SécuritéEric Ciotti : « La loi séparatisme, en renvoyant dos à dos toutes les religions, se discrédite elle-même »

15 février 2021
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Le projet de loi « confortant les principes républicains », par son autocensure lexicale, s’interdit de lutter contre l’islamisme « du coin de la rue », qui a joué le rôle que l’on sait dans l’assassinat de Samuel Paty, argumente le député LR des Alpes-Maritimes.

En avril 2017, à quelques heures du premier tour de l’élection présidentielle, un attentat islamiste était perpétré sur les Champs-Élysées. Le lendemain, le candidat Emmanuel Macron avouait : « Je ne vais pas inventer un programme contre le terrorisme islamiste en une nuit. » Près de quatre ans plus tard, l’Assemblée nationale débat enfin d’un texte censé lutter contre ce péril. Que la nuit fut longue pour Emmanuel Macron !

C’est devant l’émotion de l’opinion face à ce fléau qui a provoqué 270 morts et 900 blessés depuis 2012 que le président s’est résigné à évoluer sur le sujet. Dénonçant l’hydre islamiste, il a, au fil de discours d’hommage aux victimes, posé un diagnostic juste, durci le ton et clairement nommé l’ennemi. Évolution salutaire ou artifice de communication ?

Les beaux discours élyséens n’ont, hélas, pas été suivis par des décisions politiques et législatives suffisamment fortes. Les mots ne se sont pas changés en actes. Force est de constater qu’à l’issue de l’examen du projet de loi « confortant les principes républicains », le mal islamiste ne tremble toujours pas face à la République. Il ne sera inquiété ni dans son dessein ni dans son action.

L’islamisme du coin de la rue, celui de parents d’élèves qui refusent qu’on montre des caricatures à l’école ou qu’on enseigne la Shoah, celui de patients qui exigent de choisir le sexe de leur médecin à l’hôpital, cet islamisme matrice du terrorisme ne sera pas inquiété.

C’est pourtant cet islamisme du coin de la rue qui a collé une cible dans le dos du hussard noir Samuel Paty et mené à sa décapitation ; c’est lui qui menace l’enseignant Didier Lemaire à Trappes et le pousse à quitter l’Éducation nationale ; c’est toujours lui qui traque et menace de mort la jeune Mila. S’il peut dormir tranquille, c’est parce que ce texte est en vérité un leurre médiatique, à un an de l’élection présidentielle, destiné à donner à un électorat en quête d’autorité l’illusion de la fermeté.

Il marque la double faillite de ce pouvoir face à l’islamisme. Faillite par le temps perdu, il ne sera opérant qu’au crépuscule de ce quinquennat. Faillite par sa lâcheté, sémantique et politique.

La démarche relativiste de ce texte qui refuse de nommer le mal traduit le refus d’une échelle des périls. Pourtant, notre pays doit regarder avec lucidité le sommet de cette échelle : l’islamisme. Osons dire haut et fort ce que ce projet de loi nie grossièrement : il y a un problème lié à l’islam dévoyé dans notre pays, pas avec les religions.

Au nom du politiquement correct, nous avons refusé d’admettre que l’État n’a pas de difficulté avec les catholiques, les protestants, les juifs. Le relativisme coupable de ce texte permet à des députés d’extrême gauche de comparer le voile de mariée catholique au voile islamique et à la soumission de la femme. Le relativisme coupable de ce texte permet à son rapporteur macroniste de parler de la première communion catholique comme d’une oppression des enfants.

Le courage manque grandement à ce texte qui n’en revêt que les apparences trompeuses. Sa grande confusion et son relativisme enferment notre pays dans le déni d’islamisme dans lequel il est plongé depuis trop longtemps.

Pendant que la majorité présidentielle s’en prend aux premières communions, elle refuse d’interdire le voile islamique aux mineurs et aux accompagnants scolaires. Elle refuse d’interdire le burkini dans les piscines et sur les plages publiques. Disons-le avec netteté : le voile islamique est un véritable étendard politico-religieux de l’islamisme. Cette prison pour les femmes que le Garde des Sceaux considère lui-même comme un asservissement, sans pour autant vouloir l’interdire…

La majorité macroniste refuse de rompre avec l’immigration de masse qui est le moteur principal des contre-sociétés islamiques fleurissant partout sur notre sol. Elle refuse d’expulser systématiquement les étrangers condamnés pour séparatisme, elle refuse d’obliger tout étranger condamné à une peine de prison à purger cette peine dans son pays d’origine pour éviter de faire de nos prisons des « clusters » de radicalisation islamiste.

À travers ses renoncements et ses lâchetés, cette loi résume la politique de ce gouvernement. Muscles bandés, regard sévère, ton martial… Cependant, dans les faits, ne reste que la communication, habile mais sans effet. N’est pas Clemenceau qui veut. Le macronisme est un tigre de papier qui relève plus du matamore que du chef de guerre.

Face à l’islamisme, la nuit continue d’envelopper notre nation, ce texte n’y changera rien. Pire, il traduit une forme d’esprit munichois, un refus de la guerre qui gronde. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. D’une guerre. Mais pour être gagnée, elle nécessite des victoires et des symboles. Le voile, en particulier des enfants, est le plus important de tous. Avec ce texte, en 2021, au pays des Lumières et de Simone Veil, des fillettes pourront donc continuer à être voilées. Une défaite amère concédée à l’islamisme.

Sans mesures fortes et sans symboles, nous nous condamnons à assister impuissants à la fin de notre socle commun. Sans ces mesures, impossible de contenir la flambée du communautarisme islamiste et du séparatisme. Si la République recule, c’est le face-à-face qui s’installe, c’est l’affrontement qui se rapproche, la violence qui s’exacerbe, la guerre civile qui gronde. Comme des millions de Français, cette France, je n’en veux pas.

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