SociétéChristian Jacob : « Une présidentielle n’est pas un casting »

28 août 2020
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Le président de LR, Christian Jacob, invite la droite à ne pas « griller les étapes » au détriment du travail de fond.

Le premier ministre est omniprésent. Comment le jugez-vous ?

J’ai noté qu’il prenait beaucoup de plaisir à parler beaucoup et souvent mais je ne suis pas persuadé que quelqu’un ait compris ce qu’il voulait faire.

Concernant le régalien, Jean Castex dit vouloir des actes sans « matamorisme »…

Sur le régalien, le bilan d’Emmanuel Macron est catastrophique. On observe une explosion de l’insécurité à tous les niveaux. Plus de 20 % de coups et blessures en trois ans, 45 % de criminels restent en liberté durant six mois après avoir été condamnés à de la prison ferme, plus de 13.000 prisonniers libérés pendant le Covid… C’est du jamais-vu! La réalité est qu’il y a moins de criminels derrière les barreaux qu’il y en avait sous Mme Taubira! C’est dire. Pendant ce temps, la seule réaction du ministre de l’Intérieur est de faire des commentaires sur Twitter et celle du ministre de la Justice consiste à dire qu’il est contre la prison. On ne peut pas dire que tout cela soit couronné d’actes concrets. Pour l’instant, il n’y a rien.

Quand Gérald Darmanin parle d’« ensauvagement » de la société, ne met-il pas des mots sur une réalité, comme le faisait Nicolas Sarkozy ?

Comme on a pu le voir encore mercredi à Grenoble avec les vidéos de vente de drogues dans un jardin d’enfants, on a besoin d’un vrai ministre de l’Intérieur, pas d’un commentateur. Nicolas Sarkozy, lui, agissait et obtenait des résultats. Pour ce qui est de le copier, heureusement pour M. Darmanin que le ridicule ne tue pas car ça en devient pathétique. N’est pas Sarkozy qui veut.

Sur la sécurité ou les territoires, le nouveau gouvernement ne comble-t-il pas les faiblesses de l’exécutif que vous dénonciez régulièrement ?

Mais où est l’action ? Il existe un vrai problème d’autorité et de sécurité en France. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes favorables à la réintroduction des peines planchers, la généralisation des bracelets géolocalisés, l’exécution réelle des peines, la fin des réductions de peines systématiques… Il faut un plan « prisons ». Selon Eurostat, la France est le 2e pays d’Europe en nombre d’agressions et le 17e en nombre d’emprisonnements. Quant à l’immigration, les chiffres explosent : plus 20 % depuis trois ans, soit 50 % de plus par rapport au quinquennat Sarkozy. En réalité, c’est le laxisme à tous les étages, Place Beauvau comme Place Vendôme. Il est temps d’arrêter les formules et de passer aux actes.

Un an après votre élection, quelle est la ligne des Républicains ?

Elle repose sur trois points : liberté, sécurité et progrès. On doit recréer un espace de liberté pour les entreprises comme pour les libertés individuelles. Concernant la sécurité, il faut une réorientation significative des moyens vers la police et la justice, et une protection des dépositaires de l’ordre public. De même, il faut engager une lutte déterminée contre la radicalisation et le communautarisme. Rien n’a été fait sur la laïcité! Enfin, le progrès : d’abord le progrès social qui passe par la valorisation du travail, l’augmentation du pouvoir d’achat, et enfin la recherche et l’innovation, dans le respect de l’environnement et selon les principes du développement durable.

Vous souhaitiez une rentrée unifiée de la droite, elle se fait en ordre dispersé…

Je m’étais fixé trois objectifs. Le premier était de remettre notre famille politique au travail. Après plus de 90 réunions, une douzaine de forums et un rapport d’étape de 200 pages, je crois que ce travail est bien engagé. Ensuite, nous devions renouer avec la victoire et ce fut le résultat des municipales. 50 % des villes en France sont administrées par LR et 2 % par LREM. C’est un échec cinglant pour LREM. Enfin, il est vrai que je souhaitais une rentrée la plus unitaire possible mais à cause de la crise sanitaire, nous avons été contraints de décaler d’une semaine notre rendez-vous prévu à Nîmes, ce qui a fini par se superposer avec les réunions régionales. Un millier de jeunes venant de tous les départements sont attendus à Port-Marly. Le plus important est la réussite de ce rendez-vous de la jeunesse.

La question de l’incarnation reste posée à droite. N’y a-t-il pas un risque de voir se multiplier les candidatures chez LR ?

C’est le risque avec une primaire. Mais je ne désespère pas d’avoir un candidat qui s’impose naturellement. Si ce n’est pas le cas avant l’été, alors nous devrons réfléchir collectivement à un système de « départage ». Rien ne serait pire que de griller les étapes en se focalisant cet automne sur la question de la primaire au détriment du travail de fond, du débat d’idées et de la reconquête des territoires. Les sénatoriales, les départementales et les régionales sont des étapes essentielles sur le chemin de la reconquête.

Pensez-vous toujours que François Baroin puisse être candidat ?

Chacun connaît ma position. Il a les qualités, les compétences, l’autorité et le charisme pour être un excellent président. Il n’ignore rien de la situation politique qui est la nôtre. Mais la décision lui appartient.

Ne serait-il pas utile que LR le sache vite ?

Vous voulez dire Les Républicains ou les candidats potentiels ? S’il suffisait de désigner un candidat deux ans à l’avance pour gagner une présidentielle ça se saurait. Une élection présidentielle, ce n’est pas un casting. C’est d’abord le résultat d’une capacité à rassembler. Plus on travaille sur le fond, plus les différences entre nous s’estompent. C’est ce à quoi je m’attelle depuis un an.

L’ombre de Nicolas Sarkozy fragilise-t-elle la reconstruction de la droite ?

Non. Je considère que Nicolas Sarkozy est un atout pour la droite. Il est pour nous une référence.

Ex-LR, Jean Castex vous accuse de ne pas avoir suffisamment soutenu, aux municipales, le maire de Perpignan face au RN. Que lui répondez-vous ?

Je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer M. Castex dans une réunion publique ou à des meetings de soutien à Jean-Marc Pujol dans lesquels je suis intervenu. Nicolas Sarkozy et François Baroin l’ont également soutenu très clairement. Quant à M. Castex qui renvoie sa carte LR, quelques jours avant d’être nommé à Matignon, cela en dit long sur la solidité de ses convictions.

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