SociétéGaël Perdriau : « Devenir « le maître des âmes » : la société de vigilance d’Emmanuel Macron »

26 février 2021
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Pour le maire de Saint-Etienne et vice-président des Républicains, le Président joue sur les peurs – notamment celle du virus – pour restreindre les libertés fondamentales.

« Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ». Avec une rare clairvoyance, Machiavel anticipe la régression de la morale publique de nos sociétés qui, glissant vers un modèle de démocratie illibérale, tournent le dos à l’héritage de la rationalité des Lumières. Avec la crise sanitaire, nous prenons conscience de notre extrême fragilité biologique. Ainsi, la pandémie permet de faire converger toutes les peurs des citoyens, accroissant en retour la fragmentation de la société française.

Réelles ou supposées, les peurs (terrorisme, crise sociale, économique et sanitaire) se fondent en un alliage faisant de l’autre un adversaire potentiel. Autrui devient ce possible ennemi qu’il faut combattre et surveiller. D’où l’appel, en 2019, du Président à instaurer la « société de la vigilance », traduction moderne du monde panoptique et illibéral de Jeremy Bentham.

La fragmentation de notre société découle de ces peurs. En se déchirant, notre tissu social transforme la nation : les citoyens se regroupent par affinités afin de survivre, y compris aux dépens des autres, à un monde perçu comme hostile. Tout pouvoir aura alors la capacité, voire la nécessité, de désigner des adversaires dont chaque citoyen doit se méfier. Il est facile alors de proposer, au nom de la sécurité des citoyens et de la sûreté de l’Etat, lois et décrets permettant de limiter les libertés fondamentales au nom d’une protection d’autant plus indispensable qu’elle doit justifier son utilité en empêchant le danger de devenir réalité.

Car il n’est même plus indispensable que le danger soit réel. Il suffit qu’il soit potentiel pour que le citoyen, afin de combattre sa peur, accepte même qu’un gouvernement puisse recenser les opinions politiques, religieuses ou les appartenances associatives de toute personne suspectée de vouloir agir contre l’intérêt général.

En régissant la manière dont chacun peut retrouver les siens, le gouvernement s’arroge aussi, au nom de la sécurité, le pouvoir de surveiller. Une frontière a été franchie. Jamais une démocratie n’avait cherché à pénétrer ainsi la cellule familiale.

Liberticide. Aujourd’hui, rien ne semble arrêter un pouvoir ayant perdu le sens de la mesure. La loi devant « conforter les principes de la République » offre, elle aussi, un véhicule idéal pour toucher indirectement les lois sur la liberté d’expression et d’opinion, mais aussi la loi de 1901 qui protège la liberté d’association et celle de 1905 qui garantit celle des cultes.

Allons-nous accepter de poursuivre ce glissement vers la société de la vigilance telle que souhaitée par Emmanuel Macron ? Nous aurions tort de croire que le rétablissement de l’autorité de l’Etat passe nécessairement par des mesures liberticides qui, en réalité, ne font qu’affaiblir les citoyens. Nous devons porter une autre vision fondée sur la responsabilité de chacun et l’émulation.

L’émulation repose sur un sentiment louable, qui pousse à se surpasser dans l’acquisition de compétences, de connaissances, dans l’espace social public ; qui permet aussi de renouer avec une véritable société du travail. La société de l’émulation suppose d’intégrer tous les citoyens qui participent à une vie publique reposant sur une démocratie forte, capable de protéger les libertés fondamentales. Elle est à l’opposé de la vision d’Emmanuel Macron et, en 2022, le débat présidentiel devra nous permettre de trancher.

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