Fiscalité et dépense publiqueEric Woerth : « Il ne faut pas que ce plan de relance se transforme en bombe à retardement »

3 septembre 2020
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Éric Woerth, député LR et président de la Commission des Finances, réagit à l’annonce du plan de relance et juge qu’il est « un bon prétexte pour abandonner toutes les réformes nécessaires ».

Ancien ministre du Budget, Éric Woerth est député de l’Oise et président de la commission des Finances à l’Assemblée nationale. Pour lui, derrière l’écran de fumée des milliards dépensés, le plan de relance présenté ce jeudi matin par le gouvernement rate les réformes indispensables.

Le plan de relance vient d’être dévoilé. Est-ce l’électrochoc dont avait besoin l’économie française ?

Il fallait évidemment un plan de relance, comme le font tous les autres pays, et je le voterai. Mais notre plan est tardif. Il aurait dû être dévoilé avant l’été afin de créer un climat de confiance pour la rentrée.

De son côté, Jean Castex se félicite qu’avec 100 milliards d’euros, la France est le meilleur élève européen de la relance…

Le Premier ministre gonfle les muscles : « Nous sommes le pays qui a dépensé le plus! » Oui, mais nous étions déjà celui qui dépensait le plus avant la crise! Et il ne met pas en avant les mesures, mais le volume de milliards dépensés. Pourtant, la meilleure des relances serait surtout de réformer notre modèle social, fiscal, et d’améliorer notre compétitivité. À dix-huit mois de l’élection présidentielle, hélas, j’ai de gros doutes. Je pense que ce plan de relance est un bon prétexte pour abandonner toutes les réformes nécessaires.

Quels reproches adressez-vous à ce plan ?

De mélanger les pommes, les poires, les choux et les carottes ! Et de comporter de nombreuses mesures de recyclage, qui figuraient déjà dans les projets de loi rectificatifs adoptés au plus fort de la crise. Sans parler du ripolinage de mesures encore plus anciennes : en matière de rénovation énergétique, on en revient par exemple au Crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE).

Le plan propose peu de mesures pour relancer la consommation des ménages. Est-ce une erreur ?

Nous avions proposé une baisse temporaire de la TVA ou des bons d’achat sur certains produits pour stimuler la consommation. Après, la machine à fabriquer de la dépense publique durable a déjà été très utilisée ! Le gouvernement a déjà dépensé beaucoup d’argent via la hausse de rémunération des personnels de santé, celle à venir dans l’Education nationale ou avec les embauches de policiers, de magistrats…

À trop dépenser, la France ne met-elle pas en danger sa solvabilité ?

Il aurait fallu prévoir un plan de financement. Toute entreprise, tout ménage le ferait, mais pas l’Etat ! Les ministres promettent juste : « nous n’augmenterons pas les impôts ». Le feront-ils finalement ? Je ne le sais pas. Selon eux, la compétitivité accrue permettra d’augmenter la production et donc les rentrées fiscales. En clair, le plan de relance financera le plan de relance. Je n’y crois pas du tout. Nous allons sortir de cette période essorés sur le plan de la dette.

L’Union européenne va prendre en charge 40 milliards d’euros, sur les 100 milliards. Cela réduit la facture…

C’est vrai, on nous dit que l’Europe paiera presque la moitié des dépenses. C’est une bonne chose mais cette décision n’est pas encore actée. Et aujourd’hui, qui finance l’Europe ? Ce sont les Etats, la France va donc mettre au pot commun. Il ne faut pas que ce plan de relance se transforme en bombe à retardement.

C’est-à-dire ?

À chaque crise, notre capacité de réaction nationale est obérée par la crise d’avant. C’est d’autant plus préoccupant que la France souffre d’une dépense publique, d’un endettement et d’un taux de chômage plus élevés que de nombreux pays ! À un moment donné, certains paieront plus les pots cassés que d’autres, et ce seront probablement les plus faibles.

>> Lire l’interview sur LeParisien.fr

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