Travail et emploiEric Woerth : « Je milite pour qu’on aille assez vite à 64 ans, et plus tard à 65 ans »

7 juin 2021
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Pour le président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, le retour à l’équilibre du système de retraite doit être la priorité. Il dénonce une « ambiance dépensière » et insiste pour que la réforme soit la plus claire possible, sans refonte générale.

Président les Républicains de la commission des finances de l’Assemblée nationale, ancien ministre du Budget, Eric Woerth se réjouit que la réforme des retraites revienne en jeu. A condition qu’elle ne ressemble pas au précédent essai du gouvernement.

« A un moment donné la question » des retraites sera posée, vient de déclarer Emmanuel Macron. Que comprenez-vous de ses intentions ?

Je comprends qu’il veut réformer le système, mais sans reprendre la réforme envisagée début 2020. Dans celle-ci, il y avait un côté «table rase». On bouleversait le système pour le remplacer par un autre, et personne ne comprenait plus rien alors que chacun se pose des questions très simples : à quel âge pourrai-je partir, avec quelle retraite, et quel niveau de réversion à mon conjoint quand je décéderai ? On croit comprendre, aujourd’hui, qu’on laisse tomber le chamboule-tout et qu’on reprend le dossier de manière plus pragmatique.

La crise du Covid-19 a-t-elle changé les termes du débat ?

Les finances publiques sont extraordinairement chahutées. On a le déficit public le plus important depuis des décennies, et on baigne en plus dans ce que j’appelle une «ambiance dépensière», c’est-à-dire que ça va très au-delà des dépenses d’urgence. Donc il faut du sérieux, parce qu’à un moment, quelqu’un paiera. Et dans les dépenses «ordinaires», il y a le système des retraites, qui est la plus importante. Ce système est déficitaire, de l’ordre de 11 milliards d’euros pour les régimes obligatoires et de 20 à 25 milliards avec les complémentaires, alors même que nous l’avions équilibré. C’est le même niveau qu’il y a dix ans. On ne peut pas repartir dans une longue phase où les retraites seraient payées par la dette et juste compter sur la baisse du chômage.

Que serait la réforme selon votre cœur ?

Peut-on tout avoir : l’équilibre financier, la justice ? La dernière réforme le voulait, elle n’a rien eu. Il faut classer les priorités, et la première est le retour à l’équilibre – c’est-à-dire la sécurisation d’un droit fondamental des Français. Cela passe par des mesures d’âge, même si on ne trouve pas cela très intelligent. Il faut expliquer de manière simple, pas arrogante ni brutale, qu’on va devoir continuer à augmenter l’âge de départ, que ce n’est pas la première fois ni peut-être la dernière. Je milite pour qu’on aille assez vite à 64 ans, et plus tard à 65 ans. En parallèle, il faut mettre fin clairement, pas sur trente ans, aux régimes spéciaux pour les nouveaux entrants ; redéfinir la pénibilité ; et faire un effort sur les petites retraites, en indexant les 1 000 premiers euros de pension sur l’évolution du niveau de vie.

Voteriez-vous une telle mesure d’âge si elle était présentée par le gouvernement ?

Oui… si elle correspond à ce que je viens de dire ! Quelque chose de clair, qui ne tourne pas autour du pot. Je suis de toute façon tenu par toutes mes déclarations sur le sujet. Mais cela dépend aussi de ce qui accompagnerait cette mesure.

La tension politique est telle chez LR qu’on imagine mal votre parti soutenir une réforme du gouvernement, quel qu’en soit le contenu…

Je pense qu’il faut voter les textes pour ce qu’ils sont, et être conforme à nos convictions quel que soit le calendrier. Une bonne réforme des retraites n’est pas un piège, et il serait curieux de ne pas la soutenir pour des raisons politiciennes. Le gouvernement a le droit de réformer jusqu’à son dernier jour. Après, il prend son risque : je n’ai pas entendu un seul syndicat se dire favorable à une mesure d’âge, et je mesure la difficulté de réformer car… je l’ai fait moi-même ! La réforme est indispensable pour le pays, mais c’est au Président de mesurer s’il a la marge politique nécessaire pour la mener.

>> Lire l’interview sur Liberation.fr

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