SociétéAurélien Pradié : « Aussi longtemps qu’il en restera une seule »

25 novembre 2020
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Aussi longtemps qu’il en restera une seule.

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, les responsables politiques devront mobiliser toutes leurs forces et leurs moyens pour éradiquer ce fléau des violences au sein de la famille.

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, des voix devront s’élever avec la force de l’indignation pour garder nos esprits éveillés et ne jamais céder à l’habitude ou à la fatalité.

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, nous devrons réformer notre institution judiciaire, former nos forces de l’ordre, éduquer nos enfants dès le plus jeune âge. Tellement plus que nous ne le faisons aujourd’hui.

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, nous devrons exiger que tous les moyens budgétaires nécessaires soient consacrés à cette lutte. L’affichage des budgets, qui en réalité sont pour l’essentiel fictifs ou partiels, est devenu insupportable. Nous ne lutterons pas avec des slogans, des « Grenelle » sans lendemains ou de l’autosatisfaction politique. Nous lutterons en passant des paroles aux actes. Vraiment.

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, nous devrons veiller à ce que les moyens consacrés à cette lutte soient pérennes.

Comment retenir sa colère lorsque, député de mon pays, je constate que 40% du budget destiné au financement des bracelets anti-rapprochement, pour lesquels j’ai porté et fait voter à l’unanimité une Loi, sont mobilisés sur un fonds seulement expérimental, et nullement inscrits solidement au budget de la Nation

Comment ne pas s’indigner en constatant que la création des centres d’encadrement des auteurs de violences, promis depuis plus d’un an par le Gouvernement et Marlène Schiappa, ne sont toujours pas déployés dans chaque région ?

Comment ne pas s’insurger en constatant qu’en réalité, aucun crédit n’est budgété pour financer ces projets importants et ce, en totale contradiction avec les déclarations faussement assurées de l’actuel Ministre de la Justice ?

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, nous devrons batailler pour que les mesures inscrites dans la Loi pour mieux protéger les victimes soient totalement et immédiatement appliquées. Assurons nous qu’elles ne soient pas que des mots.

Comment supporter, sauf à être déjà résignés, que le bracelet anti-rapprochement, outil efficace pour neutraliser les plus violents, ne soit toujours pas généralisé sur l’ensemble du territoire national, près d’un an après l’entrée en vigueur de notre Loi en la matière ? A ce jour, seules cinq juridictions en France « expérimentent » ce dispositif. Soyons clairs : ce sont donc moins de 5% des juridictions qui en sont pour l’heure dotées !

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, nous n’aurons pas le droit de nous satisfaire de la politique des petits pas. Alors que les féminicides ont augmenté de 21% en 2019, la politique des petits pas, c’est celle de la lâcheté résignée. Et cette lâcheté ne ressemble ni à l’idée que nous devons nous faire de l’engagement, ni aux valeurs de la France, ni à l’exigence de la République.

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, nous devrons dénoncer, réveiller les consciences, ne pas se satisfaire d’un pin’s porté au revers de nos vestes, comme l’expression « marketée » de notre impuissance. Nous devrons être ambitieux, courageux et déterminés pour endiguer cette vague qui a de quoi nous faire honte. Plus que jamais.

Aussi longtemps qu’il restera une seule victime dans notre pays, une seule femme, un seul homme, un seul enfant marqué à vie par les humiliations, l’inacceptable culpabilité, l’abattement et les coups les plus violents, nous devrons nous mettre en ordre de bataille.

En 1945, les responsables politiques qui entouraient le Général de Gaulle prirent conscience de la montée de la brutalité et des abus envers les enfants. Ils eurent la détermination de créer une juridiction dédiée à ces violences et à la protection des plus jeunes. Spécialisé, plus efficace, plus rapide, transversal, le Juge des Enfants constituera une grande avancée. Pourquoi la France ne retrouverait-elle pas l’audace de 45 en fondant, comme chez nos voisins espagnols, une juridiction spécialisée, associant la justice civile et pénale, pour agir vite et protéger efficacement ?

Pour certains qui me liront, mon ton ferme sera perçu comme une impatience, une intransigeance. Au fond, la France fait « ce qu’elle peut ». Il faudrait « s’en contenter ». Je veux le dire ici sans détours : ma colère s’éteindra le jour où notre Pays sera pleinement à la hauteur de ce combat. Pas avant. Pas à mi-chemin. Pour chacune de ces victimes, il n’y a pas eu de « moitié de chemin » ou de « petits pas ». Il y a eu la mort, et pour les enfants, la blessure à vie.

C’est sur un chemin aussi difficile que celui-ci que la Politique, notre Nation et ses puissantes valeurs, peuvent retrouver leur sens, leur espérance et une grande raison d’être.

J’ai eu ce sentiment d’une bataille menée et gagnée lorsque le 16 octobre, la Loi que j’ai portée devant l’Assemblée Nationale a été adoptée à l’unanimité. Cette Loi a permis la généralisation du bracelet anti-rapprochement, réduit à six jours contre plus de trente la délivrance des ordonnances de protection, fait de la suspension de l’autorité parentale ou de l’attribution du logement à la victime, la règle. Mais ce sentiment d’une bataille gagnée ne suffit pas. Il faut gagner la guerre. Une guerre qui, en France, a fait 121 victimes en 2018, 149 en 2019 et 82 depuis le début de 2020.

Aussi longtemps que nous aurons la force de nous indigner, d’exiger une meilleure application de la loi, de revendiquer les réformes et les actes, d’exiger les moyens financiers, il y aura un espoir de gagner cette guerre. C’est mon espoir et je souhaite que ce soit aussi le vôtre.

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