EcologieChristian Jacob : « Pour respecter les accords de Paris via la décroissance, il faudrait rester confinés pendant trente ans »

23 novembre 2020
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A rebours d’une idéologie écologiste « ne produisant que des slogans et de la peur », le président des Républicains estime, dans une tribune au « Monde », que la lutte contre le réchauffement climatique passe par un développement durable fondé sur la protection de l’environnement, la viabilité économique et le progrès social.

L’écologie est un terme galvaudé par lequel on désigne aujourd’hui toutes sortes de sujets, de la protection des abeilles au recyclage des déchets, de la fonte des glaces à l’obsolescence des batteries de téléphone… Les Verts et l’extrême gauche se sont approprié l’écologie pour promouvoir la décroissance.

En 2050, la terre comptera 2,4 milliards d’habitants en plus. Il faudra bien augmenter considérablement la production agricole mondiale pour les nourrir. Il nous faudra donc diminuer et décarboner notre consommation énergétique tout en augmentant notre production agricole. Pour ne pas déforester la planète, nous devrons produire davantage – et non pas moins – sur les sols existants, avec des plantes plus productives, grâce à la recherche variétale qui nous permettra également de diminuer les intrants.

La pandémie et le confinement génèrent une récession mondiale d’ampleur (plans sociaux, faillites…). Cette baisse d’activité se traduit par une baisse des émissions de gaz à effet de serre. Mais si l’on voulait respecter les objectifs des accords de Paris sur le climat en 2050 via la décroissance, il faudrait rester confinés pendant… trente ans. La décroissance est donc une voie sans issue.

Sortir des incantations

C’est pour cela que je défends un développement durable fondé sur trois piliers : la protection de l’environnement, la viabilité économique et le progrès social. C’est une erreur de considérer a priori l’homme comme un ennemi de la nature. La recherche, l’innovation, les entreprises ont un immense rôle à jouer pour réduire les émissions, mieux recycler les déchets, inventer des carburants moins polluants.

A grand renfort d’argent public, le gouvernement se plie à des objectifs idéologiques, sans en évaluer le réalisme et la pertinence. Il est temps de sortir des incantations, en se fondant sur la science, en apportant des réponses concrètes et réalistes.

Depuis un an, Les Républicains sont au travail. Nous avons tenu plus de cent réunions sur les sujets au cœur des préoccupations de nos concitoyens, comme le réchauffement climatique, la qualité de l’air, de l’eau, de notre alimentation.

Le dérèglement climatique est irréfutable : les émissions de CO2 proviennent de l’évolution démographique, de l’élévation du niveau de vie et de la consommation d’énergie carbonée. La réduction des émissions doit être une priorité. La France doit y contribuer, tout en gardant à l’esprit que nous n’émettons que 1 % des émissions mondiales et que nous possédons l’un des mix énergétiques les plus décarbonés au monde, grâce au nucléaire.

Par une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne, nous pouvons réduire les émissions mondiales tout en arrêtant la concurrence déloyale.

En France, nous avons des marges de progrès pour réduire nos émissions dans les transports (29 % des émissions), dans le bâtiment (20 % des émissions) ou dans l’industrie (18 % des émissions).

Rénover l’habitat

Sur l’habitat, le plan de relance du gouvernement prévoit 4 milliards d’euros par an pour les bâtiments du secteur tertiaire et seulement 2 milliards pour les logements, concentrant une grande partie de ses efforts à l’isolation thermique des bâtiments publics. Il faut au contraire faire de la rénovation thermique des logements une priorité, en remplaçant tous les équipements thermiques carbonés par des équipements électriques et en éliminant toutes les passoires énergétiques. Cela réduirait la consommation d’énergie dans l’habitat principal de 27 %.

Le gouvernement veut progressivement remplacer le nucléaire par le renouvelable, ce qui sacrifierait notre souveraineté énergétique au profit d’équipements fabriqués à 90 % en Asie, tout en augmentant les émissions ! Les énergies intermittentes auront toujours besoin d’un complément de fossile lors de pics énergétiques. Depuis qu’elle est sortie du nucléaire, l’Allemagne a vu ses émissions augmenter. Et la France a dû faire appel au charbon, le 17 septembre, faute d’une production d’électricité éolienne suffisante, après que le gouvernement a fermé la centrale nucléaire de Fessenheim.

Sur les transports, le gouvernement promeut l’électrification totale du parc automobile alors que le tout-électrique n’est pas la solution. Pour réellement évaluer le bilan carbone des voitures électriques, il convient d’évaluer le cycle de vie total du véhicule, y compris sa fabrication avec des batteries majoritairement importées de Chine. Nous pensons que l’électrique peut convenir aux véhicules urbains et périurbains, mais qu’il convient surtout de développer les biocarburants, qui rejettent jusqu’à 90 % d’émissions de moins que l’essence et le diesel et sont pour le moment le seul moyen de réduire les émissions du trafic aérien. A moyen terme, il est aussi utile d’investir pour faire de la France le leader de l’hydrogène vert.

A rebours d’une idéologie écologiste ne produisant que des slogans et de la peur, fixons-nous des objectifs précis et chiffrés, à partir des réalités. Fermer quatorze réacteurs en les remplaçant par des éoliennes ou du solaire est un non-sens qui provoquera une hausse des émissions et de notre facture énergétique. Il faut, au contraire, mettre en œuvre un moratoire pour l’éolien terrestre et préserver notre capacité nucléaire, conformément aux préconisations du GIEC. Si la réduction des émissions est vraiment l’objectif du gouvernement, qu’il cesse de subventionner l’éolien et le solaire (qui ont coûté à l’Etat près de 150 milliards d’euros depuis 2002) pour flécher ces financements vers la décarbonation de l’habitat et des transports. Voilà ce que serait une écologie de bon sens, celle que nous défendons.

>> Lire la tribune sur LeMonde.fr

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