le plus généreux d’Europe et le premier pays de rebond pour les déboutés du droit d’asile. Nous devons conditionner nos aides aux pays sources et notre politique des visas à la délivrance de laissez-passer consulaires quand nous voulons expulser un ressortissant étranger. Votée au Sénat, cette mesure a été refusée à l’Assemblée nationale. Depuis 2012, le séjour irrégulier n’est plus un délit. Il faut le rétablir. Enfin, il faut limiter drastiquement le regroupement familial et relever nos exigences pour les naturalisations.

Une révolution pénale s’impose – et ce n’est pas simplement une question de moyens -, qui doit remettre la victime au cœur de la décision judiciaire. À quoi sert un droit qui ne protège plus les victimes ? Alors que l’on fait tout en France pour éviter la prison, il faut, comme aux Pays-Bas, réhabiliter les courtes peines et la certitude de l’emprisonnement.

Pourquoi insistez-vous sur la question de la responsabilité des juges ?

Ceux qui ont décidé de s’opposer à l’expulsion ou qui ont remis en liberté un individu aussi dangereux ne peuvent pas se soustraire à cette question de la responsabilité. Entre 2015 et 2020, sur 1700 plaintes déposées par des justiciables, le Conseil supérieur de la magistrature n’a infligé aucune sanction. Est ce normal ?

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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