Etat et collectivitésGérard Larcher : « Le gouvernement ne pourra pas se passer des élus »

10 novembre 2020
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Le sénateur des Yvelines et président du Sénat estime « qu’il faudra prendre de nouvelles mesures» contre le Covid-19 «si on constate que les choses ne s’améliorent pas ».

La France entre dans sa deuxième semaine de confinement. Le gouvernement a-t-il suffisamment anticipé cette seconde vague ?

Je ne remets pas en cause le confinement. Il est trop tôt pour en mesurer les effets. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? À cause d’un double échec : la gestion erratique de la première vague et l’impréparation du déconfinement. Nous avons échoué sur le triptyque essentiel : « tester, tracer, isoler ». Je l’ai dit au président de la République il y a quelques jours : si les Français approuvent sa décision de reconfiner, qui était inéluctable, ils se posent des questions sur la cohérence et la constance de la stratégie du gouvernement. Ils ne comprennent pas ! Je ne reviens pas sur les couacs à répétition, notamment la semaine dernière, le matin on nous parle couvre-feu, le midi il n’y plus de couvre-feu…

On entend déjà certains élus vouloir aller vers un reconfinement plus strict, voire le confinement des seniors. Partagez-vous ces propositions ?

Si on constate que les choses ne s’améliorent pas, alors là, il faudra prendre de nouvelles mesures. On ne pourrait pas confiner les seniors sans en débattre devant le Parlement car c’est une discrimination! Je ne la souhaite pas et je ne suis pas sûr que le Conseil constitutionnel l’accepterait. Il faut surtout commencer dès maintenant à préparer le déconfinement ainsi que la stratégie vaccinale du printemps. Si nous pouvions pour une fois être en anticipation !

Certaines mesures prises par le gouvernement n’ont pas été comprises des Français ni des élus, comme la fermeture des commerces de proximité. Qu’en avez-vous pensé ?

Alors que l’épisode Aix-Marseille (le 24 septembre, le gouvernement place ces communes en zone d’alerte maximale sans avoir prévenu les élus) aurait dû nous éclairer, rien n’y fait. Il n’y a pas eu de la part du gouvernement de travail de préparation suffisant avec les élus et les professionnels du territoire. On a donc eu un débat sur la notion de «bien essentiel»! C’est surréaliste! J’en veux vraiment au gouvernement de ne pas avoir saisi la main tendue du Sénat via l’amendement 83 du projet de loi sur la prorogation de l’état d’urgence sanitaire. Cet amendement, voté à l’unanimité, donnait au préfet le pouvoir d’autoriser l’ouverture des commerces de vente au détail autres que les commerces alimentaires, en lien avec les maires et les professionnels.

Des maires ont pris des arrêtés pour permettre dans leur commune l’ouverture de ces commerces. Les soutenez-vous ?

Je les comprends, mais je ne peux pas soutenir ces arrêtés. Un maire ne peut pas aller contre la loi de la République. Qu’on approuve ou pas, c’est la loi. Mais ce qu’ils expriment doit être entendu. Plutôt que d’avoir une décision verticale qui tombe du haut, les maires doivent être associés au processus de décision.

Quand vous voyez certains ministres qualifier ces maires « d’irresponsables », que leur répondez-vous ?

Heureusement que les maires ne leur renvoient pas la même chose! Plus que jamais, ce doit être le temps du partage des responsabilités. Plus que jamais, le gouvernement doit dialoguer avec les élus et privilégier la proximité. Le président de la République le sait : on ne peut pas se priver de cet échelon de proximité et de pédagogie. Si on veut réussir le futur déconfinement et la stratégie vaccinale, le gouvernement ne pourra pas se passer des élus. C’est à l’exécutif de leur tendre la main dans l’intérêt du pays. On ne peut pas s’en sortir en étant en guerre les uns contre les autres.

Mais rétablir le dialogue avec les élus et gouverner au plus près des territoires, c’était déjà le mot d’ordre de Jean Castex…

Vous avez raison, mais cela ne s’est pas encore totalement traduit dans les faits.

Craignez-vous un mouvement de désobéissance civile ?

Il existe un sentiment d’injustice et de mépris, mais faisons attention aux mots. Aujourd’hui, le gouvernement doit plus que jamais rassembler et associer le Parlement. Depuis le mois de mars, on nous a consultés quatre fois sur l’état d’urgence sanitaire et voilà qu’on nous impose pour les six mois suivants de ne plus nous consulter ! L’état d’urgence, c’est une atteinte très forte aux libertés. Pensez que pour se déplacer, il faut remplir une attestation! On peut consentir à une réduction des libertés mais, dans une démocratie, cela ne peut se faire que sous le contrôle du Parlement. Quant aux ordonnances, ce quinquennat va concourir pour un record : 206 ordonnances prises depuis le début du quinquennat, près de 80 depuis la crise. Le Sénat crée une cellule de veille sur les ordonnances.

Jean-Louis Debré, missionné par Jean Castex, doit remettre vendredi son rapport sur l’éventuel report des élections régionales et départementales prévues en mars. Que demandez-vous ?

J’ai reçu Jean-Louis Debré au Sénat le 28 octobre. Il faut que nous nous préparions à l’éventualité de voter « en vivant avec le virus ». Même si le respect des dates est préférable en démocratie, je ne suis pas opposé à un report du scrutin à la fin du printemps pour des raisons sanitaires. Mais je l’ai dit au président de la République et au premier ministre, il faut que ce soit fait sans arrière-pensée. Le temps n’est pas aux calculs politiques, mais à l’expression apaisée de la démocratie dans un univers sanitaire, économique et social compliqué. C’est mon rôle de le dire. Reporter le scrutin après l’été poserait en revanche un problème politique et constitutionnel. Si on n’est pas capable d’organiser un scrutin avant l’été, c’est qu’on a de sérieuses lacunes. Soyons donc raisonnables! D’ici là, il faut sécuriser le vote, étudier la possibilité de doubles procurations, travailler sur le vote par correspondance et l’organisation matérielle des scrutins. Face à ces incertitudes, il faut réfléchir également aux conditions de la campagne électorale qui doit avoir lieu et aux comptes de campagne. Si on veut une démocratie qui s’exprime et soit apaisée, il faut créer les conditions de l’apaisement.

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