Etat et collectivitésFrançois Baroin : « La France souffre de l’excès de centralisme »

12 avril 2021
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Le président de l’Association des Maires de France et édile de Troyes, François Baroin, dessine les atouts des villes et livre l’état d’esprit des élus.

Quelles sont les caractéristiques d’une commune où il fait bon vivre ?

Se sentir bien dans sa ville ou son village, c’est d’abord une affaire personnelle, je dirais même intime. Il y entre beaucoup de subjectivité, d’histoire personnelle et de circonstances, ce qui rend illusoire toute tentative incontestable de définition universelle. On peut aimer son village pour la liberté qu’offre son espace comme on peut aimer sa ville pour la proximité et le foisonnement des services. Mais on peut faire la liste des caractéristiques essentielles au regard desquelles une commune est évaluée par ses habitants, actuels ou futurs. L’accès à l’emploi, l’offre de logement, la qualité éducative, les facilités de transport, la sécurité et désormais la couverture numérique me semblent constituer le socle de l’attractivité. Au-delà, c’est la variété et la qualité de l’offre de services de proximité de toute nature qui font la différence : accueil des enfants, accès aux soins, équipements de loisirs, par exemple.

Depuis le début de la crise sanitaire, on parle d’une désaffection des métropoles au profit de la campagne. Faites-vous ce constat ?

Le confinement et les restrictions de circulation ont rendu plus perceptibles les effets de la densité de population sur la liberté de chacun à aller et venir, sur la taille plus restreinte des logements. Ces contraintes, qui sont habituellement compensées par les facilités qu’offrent les métropoles, ont été, dans ces circonstances, ressenties comme plus oppressantes. L’extension du télétravail a sans doute donné des perspectives nouvelles à ceux qui n’auraient pas imaginé dissocier leur lieu de travail et leur lieu de résidence.

Entre métropoles et campagne, vit-on la revanche des villes moyennes ?

Elles ont beaucoup souffert des transformations de notre modèle économique et industriel depuis trente ans. Le départ massif d’activités leur a fait courir un risque de dévitalisation. Comme maire de Troyes, j’ai pu mesurer les effets ravageurs de la crise de l’industrie textile. Beaucoup de villes moyennes se battent sans relâche pour recréer et consolider un tissu économique nouveau, développer leur offre éducative et rénover leurs quartiers comme leur habitat. Ça finit par payer et renforce leurs atouts majeurs : la proximité et la fluidité.

Y a-t‑il une fracture territoriale ?

La fracture territoriale qui se creuse, c’est celle de l’offre de services et d’emplois. La concentration en zone urbaine de toutes les facilités, de tous les services et commerces, de toutes les administrations est un risque mortel pour une grande partie de nos territoires. La désertification médicale qui se poursuit est le symbole le plus affligeant de cet échec à offrir un socle minimal de services de proximité. Nous ne pouvons pas continuer comme ça.

Face à la crise sanitaire, dans quel état d’esprit sont les maires ?

Ils ont été et restent à la manœuvre depuis le début : ils ont trouvé des masques, généralisé les tests, ouvert les centres de vaccination. L’Etat s’est accommodé de leur énergie parce qu’il n’a plus les moyens sur le terrain de faire lui-même beaucoup de choses. Mais, globalement, leur parole n’a pas été prise en considération par l’Etat au niveau national comme au niveau local. Cette crise a confirmé l’excès de centralisme dont souffre encore notre pays.

Avant les dernières restrictions nationales, le gouvernement avait mis en place des mesures locales, travaillant davantage avec les élus locaux. Qu’en avez-vous pensé ?

L’AMF a beaucoup défendu, dès le début de la crise, la territorialisation des décisions. L’idée est simple, mais elle suppose de faire confiance aux élus locaux : il faut adapter les mesures prises à la situation réelle de chaque territoire. A de multiples reprises, l’application de ce principe aurait permis de faciliter la vie des Français sans mettre en risque leur santé. Mais, le dialogue a été très difficile et a manqué de confiance.

>> Lire l’interview sur LeJDD.fr

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