SociétéAurélien Pradié : « La comédie permanente ne peut plus cacher l’impuissance politique »

2 avril 2021
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Aurélien Pradié, secrétaire général des Républicains, député du Lot et candidat aux régionales, accuse le chef de l’Etat, « monarque au petit costume », de « remplacer l’action par une forme de baratin ». « Si des décisions structurelles, courageuses, différentes, avaient été prises, nous n’en serions pas là », assure-t-il.

Quel regard portez-vous sur l’allocution d’Emmanuel Macron ?

Elle est pour moi le signe de l’effondrement de la parole politique. Emmanuel Macron est l’incarnation de l’impuissance dans laquelle notre pays est désormais plongé. Le président de la République ose nous annoncer 10.000 lits de réanimation supplémentaires alors que le ministre de la Santé nous en promettait 12.000 en août dernier et qu’on n’en a pas eu le début d’un seul. Emmanuel Macron fait partie de ces responsables politiques qui remplacent l’action par une forme de baratin, avec une capacité insupportable à toujours renvoyer la faute sur les autres, les variants, l’Europe et je ne sais qui.

Sans les préciser, il a admis des « erreurs »…

Ce n’est pas avec une petite phrase alambiquée qu’il assumera la totalité de ses errements. La crise dure depuis un an. Sur la question des lits de réanimation, rien n’a été fait. Et sur la politique vaccinale , c’est peu dire que l’on est en retard. Les seuls mots qui consistent à dire que l’on a compris ne suffisent plus.

En quoi la stratégie choisie cette semaine – étendre les restrictions à l’ensemble du pays, fermer les écoles, miser sur les vaccins – n’est-elle pas la bonne ?

Je ne juge plus aux déclarations d’intention ; je juge aux actes. Ce qui pèche, ce n’est pas la stratégie, mais cette mise en scène permanente de la parole politique sans que l’action suive. La politique, avec Emmanuel Macron, est devenue une affaire de théâtre. Si nous étions capables d’accélérer vraiment sur la vaccination, nous pourrions réussir. Mais la réalité, sur le terrain, c’est que l’on décommande beaucoup de rendez-vous parce qu’il n’y a pas les vaccins supplémentaires. A peine 3 millions de Français ont été vaccinés avec les deux doses. La vraie décision politique n’est pas de gérer la pénurie, d’élargir le couvre-feu ou de fermer trois semaines les écoles. C’est celle de mettre en place des lits supplémentaires, de porter des structures de production des vaccins, et de retrouver une souveraineté en la matière.

Voulez-vous dire que cette nouvelle vague de Covid aurait pu être évitée ?

Evidemment. Si des décisions structurelles, courageuses, différentes, avaient été prises, nous n’en serions pas là. Si nous avions ouvert les lits de réanimation promis, concentré nos forces pour produire des vaccins dans notre pays plutôt qu’aller négocier le prix des doses sur le marché mondial et européen, non, nous n’en serions pas là . Emmanuel Macron est un monarque au petit costume. Il joue un jour le super épidémiologiste, un autre le super président, sans vouloir en assumer la responsabilité. Mais la comédie permanente ne peut plus cacher l’impuissance politique.

Vous êtes très critique. Les Français, eux, ne sont-ils pas dans cette crise en attente d’« unité » et d’« humilité », selon les mots de Jean Castex ?

Notre patience a des limites. Les Républicains ont fait preuve de beaucoup de responsabilité depuis des mois, avec des dizaines de propositions. Nous avons été les premiers à porter l’idée de vaccinodromes ; à l’époque, on nous riait au nez. Nous avons été les premiers à demander la fermeture des frontières, on nous rétorquait alors que le vaccin n’avait pas de passeport. Il y a une indécence absolue à voir fleurir les discours des ministres qui vantent la super intelligence du président et le fait qu’il serait le meilleur épidémiologiste. Le problème de l’humilité est entre les mains d’Emmanuel Macron. Quant à l’unité, elle n’empêche pas de demander aux responsables d’assumer leur responsabilité. Dans une période comme celle-ci, il n’y a pas d’impunité politique.

Sur le front économique, donnez-vous un satisfecit à l’exécutif ?

Nous avons soutenu et nous soutiendrons toutes les mesures permettant de sauvegarder le tissu économique. Ce qui nous manque, c’est une vision stratégique pour l’avenir. Je ne crois pas à cette idée d’une reprise économique mécanique. Des secteurs comme l’aéronautique ne reprendront pas de manière magique. Il faut que cette crise soit l’occasion de restructurer des pans entiers de notre économie. Malgré l’urgence, Il faut passer à la prospective.

Faut-il aussi préparer la sortie du « quoi qu’il en coûte » ?

Je ne suis pas de ceux qui placeront le dogme budgétaire avant la survie économique. Les dispositifs de maintien doivent tenir aussi longtemps que nécessaire. Mais on peut déjà imaginer des pistes nouvelles. L’entrée de l’Etat au capital de beaucoup de PME, qui ne pourront pas rembourser les prêts garantis par l’Etat et risquent de faire faillite, doit être posée dès aujourd’hui.

La décision sur la tenue des régionales sera prise la semaine prochaine, après consultation des partis. Redoutez-vous un report ?

Je sais que ce message est délicat à porter actuellement, mais mon devoir de député de la République est aussi d’alerter : la crise sanitaire ne peut pas, lentement mais sûrement, écraser tous nos principes fondamentaux, nos libertés, notre vie démocratique. A ce rythme, nous finirons en squelette. Il faut que les élections se tiennent. Cela implique de faire évoluer les modalités de la campagne électorale . Il faut aller plus loin sur les procurations et la manière de s’adresser aux électeurs, à la télévision ou par écrit, afin que chaque citoyen puisse se faire un avis éclairé.

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

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