Santé et solidaritéLaurent Wauquiez : « Travaillons tous ensemble »

5 janvier 2021
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Le président lR de la région Auvergne-Rhône-Alpes s’inquiète de la lenteur de la campagne de vaccination en France et presse l’exécutif de déléguer.

Vous avez organisé, avant Noël, une campagne de dépistage. Quels sont les résultats ?

Nous avons organisé une grande campagne à l’échelle régionale. Ça ne s’était jamais fait, et d’ailleurs beaucoup disaient que c’était impossible. En une semaine, 760.000 personnes, soit environ 10 % de la population, ont été testées. C’est trois fois plus que ce qui se faisait jusque-là. Cela nous a permis de détecter deux fois plus de cas positifs, environ 30.000. Cette campagne a été menée avec 1312 sites temporaires de tests pour que chaque habitant puisse se tester à moins de 20 minutes de chez lui.

Ce défi logistique a été rendu possible grâce à un formidable travail en équipe avec l’ARS, l’Assurance-maladie et près de 19.000 personnes sur le pont : élus, médecins, infirmiers, pharmaciens, laboratoires, sapeurs-pompiers, etc. Nous avons mobilisé toutes les ressources de la région autour de cette cause commune. On a fonctionné en déléguant beaucoup et en générant un élan collectif.

Ce dépistage a-t-il eu un impact ?

Nous étions en novembre la région la plus touchée. Dans la foulée de cette campagne, le taux d’incidence a baissé de plus de 30 %, un rythme deux fois plus important que sur la plupart des territoires de l’Est. Aujourd’hui, sur quinze départements qui sont en couvre-feu à 18 heures, aucun n’est dans la région. Auvergne-Rhône-Alpes fait désormais partie des régions de l’Est les moins touchées par le Covid : le taux d’incidence à 155 est un des plus faibles. Nous allons analyser ces chiffres avec un comité scientifique présidé par le Pr Lina.

Quelles leçons tirez-vous de cette campagne massive de tests ?

Premièrement, nous sommes le seul territoire à avoir testé massivement les lycéens. On a détecté un nombre loin d’être anodin – plusieurs centaines – de lycéens positifs sans symptômes. Il est inconcevable qu’une politique de dépistage n’ait pas été organisée à l’échelle nationale. Je demande que le ministère de l’Éducation nationale mette en route très rapidement une campagne massive de tests dans les lycées et les établissements scolaires. Dans notre région, nous allons continuer à le faire. Il n’est pas vrai de dire que le virus, par magie, ne circulerait pas dans les établissements scolaires ! Il faut d’ailleurs que des purificateurs d’air soient installés dans les établissements scolaires, comme nous l’avons fait dans la région.

Deuxième leçon : on ne peut continuer à fonctionner en alternant confinement, couvre-feu, reconfinement. La France va sortir épuisée de ce système. Il faut prévenir plutôt que subir en mobilisant mieux les tests. Aujourd’hui, on ne teste en France que sur le mode du diagnostic ceux qui ont des symptômes. Il faut agir de façon préventive, en organisant une campagne intensive de dépistage de façon ciblée sur les territoires où le virus se remet à circuler. Troisième leçon, ce qu’on a réussi dans la région avec les tests, on peut le réussir à l’échelle nationale avec les vaccins. Au rythme actuel, si on ne change pas totalement l’approche, c’est la Bérézina assurée. On ne peut pas continuer avec des chiffres indignes de notre pays : même pas 1000 Français vaccinés. L’échec de la vaccination signifierait vivre encore des mois avec le virus.

Que proposez-vous ?

Si on garde la politique actuelle de vaccination, on va droit dans le mur. Ce qui m’importe c’est de faire des propositions concrètes pour corriger le tir tant qu’il est encore temps. Travaillons tous ensemble. Il faut un changement radical d’approche. Et d’abord un cap et un discours clair expliquant la vaccination, ce qui a manqué ces derniers jours. Nous devons tous nous engager en faveur de la vaccination, avec une volonté politique de tous les élus, du président au maire de la plus petite commune.

Mais, en matière de vaccination, les Français restent très sceptiques…

Il faut de la transparence : combien a-t-on de vaccins ? Quand seront-ils disponibles ? La défiance s’est installée avec l’affaire des masques. Les Français ont compris que si le gouvernement disait qu’ils ne servaient à rien c’est parce qu’on n’en avait pas ! De plus on a organisé une usine à gaz technocratique avec la culture du parapluie pour s’abriter de toute responsabilité. Tout est beaucoup trop lent !

On a mis en place l’éloge de la lenteur quand il faut aller vite : il faut remettre de la souplesse sur les publics vaccinés, sur les processus administratifs, sur le recueil des consentements. Et surtout il faut sortir de ce pilotage ultracentralisé. Les décisions ne peuvent pas être prises dans quelques bureaux du ministère de la Santé. Ça n’a pas marché avec les masques ni les tests, ça ne peut pas marcher avec les vaccins. C’est un des enseignements que l’on peut tirer de la campagne de dépistage que nous avons organisée : souplesse, agilité, pragmatisme.

Concrètement, comment cela se traduirait-il pour la vaccination ?

Il faut confier aux régions et aux collectivités locales l’organisation des modalités logistiques de la campagne de vaccination de façon décentralisée. L’État définit la politique de vaccination, les collectivités locales la mettent en œuvre avec les professions de santé sur le terrain. Je propose d’ores et déjà de mettre à disposition l’organisation logistique qui a marché dans notre région pour les tests au service de la campagne de vaccination.

C’est le modèle allemand d’une collaboration entre l’État et les régions. Je peux comprendre que le président et le gouvernement aient des difficultés à travailler avec des politiques qui ne soient pas de leur sensibilité mais il est urgent de dépasser ces arrière-pensées. Ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu : on a l’obligation de travailler ensemble. Il n’y a aucune raison qu’on fasse 500 fois moins de vaccinations que l’Allemagne. Ce n’est pas une fatalité. Mais il faut qu’on se bouge ! On peut encore rattraper notre retard à condition qu’on s’y mette tous et maintenant.

L’idée d’un comité citoyens avec trente-cinq Français tirés au sort vous semble-t-elle pertinente ?

Ce n’est pas ma conception de la politique. La responsabilité du politique, c’est de décider, de fixer un cap et de mettre toute son énergie pour assurer l’art de l’exécution. Pas de se défausser sur un comité Tartempion.

Vous reprenez de plus en plus la parole… c’est « Wauquiez, le retour » ?

Ça ne signifie ni plus ni moins qu’une volonté d’être utile à mon pays en apportant des solutions concrètes qui ont fonctionné localement.

Avez-vous fait une croix sur 2022 ?

L’urgence aujourd’hui c’est le virus, l’emploi, la sécurité, pas des questions que ne se posent pas les Français.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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