Santé et solidaritéDamien Abad : « Quand on ne crée pas la confiance, on impose la contrainte »

20 juillet 2021
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Le projet de loi comportant les nouvelles mesures anti-Covid doit être examiné cette semaine par le Parlement. Le président du groupe LR à l’Assemblée prône « un meilleur équilibre » sur le pass sanitaire, jugeant les sanctions « disproportionnées ». Il épingle le « défaut d’anticipation » de l’exécutif mais fustige les « slogans haineux » des « antivax ».

Les députés LR voteront-ils le durcissement des restrictions face aux variants du Covid ?

Nous sommes favorables à la vaccination obligatoire pour les soignants et tout le personnel qui travaille, de près ou de loin, dans le monde médical et médico-social. Nous sommes aussi favorables au renforcement de la politique d’isolement, depuis le début le maillon faible de la crise sanitaire. Il y a en revanche de plus grandes interrogations sur le pass sanitaire. Je comprends que les restrictions portent en priorité sur les personnes non vaccinées mais il faut trouver un meilleur équilibre entre protection de la santé des Français et respect des libertés individuelles. A la limite, la vaccination obligatoire pour tous ceux qui reçoivent du public aurait été plus transparente et moins hypocrite qu’un système de pass sanitaire qui revient à une vaccination obligatoire déguisée.

Quels aménagements réclamez-vous ?

Il faut d’abord de la souplesse. Les annonces du président de la République ont été faites le 12 juillet, soit quinze jours à un mois trop tard. Ce défaut d’anticipation, les Français n’en sont pas responsables. Un parcours vaccinal complet, aujourd’hui, c’est entre un mois et demi et deux mois. Il faut qu’entre le 1er et le 31 août, on puisse avoir une tolérance pour celles et ceux qui ont démarré leur parcours vaccinal et n’en sont qu’à une seule dose. Les sanctions pénales qui pèsent sur les professionnels sont aussi disproportionnées. On ne peut pas menacer les restaurateurs et cafetiers, qui n’ont pas la responsabilité de l’ordre public, d’un an de prison en cas de non-respect du pass sanitaire. La grande erreur du gouvernement est de ne pas avoir su créer la confiance. Quand on ne crée pas la confiance, on impose la contrainte. La question de l’étendue du pass sanitaire est également posée. Il ne doit pas être plus paralysant pour l’économie française, ni plus liberticide, que le confinement.

Comprenez-vous les anti-vaccins qui ont manifesté en criant à la « dictature » ?

Parce qu’on a tous besoin d’un retour à la vie normale et d’une reprise économique durable, vous ne me trouverez jamais du côté des antivax et des complotistes. Je fais une différence entre ceux qui ont des doutes sur les effets du vaccin à long terme, que je respecte, et ceux qui manifestent de manière honteuse avec des slogans haineux, et des étoiles jaunes comme si la vaccination obligatoire pouvait être comparée aux pires pages de l’histoire. Le débat public actuel est inquiétant : il ressemble de plus en plus aux réseaux sociaux où seuls les extrémistes parviennent à se faire entendre. Je le dis comme je le pense, les vaccins ARN ne doivent pas faire sortir la droite de son ADN politique : l’autorité mais aussi la croyance dans le progrès, la médecine et la recherche. De la même manière, les menaces de morts contre des députés sont totalement inadmissibles.

Que vous inspirent les discussions qui doivent se tenir en septembre avec les partenaires sociaux sur la réforme des retraites ?

C’est un leurre. Le gouvernement n’a malheureusement plus la capacité politique de mener cette réforme. Il y a dix-huit mois, la droite proposait la réforme des retraites qu’Emmanuel Macron a reprise, quasiment mot pour mot, dans son allocution du 12 juillet : la suppression des régimes spéciaux, l’allongement de l’âge de départ et un minimum de pension de mille euros pour tout le monde. Si on nous avait écoutés, cette réforme serait non seulement votée mais elle serait déjà mise en oeuvre. Ce qu’on aurait pu faire il y a dix-huit mois, on ne pourra pas le faire aujourd’hui. Le « en même temps » ayant conduit à la paralysie et à l’inaction sur ce dossier, ce sera forcément un débat de la présidentielle.

Des élus de droite, tels le maire de Toulouse et la présidente des Bouches-du-Rhône, ont applaudi les orientations sanitaires et économiques du chef de l’Etat. Vous ne partagez pas leur enthousiasme…

En tant que président de groupe, je ne suis pas là pour applaudir les annonces du président de la République, ni pour les critiquer à tout-va. Nous devons être une opposition vigilante et exigeante. Personne ne peut dire que tout a été parfait dans la gestion de cette crise. Sur le volet sanitaire, il y a eu beaucoup de défaillances sur les masques, sur les tests, sur les vaccins. Je reconnais que la gestion économique a été meilleure, au prix d’un « quoi qu’il en coûte » qu’il faudra rembourser et ne pourra pas structurer ad vitam aeternam notre politique économique.

Bruno Le Maire souhaite une règle budgétaire imposant un montant de dépenses maximal sur cinq ans. Est-ce une bonne idée ?

Il y a déjà une loi de programmation des finances publiques. Respectons ce qui existe ! Il ne suffit pas de voter un plafond maximal de dépenses ; il faut surtout avoir une politique économique qui soit capable de maîtriser la dépense sans augmenter les impôts, ce qui nécessite du courage politique. La vérité, c’est que l’élan réformateur du macronisme a disparu. Il s’est brisé sur le mur de la défiance des Français.

Xavier Bertrand ne participe pas ce mardi à la réunion entre les présidentiables à droite. N’est-ce pas de mauvais augure pour l’unité en 2022 ?

Je salue cette initiative : il est toujours bon qu’il y ait des échanges entre les uns et les autres et Xavier Bertrand a aussi des échanges réguliers avec les autres candidats. Il faut garder son sang-froid et toujours dialoguer. Je leur lance un appel, au nom de ma génération politique : vous n’avez pas le droit de nous prendre en otage par des divisions de personnes, vous avez tous la responsabilité immense de faire gagner la droite et, pour cela, de vous rassembler autour de celui ou celle qui sera le mieux placé.

Eric Dupond-Moretti a été mis en examen. Appelez-vous à sa démission ?

Non. Je n’ai pas pour habitude de commenter les décisions de justice, qu’elles concernent mon propre camp ou les autres. Attention aux risques de judiciarisation de la vie politique française. Une procédure est en cours, une mise en examen n’est pas une condamnation et il faut respecter la présomption d’innocence.

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

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