SociétéChristian Jacob : « Le Pen-Macron : un duo plus qu’un duel »

5 février 2021
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Marine Le Pen et Emmanuel Macron se sont bien trouvés en 2017. Depuis, ils ne cessent de se faire la courte échelle pour 2022. Ces illusionnistes font semblant de préparer un duel, mais en réalité, ils dansent en duo. Emmanuel Macron est persuadé que le rejet de Marine Le Pen permettra sa victoire. Et inversement.

Depuis quatre ans, le président de la République se préoccupe de préserver sa position électorale pour être seul face à Marine Le Pen. Pour le reste, il fait semblant.

Les attentats de 2015 ont révélé la profondeur de l’entrisme islamiste en France. Pourtant, il aura fallu quatre longues années de valse-hésitation avant que le président Macron prononce un discours clair, certes prometteur mais aussitôt démenti par une loi soumise aux frilosités de la gauche. En 2018, il assurait que le port du voile n’était « pas conforme à la civilité dans notre pays ». Mais en 2021, le président accepte que sa prétendue grande loi fasse l’impasse sur le sujet. En 2019, il constatait qu’au « fait migratoire s’ajoutait le fait religieux ». Mais en 2021, la loi n’aborde absolument pas la question de l’immigration. Aux Mureaux, le président décrit l’école comme le « coeur de l’espace de la laïcité », mais le gouvernement refuse de débattre de la lutte contre la radicalisation à l’école, dans les prisons ou en entreprise. Même chape de silence sur la pression intégriste dans les espaces publics. Emmanuel Macron veut donner l’illusion qu’il est résolu à combattre l’islamisme. C’est faux. Il a trop peur du procès en «islamophobie» instruit par les séparatistes et les islamo-gauchistes.

De fait, il accepte que tous les musulmans soient confondus avec les séparatistes. Il dénonce l’amalgame mais ne fait rien pour s’y opposer. Seule une offensive résolue, clairement dirigée contre les seuls islamistes séparatistes protègerait les musulmans qui respectent et aiment la République. Mais par manque de courage, le texte du gouvernement cible le plus largement possible et implique toutes les religions. Le président parle fort, pour faire croire qu’il agit.

Emmanuel Macron disait révolutionner le droit du travail, il s’est contenté d’une réformette en tout début de mandat. Il prétendait réformer tout le système des retraites. Il n’aura même pas abordé l’équilibre des comptes. Il clame qu’il a osé s’attaquer au dossier de la SNCF, mais prudemment, ses mesures n’entreront en vigueur que bien après les élections. Il prétendait maîtriser les comptes de la nation mais les dépenses publiques avant même la crise sanitaire ont crû de manière plus importante que sous le quinquennat de François Hollande.

Des débats contradictoires pourraient dissiper ce flou électoraliste. Emmanuel Macron le sait bien. Par conséquent, le débat avec l’opposition est systématiquement escamoté, par des procédures parlementaires douteuses ou à coup de « Grand Débat » ou de comités Théodule qui fleurissent au gré des sondages ou des crises. Il fanfaronne mais il évite le combat.

Cette posture colle à la stratégie de Marine Le Pen. Absente des débats parlementaires, car ils supposent un groupe parlementaire, une assiduité et une constance dont elle est incapable, la présidente du RN se contente elle aussi de rodomontades médiatiques. Elle donne l’illusion d’une conviction, mais ses certitudes sont fluctuantes. Elle qui dénonçait l’euro hier n’est plus aussi résolue. Elle ne sait même plus si elle doit quitter l’Union européenne et trouvera bientôt bien des vertus aux accords de Schengen.

L’entente tacite sur laquelle repose ce duo n’est pas le fruit du hasard. Leur vision de la politique est la même. Leur projet, c’est eux-mêmes. Ni Emmanuel Macron ni Marine Le Pen ne cherchent l’adhésion à un programme, qu’ils ajustent sans cesse, ils cherchent un vote réflexe contre leur rival. Ils savent qu’il leur serait très difficile de combattre un projet cohérent proposé par toute une famille politique.

C’est pour cela que la démarche que nous avons engagée aux Républicains gêne la danse du duo. Ils n’ont aucune envie de comparer leur projet au nôtre.

Je ferai tout pour ne pas tomber dans le piège tendu à la France par ce duo mortifère, il amènerait les Français à faire le choix du pire. Ma conviction est que le pays a besoin du projet cohérent que nous sommes en train d’élaborer ensemble. Et je ne crois pas aux démarches individuelles. Un bon communicant peut gagner une élection sur un slogan. Mais après une victoire acquise dans ces conditions, il sera un bien piètre élu, sans ligne directrice, incapable de diriger le pays. Emmanuel Macron le démontre. Je crois enfin que la démocratie a besoin de débats contradictoires. Les Républicains vivent cette exigence tous les jours.

Dans les assemblées locales, nous savons produire du consensus. Un consensus ne s’impose pas, il se construit, y compris dans l’urgence d’une crise sanitaire. Cette démarche a été largement approuvée par les électeurs aux municipales. Elle ne changera pas pour les départementales et les régionales. Pour la présidentielle, notre candidat sera le fruit de la même démarche. Ce sera quelqu’un de fidèle à nos convictions et à nos valeurs. Quelqu’un qui aime la France avant de s’aimer lui-même. Mon rôle est d’y veiller.

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