SécuritéRachida Dati : « Emmanuel Macron affaiblit l’autorité de la police »

14 décembre 2020
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L’ancienne garde des Sceaux, maire (LR) du VIIe arrondissement de Paris, critique sévèrement les mesures du gouvernement en matière de sécurité et de séparatisme ainsi que sa gestion de la crise sanitaire.

Rachida Dati se dit opposée à une remise en cause de l’Etat de droit, mais sur la sécurité, elle souhaite des mesures plus ciblées et plus précises. Elle serait par exemple favorable à interdire de manifestations les personnes ayant participé à des actions violentes lors des deux ou trois années précédentes.

Qu’avez-vous pensé de la réaction des joueurs de foot qui ont interrompu le match PSG-Istanbul pour protester contre le racisme ?

Leur réaction est saine. Pendant trop longtemps, on s’est indigné sans réagir à chaque fois qu’il y avait un acte raciste. Chacun se souvient des cris de singe ou des jets de bananes sur le terrain. Face à des faits aussi choquants, on ne peut pas seulement se contenter de rappeler des principes. Là, ils ont réagi par un geste fort.

Ils ont posé le genou à terre en début de match, un symbole issu de la dénonciation des violences policières. Est-ce que, comme beaucoup à droite, vous dites que ça n’existe pas ?

Pourquoi suis-je devenue magistrate, d’après vous? Très tôt, j’ai compris que pour combattre les inégalités ou les dérives, quelles qu’elles soient, il fallait être au cœur de l’Etat de droit. Mais en devenant magistrate, j’ai aussi compris l’ampleur et la gravité de la tâche de la police. Oui, il y a des policiers violents. Oui, il y a des dérapages. Et, quand il y en a, ils sont poursuivis et sanctionnés. Il faut continuer de les dénoncer et continuer de les sanctionner. Il ne faut aucune impunité sur ces faits pour justement préserver la légitimité de la police et de l’usage de la force.

Dans son interview au média en ligne Brut, Emmanuel Macron a fait une erreur en parlant de violences policières ?

Le président de la République ne doit pas dire cela. En disant cela, Emmanuel Macron affaiblit l’autorité de la police. Il oublie aussi que les forces de sécurité sont épuisées et sont devenues le dernier rempart dans un pays où tous les repères d’autorité sont remis en cause. D’ailleurs, les policiers déplorent le manque de soutien de l’institution judiciaire quand la violence est à leur encontre.

Beaucoup, au sein de votre famille politique, réfutent l’idée qu’il existe des contrôles au faciès, alors que cela a été documenté, notamment par le Défenseur des droits. Et vous ?

Je suis choquée que le président de la République emploie cette expression qui correspondrait à une pratique illégale. De quoi parle-t-on ? Emmanuel Macron semble oublier que les contrôles d’identité se font sur réquisition du procureur de la République dans un cadre très déterminé pour des faits précis. Encore une fois, on ne veut pas voir la réalité. C’est plus facile de cibler la police que de s’interroger sur les raisons pour lesquelles la délinquance a prospéré dans des territoires ghettoïsés.

Comment réagissez-vous aux décrets qui élargissent les fichiers de police et de gendarmerie aux opinions politiques, à l’appartenance syndicale et aux données de santé ?

Ces trois décrets concernent la surveillance et la collecte de données relatives à des citoyens. Le champ est très large, ce qui peut conduire à une surveillance généralisée. Quel est le mode de vie qui ne relève pas d’une infraction pénale et qui mérite d’être dans un fichier? Ce qui porte atteinte aux libertés publiques, c’est l’imprécision des mesures. A force de ne pas vouloir préciser la cible, on finit par surveiller tout le monde.

Le gouvernement met-il à mal les libertés publiques en France ?

C’est plus facile de limiter un peu les libertés de tout le monde que de limiter fermement les libertés de ceux qui nous menacent. S’agissant des black blocs, les policiers et les préfets les connaissent. Il faudrait pouvoir les arrêter préventivement. Il y a des mesures préventives qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel, non pas sur le fond mais parce que leurs imprécisions ouvraient un champ trop large. La mesure la plus adaptée serait d’interdire de manifester ou de paraître à tout individu qui a fait l’objet d’une sanction pénale, d’une mesure de garde à vue répétée ou pour lequel il existe des indices concordants quant à sa participation à des manifestations violentes lors des deux à trois dernières années. Mais ce gouvernement, c’est l’amateurisme juridique et politique. La politique de Gérald Darmanin se résume à faire des tweets en disant que les casseurs sont des « méchants » !

Pensez-vous que l’article 24 de la proposition de loi sécurité globale, qui vise à sanctionner la diffusion en ligne de vidéos de policiers, est liberticide ?

Tel qu’il est écrit il n’est pas opérant et tout le monde a compris que cet article était mort-né.

Le projet de loi contre le séparatisme est-il à la hauteur des enjeux ?

Cette loi n’aura d’efficacité que si on arrive à casser les logiques communautaires. Pour cela, il faut une politique de peuplement qui limite les effets d’accumulation de problèmes sociaux, ethniques et migratoires au même endroit. Il faut revoir les critères d’attribution des logements sociaux et la politique migratoire. L’idée dont certains se gargarisent du « vivre-ensemble » a abouti à une juxtaposition de communautés. J’ai toujours préféré l’idée d’une communauté de destin. Cela passe par l’école.

Le gouvernement a donc raison de vouloir interdire l’enseignement à domicile ?

Ça concerne combien d’enfants ? 0,3 % ! Là encore, le gouvernement tape à côté. Ce qu’il faut c’est revoir l’école. Il faut du pragmatisme et admettre que, quand l’école ne fonctionne plus dans certains territoires, diminuer le nombre d’élèves par classe ou augmenter le nombre d’enseignants ne change rien. Quand vous avez des enfants qui ont infusé dans des idéologies déconnectées des valeurs républicaines, si vous ne voulez pas que la République recule, il faut accepter de revoir les méthodes d’apprentissage dans ces territoires.

Au sein de votre famille, certains ont assumé de vouloir modifier l’Etat de droit pour mieux lutter contre le terrorisme. Êtes-vous d’accord avec ça ?

Je serais plus nuancée. J’ai été magistrate, je suis avocate. L’Etat de droit, c’est notre bien commun et c’est le plus grand rempart contre l’arbitraire.

La droite veut porter une réforme constitutionnelle pour assurer la primauté de la laïcité sur le « communautarisme »…

La loi de 1905 permet de sanctionner le prosélytisme ou le fait de vouloir imposer à quelqu’un une idéologie. Il y a moins de trous dans la raquette qu’on ne le dit dès lors qu’il y a une volonté politique et qu’on applique la loi.

Avez-vous été choquée par les réquisitions du parquet qui réclame de la prison ferme contre Nicolas Sarkozy dans le procès dit des écoutes ?

Le Parquet national financier (PNF) ne se grandit pas dans cette affaire. Je rejoins les propos du garde des Sceaux qui avait dit que les méthodes du PNF (NDLR : qui a ouvert une information judiciaire dans l’affaire Carlos Ghosn dans laquelle Rachida Dati est placée sous le statut de témoin assisté) étaient celles de « barbouzes ». On a le sentiment que le PNF a été créé pour régler des comptes. Je ne me reconnais pas dans cette magistrature-là. François Molins, en son temps, s’était du reste opposé à la création du PNF en soulignant les risques de dérives. Le temps semble lui donner raison.

Que pensez-vous de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement ?

Le rapport du Sénat sur la gestion de la première vague est accablant et révèle les mensonges de ceux qui ont déserté en douce. Les Français ne comprendraient pas qu’ils n’aient pas à rendre des comptes, car nous sommes face à un scandale sanitaire. Malheureusement, la deuxième vague ne démontre pas une meilleure gestion.

La campagne de vaccination est-elle de nature à vous rassurer ?

Sans transparence, pas de confiance. Le gouvernement lui-même doute de l’efficacité des vaccins qui sont mis sur le marché.

Vous vous voyez toujours à l’Elysée en 2022, comme vous l’aviez dit en septembre à Times ?

Je pense que la droite sera à l’Elysée.

>> Lire l’interview sur LeParisien.fr

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