EcologieGérard Larcher : « Le climat et l’environnement sont des sujets trop sérieux pour faire l’objet de manœuvres »

10 mai 2021
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« Le Sénat n’a pas à sortir le président du mauvais pas dans lequel il s’est mis avec le “sans filtre” de la convention citoyenne », explique le président du Sénat.

Le Sénat va entamer l’examen du projet de loi constitutionnelle relatif à la préservation de l’environnement. Où en est-on ?

Je partage les positions arrêtées par la commission du développement durable et par la commission des lois ainsi rédigées: la France «préserve l’environnement ainsi que la diversité biologique et agit contre le dérèglement climatique, dans les conditions prévues par la charte de l’environnement de 2004». Cette rédaction remplace le terme «garantir» par celui de «préserver». Elle reprend l’avis du Conseil d’État. J’ai dit au président que cette position me paraissait équilibrée et raisonnable. On veut éviter toute hiérarchisation entre les principes constitutionnels ; on ne peut pas déléguer le pouvoir constituant. Enfin, attention aux contentieux de masse que le terme «garantir» pourrait entraîner.

Croyez-vous toujours possible un référendum ? Visiblement Emmanuel Macron n’y tient plus.

J’ai effectivement lu dimanche que le président Macron renoncerait à son projet de référendum et que le Sénat serait responsable du blocage de la révision constitutionnelle… Je suis très étonné par cette annonce car elle ne reflète pas l’échange que j’ai eu avec le président de la République jeudi. Comme je vous l’ai dit, le Sénat a une position identique au Conseil d’État dont la vocation n’est pas de bloquer une révision constitutionnelle. En vérité, le Sénat n’a pas à sortir le président du mauvais pas dans lequel il s’est mis avec le «sans filtre» de la convention citoyenne. Je dis à l’exécutif: laissez faire le débat parlementaire. Je ne peux d’ailleurs pas croire que le président ait pris une telle décision alors que le débat n’a pas encore commencé au Sénat. Ce serait une bien curieuse lecture de la Constitution. Le climat et l’environnement sont des sujets trop sérieux pour faire l’objet de manœuvres.

Le premier ministre va rencontrer les syndicats de police après un nouveau décès d’un policier à Avignon. Une nouvelle consultation, c’est ce qu’on attend ?

Notre pays est miné par la violence. Il ne suffit pas de faire des Beauvau et des consultations, il faut agir. On est à plus de 8 700 policiers et gendarmes blessés, 11 tués l’année dernière. C’est un drame. Entre le terrorisme et la lutte contre le trafic de stupéfiants, les forces de police et de gendarmerie paient un lourd tribut. On doit les soutenir alors que partout l’État de droit recule. Je vois que le ministre de l’Intérieur multiplie les déplacements, je préférerais qu’il démultiplie les démantèlements alors qu’on nous annonce 4000 lieux référencés de points de vente de stupéfiants. Il faut agir face à cette économie souterraine si lucrative qu’elle rend impossible l’intégration notamment des jeunes par le travail. Outre les forces de police, les sapeurs-pompiers, les élus sont menacés et agressés physiquement. Quand on parle de quartiers de reconquête républicaine, ça veut dire que la République n’est plus chez elle. Ce que les Français attendent désormais, c’est concrètement, le rétablissement de l’autorité et de l’État de droit. Ce doit être une priorité ; c’est une responsabilité politique majeure.

L’État d’urgence sanitaire doit être levé le 1er juin…. Mais le couvre-feu sera maintenu. L’acceptez-vous ?

J’en ai parlé, jeudi, au président de la République. Les Français attendent le retour à la normale. Le projet de loi sur la sortie de l’état d’urgence sanitaire sera examiné le 18 mai au Sénat. Il permet au gouvernement de déclarer pendant deux mois l’état d’urgence sanitaire sur une partie du territoire, avec la possibilité de mettre en place localement un confinement ou un couvre-feu. Deux mois, c’est non! On ne va pas redonner un mandat pour faire un état d’urgence détourné, même sur 10 % du territoire. Ça ne peut se faire que sous le contrôle du Parlement. Ensuite, on nous propose qu’à partir du 1er juin, le gouvernement maintienne le couvre-feu hors état d’urgence. Le couvre-feu, est une restriction majeure de nos libertés! Il y a donc un vrai problème, nous devrons en débattre…

Jean Castex a annoncé un accord en Paca… avant d’être désavoué. Comment avez-vous vécu cette semaine compliquée ?

Comme ce qui détourne les Français de la vie politique! Ce qui s’est passé dépasse les frontières territoriales et même partisanes. Ce qu’a proposé le premier ministre, qui en fait s’est décidé à l’Élysée, c’est une recomposition politique. De fait, ça a nationalisé le scrutin régional. Toujours le même objectif: dynamiter l’opposition républicaine pour installer le duel Emmanuel Macron et Marine Le Pen, je ne laisserai pas faire. Cette stratégie est dangereuse, c’est un mauvais coup pour la démocratie, elle peut amener Marine Le Pen au pouvoir. La vie politique a besoin de clarté. Je reste convaincu qu’il y a un espace entre En marche! et le Rassemblement national pour la droite républicaine.

Mais les Républicains n’ont-ils pas été affaiblis ? Christian Estrosi et Hubert Falco ont quitté LR.

Je ne juge pas les décisions de Christian Estrosi et Hubert Falco. Je regrette toujours les départs, mais c’est leur choix. Je ne le partage pas. Je pense qu’on a confirmé une ligne politique à LR dans l’honneur et sans ambiguïté.

Ne craignez-vous pas qu’une partie de la droite rejoigne Emmanuel Macron ?

La politique, ce n’est pas un jeu, c’est offrir une alternative. Nous n’avons pas la même politique qu’Emmanuel Macron sur la sécurité, les dépenses publiques, les territoires, etc. Nous allons proposer un projet politique différent. Si certains préfèrent la politique du président, libre à eux, ce n’est pas mon cas. Quant à la mise en cause de la droite, cessons d’agiter un chiffon rouge qui n’existe pas. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’accord avec le RN. C’est extrêmement clair.

Entre Paca et l’arrivée d’Éric Dupond-Moretti dans les Hauts-de-France, y voyez-vous la volonté d’Emmanuel Macron d’affaiblir la droite ?

Au contraire, j’y vois le signe de sa faiblesse. Quand on n’est pas capable de faire une liste en Paca, quand on est obligé de renforcer précipitamment la tête de liste dans les Hauts-de-France à quoi joue-t-on? À combattre le RN? Non. C’est le signe que LREM n’a pas réussi à s’implanter les territoires. C’est la traduction électorale de l’échec d’une gouvernance centralisée.

Redoutez-vous que cela favorise l’abstention en juin ?

Il est très important que les Français votent aux élections départementales et régionales. Ce ne sont pas des élections secondaires. Allons voter, luttons contre l’abstention. La démocratie est un bien fragile. C’est par les territoires que le pays pourra se redresser et retrouver sa cohésion. Ces élections, c’est la vie quotidienne des Français: les lycées, les transports, l’économie et l’emploi pour la région, les aides sociales, les collèges, les crèches et la ruralité pour le département.

Où en est le système de départage que vous annoncez pour la droite ?

On avance, les choses s’affinent. Le dialogue se poursuit. J’ai toujours dit que nous le présenterons après les élections régionales et départementales.

Xavier Bertrand, premier déclaré, est-il le candidat naturel ?

C’est quelqu’un qui compte, mais le jeu reste ouvert. Ensuite, une fois le candidat choisi, on formera une équipe avec un projet.

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