Etat et collectivitésDamien Abad : « Nous aurions besoin d’un gouvernement de guerre »

8 octobre 2020
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Gestion de la crise sanitaire, plan de relance, séparatisme… Le président du groupe LR à l’Assemblée s’exprime sur les défis actuels que rencontre la France.

Quel jugement portez-vous sur la gestion de la crise sanitaire depuis huit mois ?

Ce gouvernement navigue à vue, sans idées, sans boussole et sans méthode. Beaucoup d’incohérences génèrent un climat anxiogène. Y a-t-il un pilote dans l’avion France? On a le sentiment que tout part à vau-l’eau, alors que nous aurions besoin d’un gouvernement de guerre, offensif. L’imbroglio actuel sur la fermeture des cafés et restaurants est le symbole de ces confusions qui renforcent les fractures. Je vois monter une grande nervosité sociale dans le pays.

Qu’auriez-vous fait ?

Nous aurions misé sur la cohérence, la constance, la clarté et l’anticipation. Nous n’aurions pas imposé un match mortifère entre le sanitaire et l’économique. Rien n’a changé dans le fonctionnement des ARS, des hôpitaux, des capacités en personnels et en lits de réanimation. Avant de disserter sur la France de demain, il fallait agir pour la France d’aujourd’hui. Qu’attendons-nous pour déployer les tests en lots, les chiens renifleurs, les centres de tests aux frontières?

La commission d’enquête parlementaire progresse-t-elle ?

Oui. La première évidence est la responsabilité de la gauche dans la gestion des stocks de masques. Emmanuel Macron n’a pas corrigé ce défaut de souveraineté. On sait aussi qu’il y a eu une baisse du nombre de personnes de plus de 65 ans admises en réanimation au cœur de la crise, ce qui interroge sur le traitement hospitalier des personnes âgées. Enfin, il y a eu de fortes défaillances dans l’organisation territoriale. Les auditions se poursuivent avec Édouard Philippe le 21 octobre, Christophe Castaner le 22 et Olivier Véran le 27. La commission, présidée par la majorité, rendra ses conclusions fin décembre mais n’apportera pas toutes les réponses. Il appartiendra aux Républicains de le faire.

Quelles conséquences anticipez-vous sur le plan économique ?

De nombreux secteurs sont durement impactés, mais le plan de relance va se heurter à un problème de mise en œuvre et à une absence de financement. En distribuant à tour de bras, on est en train d’assécher les finances de l’État. Le plan de la droite repose sur des baisses, voire des annulations de charges, mais aussi par un financement maîtrisé, sachant que le gaspillage d’argent public reste une réalité. Sans cela, nous filons dans les murs de la dette et de l’impôt.

Les déclarations d’Emmanuel Macron sur le séparatisme sont-elles à la hauteur du problème ?

La lutte contre le séparatisme est une priorité, mais nous venons de constater une première reculade sur le mot lui-même dans le projet de loi. Ce fossé entre les paroles et les actes est le symbole du «en même temps». Comment les Français peuvent-ils faire confiance à un gouvernement qui renonce à nommer les choses, c’est-à-dire le séparatisme islamique, trois jours après le discours du chef de l’État?

Gérald Darmanin fait-il le « job » ?

Il n’est pas le plus mauvais des ministres, mais son problème sera sa capacité à imposer des arbitrages. Mineurs non accompagnés, squats, flux migratoires… La majorité n’est pas prête à avancer sur ces sujets.

La droite a-t-elle un cap pour la présidentielle ?

La droite a un objectif: avoir un candidat en capacité de gagner. Notre ambition n’est pas de faire de la figuration, mais de réussir. Cela impose un cap, un objectif, un candidat. C’est tout l’enjeu pour nous, sachant qu’il nous faut combler le fossé entre ce que pense un militant LR et ce que pense un électeur de droite. La question de la candidature sera traitée après les régionales. D’ici là, il faut garder son calme et sa détermination, respecter les étapes. Notre enracinement est une force, et nous trouverons la tête. Mais n’oublions jamais que Macron est sorti quelques mois avant la présidentielle.

L’hypothèse Philippe n’est-elle pas un danger pour LR ?

C’est un leurre. Édouard Philippe a des qualités indéniables, mais il restera loyal au président de la République. Cela ne doit donc pas déterminer notre stratégie.

Et l’éventuelle candidature d’Anne Hidalgo à gauche ?

La gauche teintée de vert est un adversaire politique. Elle est toujours dans l’angélisme, le déni de réalité, et elle est prête à s’allier avec n’importe qui. Mme Hidalgo peut être un adversaire sérieux pour notre qualification au second tour. Il ne faut pas sous-estimer la reconstitution d’un arc à gauche alors qu’il y a clairement un décrochage des électeurs de gauche à l’égard du président. Emmanuel Macron, qui change souvent de pied, tentera de regagner des voix à droite, mais la droite ne sera plus dupe.

Xavier Bertrand aussi émerge à droite…

En effet, il perce dans notre électorat. Sa ligne politique, celle d’une droite sociale, territoriale et ferme sur le régalien, peut fédérer. Il peut s’installer comme le troisième homme et bousculer le match préétabli. Il faudra attendre les élections régionales, mais on ne peut pas faire fi de cette volonté-là.

Que pensez-vous de l’hypothèse Sarkozy qui refait surface en coulisses ?

Nicolas Sarkozy s’est représidentialisé. Il s’est éloigné des logiques partisanes pour davantage rassembler les Français. Sa vision de la France et du monde est intéressante. Il est aussi un homme de gestion de crise et reste une boussole politique pour la droite. Nicolas Sarkozy passionne les Français, et cette passion sera toujours là. La droite à laquelle je crois est celle qui gagne. Le séminaire parlementaire de jeudi est l’illustration d’un mouvement moderne et rassembleur, prêt à porter de nouveaux sujets. Avec fermeté et humanité.

>> Lire l’interview sur LeFigaro.fr

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