Vie du mouvementBrice Hortefeux : « Nous devrons organiser un scrutin le moment venu »

8 mars 2021
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Selon le député européen et conseiller politique des Républicains, Les Républicains se rassembleront derrière un candidat pour l’élection présidentielle de 2022 autour de l’été.

Comment réagissez-vous à la condamnation de Nicolas Sarkozy, dont il a fait appel ?

Stupéfait bien sûr, peiné naturellement, choqué à l’évidence. Pas seulement parce que mon engagement au côté de Nicolas Sarkozy est celui d’une vie mais aussi en constatant qu’amis, adversaires et spécialistes du droit s’interrogent tous sur une décision – provisoire – qui ne repose sur aucune preuve, comme cela apparaît clairement dans le jugement. Or, ce que chacun attend de la justice, c’est qu’elle soit juste. Et strictement rien d’autre. Car pour être respectée, la justice ne doit pas être soupçonnée !

Nicolas Sarkozy a fermé la porte à une candidature en 2022. Qui est votre candidat désormais ? Les ambitions ne manquent pas…

Que chacun en soit bien convaincu, la parole de Nicolas Sarkozy sera décisive! Ensuite, ne confondez pas les prétendants et les prétentieux. Certains semblent croire que des parcours comme celui d’Emmanuel Macron, apparu de nulle part, sont habituels. Ils se trompent lourdement : c’est une exception, en aucun cas la règle. Un destin présidentiel se construit avec des plaies, des bosses, des cicatrices, des échecs, des succès, pas sur un strapontin dans les chaînes info ou en publireportage dans un magazine.

Notre famille, contrairement à toutes les autres, – du RN au PS en passant par LREM – est riche de plusieurs personnalités reconnues et expérimentées susceptibles de s’engager : Bruno Retailleau qui s’appuie sur une vraie cohérence idéologique, Valérie Pécresse qui ajoute une sensibilité féminine et environnementale, Michel Barnier qui jouit d’une aura internationale, Laurent Wauquiez, bien sûr, dont l’éloignement du marasme parisien aujourd’hui sera son atout demain, et d’autres encore.

Vous ne citez pas Xavier Bertrand ?

Il a fait le choix d’abandonner notre famille quand elle était dans la difficulté. Cela ne fait pas de lui spontanément le mieux placé pour la sauver aujourd’hui. L’écrivain auvergnat Paul Bourget a écrit que « nos actes nous suivent ». C’est vrai.

Alors comment faut-il trancher ?

Puisque aucun candidat ne se qualifie dans les enquêtes d’opinion pour le deuxième tour de la future élection présidentielle, nous devrons organiser un scrutin, le moment venu – donc autour de l’été – pour départager les candidats et se rassembler derrière celui qui aura été choisi. Avec patience, Gérard Larcher consulte. Je lui ai d’ailleurs remis en janvier une contribution sur les modalités de principe, écartant à la fois le cadenassage par une instance et le hold-up par une participation faussée comme les 14 % d’électeurs de gauche y étaient parvenus en 2016. Notre président Christian Jacob, proposera la meilleure procédure. Ce qui compte, c’est que le scrutin ouvert à tous s’impose à chacun. Nous nous rassemblerons derrière le vainqueur et celui qui ne le respectera pas sera, de fait, disqualifié.

À moins que la droite noue un accord avec Emmanuel Macron, comme le souhaitent certains LR. Sa politique vous convient-elle ?

La signature du quinquennat, c’est le désordre et le surplace. Un désordre social, sanitaire, sécuritaire et migratoire. Un surplace car, à l’arrivée, quelles vraies réformes a-t-il engagées ? Aucune ! Pour nous, le moment est donc venu de mettre un terme au concours Lépine de propositions farfelues et de reconstituer un socle de convictions pour une droite forte – qui restaurera l’autorité de l’État quotidiennement bafouée – populaire – c’est-à-dire offensive sur les questions régaliennes – et sociale. Une droite qui protège les moyens et la liberté des 16 millions de retraités, renoue avec une ambitieuse politique familiale alors que nous n’avons enregistré que 740.000 naissances – le nombre le plus bas depuis 1945 – et ramène courageusement la fiscalité de notre pays dans la moyenne de l’UE au lieu de nous placer désespérément au premier rang mondial.

Selon L’Obs, Emmanuel Macron serait décidé à parler plus de sécurité et d’immigration. Est-ce trop tard selon vous ?

Le bilan de la politique migratoire est sans appel: cinq ans de présidence Macron, ce sera autour de 2 millions de migrants supplémentaires, soit plus de deux fois la ville de Marseille. Les discours abondants sur la maîtrise des flux sont totalement démentis par la réalité et les chiffres de 2020 (302.204 entrées régulières contre 415.826 en 2019) sont en trompe-l’œil. Cette baisse est due à l’effet Covid et j’affirme que nous subirons un fort rebond dès la sortie de crise. Les pays sources s’étant appauvris, l’aspiration au départ s’aggravera inéluctablement. J’observe parallèlement que les reconduites d’illégaux se sont effondrées de moitié, sans que rien ne le justifie.

Par ailleurs, rien n’est concrètement fait pour restreindre le regroupement familial qui concerne 72.245 personnes. Rien n’est fait non plus pour supprimer l’acquisition automatique de la nationalité française par mariage – 25.200 en 2019 – dont on connaît les dérives. Rien n’est enfin engagé en profondeur pour reconduire les déboutés au droit d’asile dont la Cour des comptes évalue à 5 % seulement la réalité des expulsions. Au total, jamais il n’y a eu autant d’immigrés dans notre pays, à ce jour entre 6 et 7,5 millions. L’État a perdu le contrôle de l’immigration.

Quant à la délinquance, les clignotants sont alarmants. Par exemple, en zone gendarmerie, les coups et blessures ont augmenté de 10 % en un an, les homicides et tentatives de 15 % atteignant un pic historique en 2020. Les restrictions sanitaires ont limité plusieurs types de délinquances mais l’observation depuis 2017 montre que les homicides, les coups et blessures volontaires, les cambriolages ont globalement tous augmenté. Surtout, avec 20 policiers blessés en moyenne chaque jour et des refus d’obtempérer toutes les dix minutes, l’autorité de l’État est piétinée. Assez d’« états généraux », de « grands débats », de « conférences citoyennes », de « Ségur » et de « confiance » ânonnée dans 37 textes de loi depuis 2017, galvaudant le mot. Souvenons-nous comment et pourquoi entre 2002 et 2012, la délinquance – toutes zones et toutes catégories confondues – a baissé de 11 %.

La France vit à l’heure du Covid depuis un an. Comment peut-on sortir de cette crise sanitaire ?

La marque de fabrique de cette gestion de crise, c’est le retard. Retard sur les masques en réussissant la prouesse de passer d’un stock d’État composé d’environ 1,7 milliard d’unités en 2009 (723 millions de masques FFP2 et 1 milliard de masques chirurgicaux) à la pénurie au déclenchement de la crise (100 millions d’unités valides). Retard sur les dépistages lorsque à l’approche du premier déconfinement, la France atteignait péniblement 1,3 test pour 100 habitants, soit deux fois moins que les pays européens dont la moyenne se situait à 2,8 tests pour 100 habitants. Retard sur les vaccins avec à peine 2,64 % des Français ayant reçu les deux doses nécessaires. À ce rythme, il faudrait attendre l’été 2023 pour que seule la première dose ait été administrée à l’ensemble de la population !

Retard sur le passeport sanitaire dont le principe a déjà été validé par la Suède, la Pologne, la Grèce, Chypre et même désormais l’Espagne, le Portugal, l’Italie, Malte, la Roumanie, le Royaume-Uni et Israël. Retard sur l’éradication du virus alors que près de vingt pays y sont quasiment parvenus – dont Taïwan, le Japon, l’Australie, la Corée du Sud, la Nouvelle-Zélande – tandis que chez nous, le taux de mortalité demeure en proportion très comparable à celui des États-Unis, tant moqués. Des leçons de ceux qui réussissent, il apparaît clairement que la fermeture des frontières, le traçage, l’isolement et, bien sûr, la vaccination sont indispensables… Et sur tout cela, nous sommes invariablement et partout en retard !

Jugez-vous possible la victoire de Marine Le Pen en 2022 ?

Face à Emmanuel Macron, oui. Face à nous, non.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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