Fiscalité et dépense publiqueDamien Abad : « Le plan de relance ne doit pas seulement être un plan de dépenses »

15 septembre 2020
https://i2.wp.com/republicains.fr/wp-content/uploads/2019/11/lR_damien_abad_1280x800.jpg?fit=1200%2C750&ssl=1

Alors que l’Assemblée reprend ses travaux ce mardi, le chef de file des députés LR se dit prêt à voter le plan de relance s’il est « financé » et « s’accompagne de réformes ». Il réclame pour cet automne un grand plan de lutte contre la fraude sociale.

Face à la « dégradation manifeste » de la situation sanitaire, Jean Castex appelle les Français à la responsabilité. Est-ce suffisant ?

On a beaucoup infantilisé les Français. Il faut leur faire plus confiance. Cette confiance est indispensable, quand on voit la nervosité sociale dans notre pays ces derniers temps. Donc les appels à la responsabilité , c’est nécessaire. Mais il y a deux lacunes majeures dans le dispositif de lutte contre l’épidémie . D’abord la lenteur du dépistage. Ce n’est pas en recrutant 2.000 agents à l’Assurance-maladie que l’on va régler le problème. L’objectif ne devrait pas être le million de tests mais de garantir aux Français qu’en quarante-huit heures, ils puissent être testés et avoir le résultat.

L’autre problème, c’est le manque d’explication et de lisibilité. Il faut de la clarté, de la cohérence, de la constance. Même si je me réjouis de la réduction à sept jours de la période d’isolement, tout cela fait encore cruellement défaut, la confiance ayant été fortement ébranlée par le mensonge sur les masques , les messages contradictoires et les erreurs commises dans la gestion de crise.

Mais vous ne souhaitez pas de nouvelles restrictions…

Il faut trouver le bon équilibre. Le gouvernement ne l’a pas trouvé. C’est encore et toujours la cacophonie sur le terrain. Ordre et contre-ordres, attentes des circulaires, annonces médiatiques sans lendemain : la machine administrative est rouillée et souvent incohérente. Comment peut-on par exemple autoriser le public à assister au Tour de France dans les rues bondées de Lyon et à lui interdire l’accès sur les pentes du Grand Colombier ? Moi, j’en appelle à l’esprit de responsabilité de tout le monde, y compris du gouvernement. Il faut une ligne de conduite claire et s’y tenir.

L’exécutif demande aux entreprises de signer « massivement » des accords d’activité partielle de longue durée. Appuyez-vous sa demande ?

Le chômage partiel est toujours préférable au chômage définitif. Ces accords ont été utiles et nécessaires pendant cette crise. Mais on ne pourra pas faire vivre l’économie de manière artificielle indéfiniment. Il faut mieux préparer l’atterrissage puis le redécollage. Il faut des réformes et un engagement plus fort du gouvernement.

Personnellement, voterez-vous le plan de relance ?

Je ne l’exclus pas. Je n’ai pas d’oeillères et il y a dans ce plan des choses positives : l’offre privilégiée à la demande, le choix de la compétitivité avec la baisse des impôts de production. Mais ce plan de relance ne doit pas seulement être un plan de dépenses. Il doit s’accompagner de réformes, notamment celle de la dépendance, sur lequel il existe de nombreux flous, et celle des retraites , qu’il est très important de ne pas abandonner même s’il faut faire les choses différemment. Il doit aussi s’accompagner d’un volet financement. Car comme toujours avec le macronisme, on a une volonté de droite et une réalité de gauche. S’il n’est pas financé, le plan de relance se traduira demain par des impôts supplémentaires. Ces deux conditions-là sont majeures. Si elles ne sont pas remplies, ce sera une bombe à retardement.

Le débat ressurgit sur les fraudes aux prestations sociales. Concrètement, que préconisez-vous en la matière ?

Il faut aller très très loin. Les fraudes aux prestations sociales sont un scandale d’Etat absolu. La commission d’enquête parlementaire présidée par le député LR Patrick Hetzel [qui doit rendre ses travaux ce mardi, NDLR] le souligne de nouveau. Le meilleur moyen de pérenniser notre système d’allocations sociales, c’est de lutter contre la fraude et de réinjecter cet argent. Il faut aller au bout de la logique du RSA activité en mettant en place des travaux d’intérêt général et interdire pendant cinq ans d’aide tous les fraudeurs sociaux récidivistes, comme d’ailleurs fiscaux. Je demande que soit présenté et débattu cet automne un grand plan de lutte contre la fraude sociale.

Que vous inspire l’arrivée de Christophe Castaner à la tête du groupe LREM ?

Je lui souhaite beaucoup de courage. Le groupe En Marche est plus divisé que jamais. Son élection d’une courte tête , pourtant décidée par l’Elysée et Matignon, est une victoire à la Pyrrhus, qui montre aussi que le centre de gravité de la majorité est à gauche.

Des maires de gauche, notamment écologistes, demandent un moratoire sur le déploiement de la 5G. Qu’en pensez-vous ?

Les maires écologistes sont en train de tomber dans des caricatures qui ne vont pas servir la cause écologique. Je ne veux pas de retour en arrière pour la France : je crois en l’innovation, en une France qui va de l’avant et réussisse économiquement, pas dans le retour du minitel et du modem. Des questions peuvent certes se poser, on peut faire des études plus approfondies sur le sujet, mais la 5G est utile. Elle est une source de progrès et un enjeu de souveraineté.

Vous lancez mercredi une mission sur l’écologie. N’est-ce pas un peu tard pour apparaître autre chose qu’une opération de communication un peu désespérée ?

On ne peut pas nous accuser de ne pas traiter la question de l’écologie et, le jour où on le fait, nous accuser de récupération politique. Sinon, on ne le fera jamais ! J’ai volontairement choisi, pour avancer, une période qui ne soit pas électorale. Sans rougir de ce que nous avons fait, il faut aujourd’hui inventer une écologie de droite. Il faut rentrer dans ce match-là et mieux vaut tard que jamais. C’est fondamental parce que l’écologie, ce n’est pas l’éco-idéologie, la suppression du sapin de Noël à Bordeaux ou celle du Tour de France à Lyon.

LR est toujours confronté à un sérieux problème d’incarnation qu’une éventuelle primaire n’est pas assurée de régler. Êtes-vous inquiet ?

Inquiet non. Plutôt déterminé. Il nous faut une candidature à la présidentielle et elle ne peut pas être une candidature de témoignage. Il est hors de question que les députés LR que je représente soient sacrifiés en 2022 parce que les ambitions individuelles auront créé de la division. La droite doit d’urgence retrouver un discours optimiste, audacieux, qui donne envie aux Français. Et elle doit être le plus efficace et le plus concret possible. Quand on a des candidats de droite en dehors du champ des Républicains qui ont un impact politique réel – je pense à Xavier Bertrand -, non seulement ça se regarde mais je pense que ça peut être une solution pour notre famille politique.

>> Lire l’interview sur LesEchos.fr

%d blogueurs aiment cette page :