Etat et collectivitésFrançois Baroin : « Les maires savent mieux faire que l’Etat »

15 mars 2021
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Le président de l’Association des Maires de France souhaite que les élus locaux aient un rôle actif dans la gestion et l’organisation des mesures de prévention sanitaires. « C’est à eux de décider des modalités d’un reconfinement éventuel », plaide-t-il.

Sa parole est rare. François Baroin, le président de l’Association des Maires de France, analyse un an de gestion de la crise sanitaire par l’Etat. Il plaide pour beaucoup plus de pouvoir délégué aux élus locaux, à qui il reviendrait, selon lui, « de décider des modalités d’un reconfinement éventuel, d’un couvre-feu et de son heure, de rouvrir ou de fermer les établissements qui reçoivent du public ».

Le maire de Troyes (Aube) s’inquiète également pour les libertés publiques. Pour lui, « un an d’état d’urgence, c’est beaucoup, la question de son maintien se pose vraiment, car l’urgence devient la norme. » Il considère que « cette réduction spectaculaire des libertés fondamentales », devrait faire l’objet d’un contrôle par le Parlement « tous les quinze jours. »

Sur les questions de sécurité, en particulier les phénomènes de bandes, François Baroin ne souhaite pas « un cadre obligatoire d’armement » des polices municipales, contrairement à Valérie Pécresse, et maintient que cela doit rester la prérogative du maire et de son conseil municipal.

Voilà un an que la France est plongée dans la crise sanitaire. Avec le recul, quelles leçons tirez-vous sur sa gestion par les pouvoirs publics ?

C’est un exercice difficile pour tous les gouvernements qui y sont confrontés. Mais le fait d’avoir confié la gestion de la crise au ministère de la Santé est la première source de réflexion pour l’avenir. Ce ministère est un producteur de normes mais pas un ministère de la logistique, comme le sont ceux de l’Intérieur ou de la Défense. Or, le défi de cette crise est avant tout logistique. On peut aussi se poser la question de savoir pourquoi, en un an, le gouvernement n’a pas augmenté le nombre de lits de réanimation dans les hôpitaux et renforcé de manière conséquente et internationale la réserve sanitaire.

Pensez-vous que la territorialisation des mesures soit une bonne chose ?

Je pense que la territorialisation fait partie de nos revendications légitimes depuis le début parce que, dans la proximité, les élus locaux savent mieux faire que l’Etat. Je demande un réexamen de l’état d’urgence sanitaire pour permettre aux maires d’avoir un rôle actif dans la gestion et l’organisation des mesures de prévention sanitaires. C’est à eux de décider des modalités d’un reconfinement éventuel, d’un couvre-feu et de son heure, de rouvrir ou de fermer les établissements qui reçoivent du public et ce, en lien avec le représentant de l’Etat et l’agence régionale de santé (ARS), en fonction de l’évolution locale du virus. Les maires sont des gens qui placent l’intérêt général et la santé de leur population bien au-dessus de toute autre considération.

Cette reprise en main concernerait-elle aussi bien la restauration que les lieux culturels et sportifs ?

Bien sûr. Le besoin de libertés locales est plus fort que jamais. Les élus locaux portent ce discours depuis de nombreuses années. L’Etat est enfermé dans sa propre certitude qu’en étant partout, en tous lieux et toutes circonstances, il va régler les problèmes. En réalité, il les amplifie par son manque de moyens pour agir en proximité. Il faut s’appuyer sur l’expérience douloureuse que nous vivons depuis un an pour avoir une très grande ambition de transfert de compétences, d’effectifs et de budget de l’Etat vers les collectivités. Nous demandons aussi que les ARS soient coprésidées par les présidents de région. Quant aux maires, ils doivent être à la tête des conseils d’administration des hôpitaux et non à celle de leurs conseils de surveillance et les départements doivent prendre l’intégralité de la compétence médico-sociale.

Joignez-vous votre voix aux responsables politiques qui s’inquiètent pour la préservation des libertés individuelles ?

Ces critiques sont fondées. Je n’ai eu aucun état d’âme, quand le virus est arrivé, d’accompagner la demande de l’Etat d’un cadre dérogatoire au droit commun, d’un « article 16 sanitaire ». Un an d’état d’urgence, c’est beaucoup, la question de son maintien se pose vraiment, car l’urgence devient la norme. Cette réduction spectaculaire des libertés fondamentales doit faire l’objet d’un contrôle réel par le Parlement. Tous les quinze jours me paraît un minimum.

Emmanuel Macron aurait émis des critiques sur le comportement des élus locaux lors d’un conseil de défense sanitaire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Si elle est avérée, cette réaction est profondément injuste au regard des efforts fournis par les maires, aux côtés de l’Etat. Bien souvent, les élus ont été les premiers à proposer des mesures mises en œuvre ensuite par l’Etat. C’est dommage que le Président ne considère pas mieux les élus locaux.

Plusieurs faits de violences sur des élus ont défrayé la chronique. Passe-t-on à une nouvelle échelle en matière de menaces ?

Menaces de mort, de décapitation, tags à domicile, destructions de voitures : il y a à l’évidence une accélération assez importante, qui est liée aux réseaux sociaux qui font que la violence verbale peut se transformer très rapidement en violence physique. Les maires, parce qu’ils incarnent la vie en commun, le pacte républicain, étaient relativement épargnés jusqu’alors. Mais la violence inacceptable de petites minorités très actives pour déstabiliser tout ce qui incarne l’autorité se répercute désormais sur les maires. De simples rappels à la loi ne suffisent pas. Nous souhaitons des réponses judiciaires suffisamment dissuasives. Les parquets ont pris pleinement conscience de ces menaces. Nous demandons à tous les élus de porter plainte systématiquement à chaque incident, ce qu’ils ne faisaient pas jusqu’alors.

L’actualité a été marquée ces dernières semaines par des phénomènes de bandes. Est-ce aux maires ou à l’Etat d’y faire face ?

Qui est responsable de l’ordre public dans notre pays? En France, c’est l’Etat. Le maire est responsable de la tranquillité du voisinage. Mais il ne peut pas être insensible à ce qui se passe. Les violences de bandes ont toujours existé mais, une fois encore, avec les réseaux sociaux, tout se passe plus rapidement et plus violemment. C’est à l’Etat de maintenir l’ordre et nous souhaitons de la fermeté en la matière. Les maires sont à la disposition de l’Etat pour des conventions de partenariat avec nos polices municipales.

Etes-vous favorable à la généralisation de polices municipales armées ?

Le principe de l’armement doit rester sous l’autorité de la décision du maire, qui le propose au conseil municipal. Nous ne souhaitons pas un cadre obligatoire d’armement.

La sécurité est-elle un angle mort du quinquennat Macron ?

Il ne s’est saisi du sujet qu’en défensif. On a le sentiment qu’il n’a pris conscience de cette responsabilité que lorsque le mouvement des Gilets jaunes a saccagé l’Arc de Triomphe, dévasté les Champs-Elysées et occupé toutes les villes de France, sous tension tous les week-ends.

Pouvez-vous confirmer que vous ne serez pas candidat à la présidentielle ?

Cette question-là n’est tellement pas d’actualité dans l’esprit des Français.

Vous n’avez pas réagi à la condamnation récente de Nicolas Sarkozy. L’avez-vous trouvée, comme d’autres responsables de droite, injuste ?

Nicolas Sarkozy a des raisons légitimes pour aller en appel. Il sait qu’il a toute mon amitié et tout mon soutien.

Dans une interview, il n’a pas semblé écarter un soutien à Emmanuel Macron en 2022…

Nicolas Sarkozy est une personnalité éminente. Il est passionné de la France, de politique. Qu’il dise ce qu’il ressent au moment des grands enjeux de la présidentielle, ça me paraît la moindre des choses et ce sera forcément très précieux comme regard. Mais cette présidentielle est encore loin.

>> Lire l’interview sur LeParisien.fr

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