SociétéFrançois-Xavier Bellamy  : « L’islamophobie ne tue que ceux qui en sont accusés »

19 octobre 2020
https://i2.wp.com/republicains.fr/wp-content/uploads/2020/06/lR_francois-xavier_bellamy_1280x800.jpg?fit=1200%2C750&ssl=1

Au lendemain de l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, François-Xavier Bellamy, également professeur de philosophie, appelle à la fermeté contre l’islamisme.

En s’en prenant à l’école, cet attentat vise-t-il un symbole du modèle républicain ?

Ce nouvel attentat, qui a coûté la vie à un professeur pour un cours qu’il a donné, a une signification précise. Il montre, encore une fois, que c’est à notre modèle de société, à notre manière de vivre, à nos libertés que l’islamisme veut s’en prendre. C’est une attaque contre le modèle français et sa tradition de l’enseignement dans son ensemble.

Le modèle de la laïcité est inhérent à la tradition chrétienne. Le terme provient d’ailleurs du vocabulaire ecclésial. L’idée de la laïcité n’est donc pas spontanément comprise par d’autres religions, comme l’islam, et notre défi aujourd’hui est de partager ces principes fondamentaux avec une population marquée par une autre religion, dans laquelle ces principes n’existaient pas.

Quelle réaction attendez-vous après cet attentat ?

Le moment appelle à une fermeté particulière. Nous sommes tous fatigués des marches compassionnelles. Il est temps de réagir. Et pour commencer, de mettre hors d’état de nuire ceux qui posent des cibles. L’islamophobie ne tue que ceux qui en sont accusés ; nous l’avons déjà vécu avec les attaques contre Charlie Hebdo et nous le revivons aujourd’hui.

Samuel Paty est mort d’avoir été accusé d’islamophobie. Ce terme et les soupçons permanents qu’il fait porter conduisent à la censure, à la menace, puis à la violence et font reculer notre modèle de société. J’attends donc que le gouvernement s’engage pour une dissolution rapide du CCIF, le Collectif contre l’islamophobie en France, qui joue une stratégie d’intimidation délétère.

Du côté de l’éducation nationale, il faut mettre un terme à cette consigne de « ne pas faire de vague », et soutenir les enseignants face aux difficultés qu’ils rencontrent, leur faire confiance. Il aurait dû être réaffirmé très clairement et immédiatement que cet enseignant n’avait commis aucune faute, que la liberté pédagogique était une liberté non négociable. Plusieurs médias ont indiqué que l’inspection académique était sur le point de le sanctionner ; si c’est le cas, cette réaction serait le symptôme d’une très grave dérive.

Vous êtes vous-même enseignant en philosophie, avez-vous déjà ressenti une forme d’insécurité ou d’autocensure dans vos cours ?

Personnellement jamais, mais je sais que c’est que le cas de beaucoup de mes collègues. Je me souviens notamment de l’un d’entre eux qui avait affirmé que le voile ne serait jamais une obligation en France et a été muté après des plaintes de familles.

Un discours religieux dans bien des milieux musulmans cherche à susciter la distance avec les institutions de la République, pour interdire aux enfants une confiance envers la France, qui leur est décrite comme une trahison de leur communauté d’origine.

C’est un déchirement particulier de penser qu’un collègue a été tué simplement pour un cours donné. Et je suis révolté de voir des questions émerger aujourd’hui sur la pertinence de ce cours : un professeur a été assassiné, et rien, absolument rien, ne peut justifier cela ! Ne concédons jamais la moindre légitimité à cette violence pure.

La loi sur le séparatisme en préparation par le gouvernement vous semble-t-elle suffisante pour répondre à ces problèmes ?

Parler de séparatisme revient à se rassurer à bon compte, en s’imaginant des communautés qui font sécession et se replient sur elles-mêmes. Au contraire, les islamistes ont une ambition de conquête par la violence et la censure, pour détruire nos libertés et imposer à tous le silence.

Quand Jean-Michel Blanquer dit que cet acte est « inqualifiable », c’est faux. Le vrai nom de ce qui est arrivé c’est le terrorisme islamiste ; parler de séparatisme, c’est une nouvelle version du déni qui condamne la République à reculer depuis trop longtemps. Pour faire face à la violence, il faut la nommer et la combattre.

>> Lire l’interview sur La-Croix.com

%d blogueurs aiment cette page :