les Républicains

Guillaume Peltier : « Le macronisme a creusé le fossé entre Paris et les territoires »

Numéro 2 de LR et proche du présidentiable Xavier Bertrand, Guillaume Peltier se pose en pourfendeur de la « bureaucratie » et ambitionne, via une série de propositions, de mettre un terme à l’hégémonie des technocrates.

Un pouvoir entravé par les « technos » ? L’idée semble partagée par une large partie du champ politique, y compris en macronie, où le député Gilles Le Gendre a récemment déploré auprès du Monde « le poids de la bureaucratie ». Mais c’est à droite, surtout, que l’on manie le sujet comme une arme pointée vers le gouvernement. A la peine depuis son revers de 2017, le parti Les Républicains se veut le champion du « bon sens » et des « territoires », face à un exécutif accusé d’incarner le pire d’une technocratie rigide et « déconnectée ».

Numéro 2 du parti de droite, Guillaume Peltier expose à Libération une série de propositions personnelles, censées mettre au pas les grands corps de l’Etat. Ces pistes sont aussi celles d’un proche de Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France et candidat presque déclaré à l’élection présidentielle de 2022, qui aurait, assure Peltier, « écouté avec attention » ce programme anti-technos.

La crise sanitaire fut, selon vous, le grand moment des technocrates ?

Cette crise marque un point culminant de l’hyperbureaucratie. Notre haute administration, longtemps admirée à l’étranger, est devenue à cette occasion la risée et nous vaut le titre d’« Absurdistan ». Des exemples ? La gestion des agences régionales de santé (ARS), les jauges d’affluence dans les églises, les stations de ski sans remontées mécaniques, le mépris à l’égard des petits commerces jugés « non essentiels »… Les élus du peuple n’ont plus le dernier mot. Les décrets d’application des lois mettent des mois à arriver. Nous avons affaire à un réseau fermé et égocentré de quelques hauts fonctionnaires qui gouvernent loin du peuple. Face aux «fermiers généraux», comme Jean-Louis Borloo les a surnommés, il faut une révolution du bon sens. Tout le monde dit que le peuple se méfie des élites, mais n’oublions pas que c’est parce que les élites se défient du peuple.

Que proposez-vous pour rétablir cette confiance ?

D’abord, un électrochoc : un vrai spoils system [« système des dépouilles »] après la présidentielle. Aux Etats-Unis, le président élu peut révoquer 4 000 hauts fonctionnaires. Je propose ainsi qu’en 2022, le nouveau chef de l’Etat puisse, dans les trois premiers mois du mandat, révoquer et remplacer les plus hauts fonctionnaires des administrations s’ils ne s’engagent pas à servir l’intérêt général et la souveraineté populaire.

C’est un souci déjà exprimé par Emmanuel Macron. N’a-t-il pas, cette année, remplacé de nombreux préfets ?

C’est vrai, avant son élection, Emmanuel Macron avait formulé des constats justes. Etant lui-même issu du système, on pouvait espérer qu’il en tirerait des leçons. On l’a bien vu, ici révoquer le directeur d’une ARS, là promettre de supprimer l’ENA. Mais aujourd’hui, le bilan est nul et il n’a cessé de promouvoir la technocratie, flanqué d’un directeur de cabinet, d’un secrétaire général de l’Elysée et d’un Premier ministre issus de l’ENA.

C’est pourtant la vocation de l’ENA que de former les hauts fonctionnaires…

Justement : il faut réformer leur formation et retrouver une administration du mérite via l’université. Pensons à l’école de guerre qui sélectionne les militaires méritants pour en faire des officiers supérieurs. Cassons le moule et généralisons à tout agent public méritant la possibilité de devenir, à partir d’un concours spécifique, haut fonctionnaire, après une formation dans les universités. On pourrait aussi espérer que sous le prochain quinquennat, le gouvernement ne compte pas d’énarque, ou mieux encore, que les hauts fonctionnaires appelés à devenir ministres soient contraints de démissionner de leur corps d’origine.

N’est-ce pas une diabolisation de la haute fonction publique ? Les énarques, en plus, sont peu nombreux dans l’actuel gouvernement : 5 sur 44 ministres. Sous Chirac, c’était plus de 20%.

Depuis vingt ans, presque 60 % des ministres ont fait l’ENA ou Sciences-Po : ce chiffre est bien trop élevé. Rendons obligatoire la démission d’un haut fonctionnaire de son corps d’origine quand il devient ministre ou quand il part occuper des fonctions exécutives dans une grande entreprise. Il y a urgence à mettre fin aux « inamovibles de la République » comme les appelle justement Chloé Morin [directrice de l’Observatoire de l’opinion à la Fondation Jean-Jaurès].

Faut-il donner plus de place aux représentants des « territoires » ?

Assurément. Le macronisme a creusé le fossé entre les décisions parisiennes et nos territoires, sidérés de n’y être pas associés. Je propose donc qu’à l’issue de chaque Conseil des ministres se tienne un « conseil des territoires », qui obligerait le Président à rencontrer – et écouter – le président du Sénat, les présidents des régions et les représentants des départements et des communes. Ce n’est pas tout. Depuis 2017 et la mise en place du non-cumul des mandats, beaucoup de parlementaires n’ont plus l’expérience des territoires. Demain, je plaide pour que chaque député ait déjà exercé un mandat local en amont.

Cela ne fermerait-il pas la voie à bien des représentants de la société civile ? On peut avoir des choses à défendre sans avoir été conseiller municipal…

On compte environ 500 000 conseillers municipaux en France. Beaucoup sont par ailleurs artisans, agriculteurs, patrons de PME, ouvriers… On peut avoir à la fois l’expérience de la « vraie vie » et celle des territoires : quoi de mieux que de défendre ses convictions d’abord dans sa commune ou son département ?

Au nom de qui faites-vous ces propositions ? De LR, de vous-même, ou de Xavier Bertrand, dont vous êtes proche ?

Elles sont issues d’un travail collectif avec des parlementaires. Mais c’est bien sûr, de ma part, une contribution au débat de la future présidentielle, davantage que la position unanime de mon parti. J’ai présenté ces réflexions et ces idées à différentes personnalités. Xavier Bertrand, qui n’a pas fait l’ENA, a écouté avec attention, d’autant plus qu’il incarne également ce parcours méritocratique, lui qui a l’expérience du privé et d’un mandat local.

Voulez-vous annoncer officiellement, ici, votre soutien à ce dernier pour 2022 ?

Le moment présidentiel n’est pas encore venu. Concentrons-nous d’abord sur les solutions que nous devons apporter aux Français : la priorité, c’est le travail de fond. Je veux bâtir une droite populaire, forte sur le régalien, juste sur l’économie, capable de parler à tous les Français, de droite, de gauche et d’ailleurs. Ce qui m’intéresse chez Xavier Bertrand, c’est qu’il est un « faiseux », pas un « diseux » : avec endurance, il rebâtit idéologiquement cette droite populaire. Nous avons donc une proximité intellectuelle. On verra, en 2021, qui est le mieux placé pour nous faire gagner et fédérer une équipe pour la France.

Vous êtes, comme toute la direction de LR, opposé à une nouvelle primaire. Le sénateur LR Bruno Retailleau dénonce en vous une « droite d’en haut », qui voudrait priver de voix vos sympathisants…

L’équipe LR vient de la « droite d’en bas », nous avons été maires, élus locaux, et venons de la classe moyenne. Que chacun soit rassuré : Christian Jacob a été élu par le vote militant il y a un an, il est populaire et défend les aspirations de nos adhérents, avec sérénité. Ce n’est pas lui qui enterrera la démocratie interne, puisqu’il en vient ! Il y aura de manière certaine, à l’été prochain, une consultation des militants pour soutenir notre candidat. La forme que cela prendra, on en débattra ensemble. Sans rien oublier du traumatisme de la primaire de 2016, un fiasco aux yeux des Français et de nos militants.

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