Etat et collectivitésFrançois Baroin : « Les Républicains sortent très largement renforcés »

23 juin 2021
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Après les résultats du premier tour des régionales et départementales, le président de l’Association des maires de France s’est confié au Figaro.

L’abstention n’a jamais été aussi forte. Qui sanctionne-t-elle selon vous ?

La démocratie est malade de l’affaiblissement du Parlement et de l’ensemble des corps intermédiaires pourtant fondamentaux dans notre pays. Les tirages au sort de citoyens, les conventions citoyennes, les sondages à répétition contribuent à donner le sentiment que même si on élit quelqu’un, ce sont d’autres qui sont légitimes pour s’en occuper. Aujourd’hui, c’est aussi et surtout une sanction du «en même temps» qui ne rime pas à grand-chose électoralement, ajoute de la confusion et conduit le parti du président à faire le score le plus bas de la Ve République. Comment gouverner sans racines ?

Emmanuel Macron devrait-il en tirer une conclusion nationale ?

C’est au président et à ses ministres de prendre leurs responsabilités. J’ai le souvenir d’une personnalité éminente de notre famille politique, ministre d’État de l’Environnement et qui, battu aux législatives, a quitté le gouvernement. C’est un homme d’État. Il s’appelait Alain Juppé. Cette majorité commet toujours l’erreur de considérer que les scrutins locaux n’ont pas de portée nationale. Mais quand tout le corps électoral, même s’il s’est peu mobilisé, vote, il y a forcément un enseignement national à en tirer. En un an, après les municipales, départementales et régionales, les Républicains et leurs alliés sortent très largement renforcés. C’est la première force politique nationale. Même s’il ne faut pas négliger que la gauche, pilotée par les écologistes d’extrême gauche, se reconstitue.

Pour Édouard Philippe, « tout le monde savait qu’organiser les élections en ce moment serait un désastre »…

S’il y a un désastre, c’est pour En marche ! et la majorité qu’il dirigeait. Avec ce pouvoir, ce n’est jamais de sa faute. Quand ça ne va pas, la responsabilité est collective. Et quand il y a quelque chose de bien, ils disent: « C’est moi, moi je, moi, moi… » Fuir ses responsabilités contribue à affaiblir la démocratie. Que ce pouvoir n’ait pas voulu des élections, c’est un fait, pour ne pas sortir plus affaibli qu’il ne l’est. Mais la démocratie n’a pas de prix. Et comment imaginer ouvrir les bars, les cinémas, les restaurants en expliquant que la situation sanitaire s’améliore et ne pas imaginer qu’on ouvre les portes aux citoyens pour choisir ceux qui les protègent le plus et le mieux, c’est-à-dire les élus locaux ? J’ajoute que l’on a régulièrement voté en juin par le passé.

On disait « l’ancien monde » mort. Finalement, il bouge encore…

Ce n’est pas le retour de l’ancien monde, c’est en réalité un monde qui n’a jamais disparu et que certains à tort, se trompant sur leur propre victoire, ont voulu effacer… Emmanuel Macron a été élu parce que pour beaucoup d’électeurs de gauche il était un enfant de François Hollande. D’ailleurs les deux tiers des candidats En marche ! aux législatives venaient du PS. Les électeurs ont déchanté… Et les débauchages faits à droite ont troublé le jeu. Mais rien ni personne depuis la Révolution française ne peut avoir la prétention d’effacer des courants de pensée aussi structurants que la gauche et la droite. La France n’est pas une page blanche !

Quels enseignements tirez-vous des bons résultats de la droite ?

C’est la clarté dans les convictions et l’efficacité dans l’action qui ont été soulignées par les électeurs du premier tour. Face à la défaillance de l’État pendant la crise sanitaire, heureusement que les maires et l’ensemble des élus locaux ont été au rendez-vous. L’incarnation, l’efficacité des politiques publiques de proximité, la clarté permettent d’obtenir ces très bons résultats électoraux. Il y a un vrai besoin de protection du coin de la rue face à un bout du monde qui est lointain et menaçant. C’est cette société de protection que nous voulons proposer par la clarté de nos convictions autour de l’action de Christian Jacob, dont je veux saluer le courage, la solidité et les résultats. La droite et ses alliés, grâce à leurs relais dans les territoires, constituent le seul pôle d’alternance et de stabilité.

Renaud Muselier, devancé par le RN, ne paie-t-il pas en Paca son accord avec LREM ?

Le début de la campagne a été chaotique, nous l’avons dit. Mais nous souhaitons tous la victoire de Renaud Muselier. Nous mettrons toutes nos forces dans la bataille pour lui permettre de l’emporter et de continuer son action. Et j’appelle à la mobilisation partout en France des électeurs pour que nos candidats l’emportent dimanche.

Quel sera le grand enjeu de la présidentielle selon vous ?

Un grand besoin d’ordre et une grande loi de libertés locales. Le statu quo n’est plus possible. C’est une question fondamentale pour l’État lui-même. Il faut une nouvelle organisation des pouvoirs institutionnels. Il faut un transfert massif de compétences, d’effectifs, de moyens budgétaires et peut-être de pouvoir réglementaires aux communes, aux départements, aux régions, sur la santé, le logement, la formation professionnelle, les transports, le tourisme, la culture, le sport et probablement d’autres secteurs encore. C’est nécessaire pour que l’État puisse se concentrer sur la protection, au sens large, des biens, des personnes, des institutions. Il faut inventer un système qui ne soit ni le système fédéral à l’allemande ni l’impuissance dans laquelle s’enferme Emmanuel Macron. Du fait de sa formation et de son ultracentralisme, il n’entend pas le besoin immense qui monte de toutes nos provinces: l’aspiration à plus de libertés et de responsabilités. C’est un besoin individuel, c’est un besoin collectif.

Êtes-vous favorable à une primaire pour 2022 ?

Nous avons des hommes et des femmes de talent qui ont à la fois une expérience de l’État et une compréhension locale. On va nous dire qu’il y a un trop-plein de candidats, mais c’est justement une chance immense pour la droite. Ensuite, nous devons tirer les leçons de la primaire si nous voulons créer les conditions de la victoire. Je suis contre les grands débats télévisés où l’on ne retient que les oppositions et les divisions. On donne des armes à nos adversaires, on forme des écuries, et on antagonise les positions. Je suis donc pour un mode de sélection différent de celui de 2016. Jean Leonetti, personnalité remarquable, a le mandat pour faire des propositions.

Faut-il un candidat LR ?

Être LR, c’est mieux. Même si depuis quatre ans je fais une grande différence entre ceux qui sont restés, ceux qui nous ont tourné le dos et ceux qui nous ont tirés dans le dos. Je le répète et c’est ce que souhaitent les Français : le temps est désormais à la clarté.

Souhaitez-vous être testé dans les enquêtes commandées par LR ?

Certains ont le droit de penser à la prochaine élection, d’autres ont le droit de penser à la prochaine génération. Je n’oublie pas que Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy nous ont mis le pied à l’étrier. Je n’oublie pas que c’est aussi notre devoir de faire émerger une nouvelle génération. C’est ce que je m’efforce de faire avec d’autres depuis quatre ans. Il faut que les électeurs sachent qu’il y a une relève remarquable à tous les échelons qui ne demande qu’à s’engager et à servir notre pays.

On ne vous sent pas très allant… Pourquoi laisser planer le mystère autour de votre candidature ?

Aujourd’hui, je suis au service de ma famille politique pour faire gagner nos candidats.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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