SociétéBruno Retailleau : « En France aussi, il faut éviter la nouvelle guerre de Sécession qui s’annonce »

11 janvier 2021
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Ce qui vient d’advenir à Washington le prouve: les élites politiques doivent proposer au peuple un « contrat » qui réponde à leurs inquiétudes légitimes, ou la voie sera libre pour des démagogues irresponsables, argumente le président du groupe LR au Sénat.

En démocratie, la liberté ne va pas sans la responsabilité. Celle de Donald Trump est évidente dans le déclenchement des violences au Capitole. Minimiser cette responsabilité, comme l’a fait Marine Le Pen en affirmant que le président américain n’avait pas « mesuré la portée de ses propos », est une faute politique. Car c’est ignorer que dans nos démocraties hystérisées, face à des peuples à bout de nerfs, mesurer ses mots constitue aujourd’hui l’un des tout premiers devoirs des responsables publics. Plus qu’une marque de civilité, il s’agit désormais d’une urgence civique si nous ne voulons pas que la bataille des tweets débouche sur la guerre de tous contre tous.

Cependant, s’indigner ne suffit pas. Encore faut-il comprendre. Que voyons-nous de l’autre côté de l’Atlantique ? Une démocratie malade, bien sûr. Malade d’une épidémie de colère, mais dont les violences au Capitole ne signent pas la première vague, pas plus que l’Amérique n’en constitue le seul «cluster», tant elle s’étend désormais à l’ensemble du monde occidental.

Cette épidémie est née du grand confinement des élites face au grand déclassement des peuples occidentaux.

Des élites technocratiques qui, délaissant la frontière pour la circulation, la protection pour la précaution, ne protègent plus mais se protègent, comme l’illustre, chez nous, le fiasco du démarrage de la campagne de vaccination. Bavarde autant qu’elle est inefficace, la caste des intouchables dissimule son impuissance derrière une suffisance qui nourrit la défiance.

Des élites progressistes aussi, qui réservent le statut de victimes à quelques minorités et rendent coupables des malheurs qui les frappent les « Gaulois réfractaires » et autres « déplorables » électeurs de Trump, selon l’expression de Hillary Clinton. Ouvrons les yeux: l’origine du mal qui ronge nos démocraties se trouve d’abord dans l’insensibilité du « camp du bien » pour les souffrances des gens ordinaires, atteints dans leur niveau de vie comme dans leurs modes de vie. Pour cette internationale de l’indifférence, calfeutrée dans les abris antiréalité qu’elle s’est construits, le peuple n’est plus un sujet. Le peuple est devenu un objet, dont on peut disposer arbitrairement, d’un trait de plume en bas d’un décret.

Dans plusieurs mois peut être, le monde sortira de l’épidémie de Covid 19. Mais tant que les élites appliqueront les mesures barrières qu’elles ont érigées entre elles et leurs peuples, le virus de la colère continuera de se diffuser. Et détruira le peu de défenses immunitaires qu’il nous reste face aux séductions des démagogues et aux élucubrations des conspirationnistes. Car comment tenir ensemble tant de citoyens qui ne croient plus désormais ni aux vaccins, ni à l’information, ni même aux élections ? Le désespoir des sans-défense a créé une démocratie des sans-confiance.

L’Europe marche souvent juste un pas en arrière de l’Amérique, parfois pour le meilleur, mais aussi pour le pire. La colère des citoyens contre le pouvoir central, nous l’avons aussi vécue avec la crise des «gilets jaunes» ou l’insurrection électorale du Brexit. Les surenchères communautaristes suite au Black Lives Matter, nous les avons aussi vues dans les manifestations indigénistes de l’affaire Traoré. Si nous voulons retrouver l’amitié civique entre les Français, nous leur devons une politique qui les rassemble, une politique du bien commun.

Le commun, c’est d’abord la dignité due à chacun, et d’abord par le travail qui fait vivre. Un travail qui paie, qui ne soit amputé ni par la voracité d’un État avalant plus de la moitié de la richesse produite par les Français, ni par la férocité d’une concurrence déloyale qui a enclenché le descendeur social et déclassé les classes moyennes. Le commun, c’est aussi le respect de la volonté commune, par le retour de la souveraineté populaire aujourd’hui contournée par des comités et des conférences « citoyennes » qui délégitiment la démocratie, mais également confisquée par des juges ou des institutions qui contournent
les choix du peuple français.

En témoigne l’immigration: ce phénomène constitue sans doute le bouleversement le plus profond que notre société ait connu depuis un demi-siècle et sur laquelle, pourtant, les Français n’ont jamais pu se prononcer. Le commun, ce sont enfin ces cadres qui nous tiennent ensemble mais qui, sous le poids conjugué de l’individualisme et du relativisme, ont plié. Famille, école, nation, associations: ce sont tous ces murs porteurs de l’unité française qu’il nous faut reconstruire pour ne plus laisser les individus seuls face à la froide mécanique de l’État bureaucratique ou du seul marché.

Il a fallu plusieurs siècles aux sociétés occidentales pour bâtir ce régime d’exigences et d’efforts qu’est la démocratie. Efforts pour les gouvernés, afin d’accepter la loi de la majorité. Exigences pour les gouvernants, afin de respecter les aspirations majoritaires. C’est parce que les seconds ne remplissent plus leurs devoirs à l’égard des premiers qu’en Occident, le pacte démocratique est aujourd’hui directement menacé. Il est urgent de renouer ce pacte si nous voulons éviter la nouvelle guerre de Sécession qui s’annonce.

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